dimanche 19 juillet 2009

Le chemin creux



Le long d’un chemin creux que nul arbre n’égaie,
Un grand champ de blé mûr, plein de soleil, s’endort,
Et le haut du talus, couronné d’une haie,
Est comme un ruban vert qui tient des cheveux d’or.
De la haie au chemin tombe une pente herbeuse
Que la taupe soulève en sommets inégaux,
Et que les grillons noirs à la chanson verbeuse
Font pétiller de leurs monotones échos.
Passe un insecte bleu vibrant dans la lumière,
Et le lézard s’éveille et file étincelant,
Et près des flaques d’eau qui luisent dans l’ornière
La grenouille coasse un chant rauque et râlant.
Ce chemin est très loin du bourg et des grands-routes,
Comme il est mal commode, on ne s’y risque pas ;
Et du matin au soir, les heures passent toutes
Sans qu’on voie un visage ou qu’on entende un pas.
Jean Richepin (La chanson des gueux)

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Toujours de beaux vers, Jean Richepin....