lundi 27 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (8)



Le bond de stupeur que je fis me sortit du lit.
Tremblant d’effroi, je voyais non Jasmine, mais… mais la jeune femme nue du tableau !… L’ Isabelle ! Isabelle elle-même, assoupie dans une pose autre que celle voulue par le peintre qui l’avait créée… Isabelle, en sommeil telle une vivante épuisée d’amour… Isabelle avec qui j’étais allé au cœur des raffinements !…
Isabelle ! mais ce ne pouvait être possible… Et, pour ma part, je n’ai jamais accordé le moindre crédit à ces charlatans de l’esprit qui prêtent existence aux revenants, fantômes et autres pantins de l’au-delà… Non, tout cela ne saurait être possible… Et, pourtant je voyais réellement Isabelle en chair, alors que je la savais simple rapprochement de diverses couleurs expressives, posées au nom de l’ Art sur une toile, par des pinceaux qui, sans doute, avaient également et indifféremment servi à emprisonner, sur d’autres toiles, là un monument, un vieux notaire ou quelques motifs floraux.
C’était impossible et cependant !
Alors, passant ma robe de chambre et prenant la lampe, je me rendis dans la salle où le tableau se trouvait accroché.
Là, assommé par l’incroyable vérité, je chancelai.
La toile était vide d’Isabelle !
Il n’y avait plus aucune trace de son corps ; seules subsistaient, autour de son emplacement vierge, les vagues teintes qui faisaient fond.
Mais, bien que saisi jusqu’au vertige, le plaisir courait toujours dans mes sens, et ce qui aurai du me paraître un cauchemar réel, à fuir au plus vite avant qu’il ne me rende fou, fit que je me découvris amoureux éperdu de cette Isabelle à la fois impossible et possible.
Je jugeai donc qu’une incroyable faveur venait de m’être accordée – comment et pourquoi ? je ne me questionnai pas – dont je devais coûte que coûte profiter sans perdre de temps : détruire la toile un moment vide d’Isabelle afin que, ne pouvant plus revenir s’y fixer, elle reste à jamais avec moi gardien jaloux de mon bien.
Je n’hésitai pas une seconde. Enlevant le verre de ma lampe, montant la flamme, je l’approchai du cadre et mis le feu au bois vermoulu.
Et, de voir flamber, de voir disparaître en fumée le tombeau de toile d’Isabelle jusque-là comme en purgatoire, fit que j’éprouvai l’euphorie de me sentir désigné pour lui permettre un Paradis attendu… le mien.
Bien sûr, le feu se propagea ; se jetant sur le voisinage, il s’attaqua aux tentures et au mobilier ; mais mon exaltation était telle, d’avoir à présent Isabelle pour prisonnière, que peu m’importait que ce fût au prix de ma collection entière et, même, du château.
Soudain traversé par un doute atroce, je courus à ma chambre : et si, détruisant le tableau d’Isabelle, je venais de la détruire elle?
A suivre

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Oh là là quel c...!!!