dimanche 2 août 2009


Ce lit, ne dirait-on pas une côte,
bande étroite de terre où nous sommes couchés?
Rien n'est certain, ici, que cette gorge haute,
dans mon vertige intérieur comme érigée.

Car cette nuit où tant de voix crièrent
-bêtes qui se déchirent, et leurs clameurs,-
ne nous est-elle pas tellement étrangère?
Et ce qui point dehors, qu'on nomme jour,
est-ce plus clair pour nous que ces ténèbres?

On devrait l'un dans l'autre pouvoir se coucher
tels des pistils entre les étamines,
tant tout, partout, - monde démesuré, -
grandit, tournoie, nous agglutine.

Mais tandis que l'un contre l'autre nous nous serrons
pour ne pas voir ce qui dehors nous guette,
en toi, peut-être en moi, la menace s'apprête,
car nos âmes vivent de trahison.

Rainer Maria RILKE

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Voilà quelqu'un que je vais m'empresser de relire, tiens...