lundi 10 août 2009

La rançon de Mack - O'Henry (1)


Moi et le vieux Mack Lonsbury, on avait raflé chacun 40000 dollars dans une petite affaire de mine d’or à la cache-cache. Je dis le « vieux » Mack, mais en fait il n’était pas vieux ; quarante et un ans, au jugé. N’empêche qu’il a toujours eu l’air vieux.

« Andy, qu’il me dit, j’en ai marre de turbiner. Y’a trois ans qu’on travaille dur, toi et moi. Si on laissait tomber le boulot pendant quelque temps, à seule fin de claquer un peu de ce fric somnolant qu’on a pris au piège ?

- Ta proposition me tape dans le mille, que j’dis. Voyons un peu l’effet qu’ça fait d’être des nababs. Qu’est-ce qu’on choisit, les Chutes du Niagara ou un poker ?

- Y’a des années, fait Mack, que je m’dis, si jamais t’arrive à posséder un tas d’argent extravagant, tu loueras une baraque à deux pièces quelque part, t’engageras un cuisinier chinois, tu quitteras tes souliers et tu t’étendras dans une chaise longue en lisant l’Histoire de la Civilisation de Buckle.

- Ca m’a l’air suffisamment édifiant et enchanteur, dis-je, tout en se gardant d’une vulgaire ostentation. J’vois pas comment on pourrait mieux employer son argent. Donne-moi une pendule à coucou et la « Manière d’apprendre le banjo tout seul » de Sep Winner, et j’te tiens compagnie. »

Huit jours plus tard, Mack et moi on atterrit dans la petite ville de Pîna, à environ 30 milles de Denver, et on dégote une élégante petite maison de deux pièces qui fait tout à fait notre affaire. Nous déposons une demi-becquée de dollars dans la banque de Pîna et nous serrons la main à chacun des 340 habitants de la métropole. Nous avions apporté de Denver le Chinois, le coucou, Buckle et le traité de Banjo, et avec ça on s’est toujours senti chez soi dans la baraque.

Celui qui vous dira que la richesse ne fait pas le bonheur, vous pourrez le traiter d’menteur. Si vous aviez vu le vieux Mack vautré dans son rocking’chair avec ses pieds dans des chausettes bleues posés sur la fenêtre, en train d’absorber ce truc de Buckle à travers ses lunettes, c’était un spectacle de béatitude à rendre jaloux un Rockfeller. Quant à moi, je commençais à esquisser « Old Zip Coon » sur le banjo, et le coucou faisait son entrée en mesure, et Ah Sing emmitonnait l’atmosphère d’un de ces parfums d’œufs au jambon qui tapait le chèvrefeuille de cent longueurs. Quand il ne faisait plus assez clair pour ingurgiter le fatras de Buckle et le notes du traité de banjo, moi et Mack on allumait nos pipes, et on parlait de science, et des pêcheurs de perles, et de la sciatique, et de l’Egypte, et de l’orthographe, et des poissons et des alizés, et de cuir, et de gratitude, et d’aigles, et d’un tas d’autres sujets sur lesquels on n’avait encore jamais eu le temps d’exprimer nos sentiments.


A suivre


1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Oh oh ! voilà qui promet d'être bien savoureux !