vendredi 7 août 2009

LE BOUC


Le troupeau de chèvres est passé
Près de l'eau de la rive.

Dans le soir de rose et de saphir
J'admire
Le grand bouc qui les guide.

Salut, ô démon muet!
Tu es
L'animal le plus fougueux,
Mystique éternel
De l'enfer
Charnel...

Quel pouvoir
Dans ta barbe
Et ton front large,
Rude Don Juan!
Quel accent dans ton regard
Méphistophélique
De passion!

Tu vas aux champs
Avec tes femmes
Comme un eunuque
Etant un sultan!
Ta soif de sexe
Jamais ne s'apaise,
Digne apprenti
De Pan, ton père!

La chèvre
Te suit à pas lents,e
Humble et amoureuse.
Insatiable est ta passion.

La Grèce ancienne
Te comprend.

O être venu du fond des légendes saintes
Ou, parmi les rochers noirs et les croix grotesques,
Les animaux domptés et les grottes profondes,
Satan et les maigres ascètes
Te virent dans l'ombre
Souffler le flamme
Du sexe!

O bouc cornu
A la barbe vaillante,
Noir abrégé du monde médiéval!
Tu naquis auprès de Philomnède
Entre l'écume chaste de la mer,
Et tes lèvres
La caressèrent,
Etonnant le monde astral.

Boucs, vous venez des bois pleins de rosée
Où l'ouragan se fait lumière
Et des près d'Anacréon
Baignés du sang de l'immortel.

O boucs, vous êtes
La métamorphose
De la race éteinte
Des satyres anciens.
plus qu'aucun animal sur terre
Vous prodiguez la luxure vierge.

Illuminés du Grand Midi!
Arrêtez votre marche
Pour écouter
Du fond des campagnes
Le coq vous dire:
Salut, vous qui passez!

Federico Garcia LORCA

2 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Alors, ça, ça m'a fait bien plaisir de le lire ! merci Pomme !

Au Bois des Biches a dit…

Je m'en doutais...