mardi 21 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (3)



A part les pertes mobilières et artistiques qui devaient être considérables, je jugeai qu’à eux seuls, les travaux nous concernant seraient longs, délicats et coûteux.
Ce que je dis au comte de R… qui, toujours muet, promenait sa lampe avec une croissante lassitude à moins que ce ne fût de l’indifférence, et, tout à la fois, des impatiences qu’il ne pouvait contrôler et qui me valaient d’intempestifs déplacements d’éclairage.
Je lui demandai alors l’autorisation de revenir le lendemain afin de juger les lieux au grand jour et d’établir plus commodément mon devis.
Là, il se décida à parler – à vrai dire sa voix laissa exploser une colère qui n’était pas compatible avec la maladie traînante que je lui supposais.
Elle me fouetta de surprise.
Il ne voulait personne chez lui autrement qu’entre onze heures et minuit. Heure à laquelle il se sustentait ; la seule où il était libre de recevoir.
Le ton était impératif.
Cependant, je lui fis remarquer qu’il ne nous était pas possible de ne travailler qu’une heure par nuit ; non seulement, à cette cadence, il y en aurait pour des années mais encore l’heure ne conviendrait à aucun de nos ouvriers.
Il me rétorqua qu’il payerait ce qu’il faudrait ou il laisserait les lieux dans cet état.
Et, pour bien souligner la fermeté de son propos, il me reconduisit aussitôt à grands pas, mettant ainsi fin à ma visite.
Je compris que cet homme ferait comme il l’entendait. Il n’était ni fou, ni malade et je réalisai soudain qu’il devait se trouver aux prises avec un drame coriace qui le minait plus implacablement encore. Aussi, ma curiosité en fut-elle excitée et, comme toujours dans ces cas-là, m’obligea à ruser afin de savoir.
Je le complimentai donc, hypocritement, pour la vaillance de caractère qu’il montrait en ne tergiversant pas dans ses désirs, lui laissant entendre qu’il avait grandement raison de mener sa vie de la façon qui lui convenait, dût-il passer pour un sauvage ! Puis, je parlai, comme cela, sans trop marquer l’intention, de mon oncle, le magistrat connu et expert réputé de l’école flamande ; de mes cousins qui possédaient un haras célèbre dans la région de Caen, de mes autres parents qui… Enfin, par un subtil cheminement, sous couvert d’un anodin soliloque, je cherchais à m’ insinuer dans sa confiance, si toutefois il connaissait ce sentiment !
Ma manoeuvre réussit ; il se retourna vers moi et je vis que je lui redonnais le goût d’un contact extérieur.
A suivre

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Hmmm ! ça me titille !