mercredi 12 août 2009


A voir un jeune chien courir
Les oiseaux parapher le ciel
Le vent friser le lavoir bleu
Les enfants jouer dans le jour

A sentir fraîchir la soirée
Entendre le chant d’une porte
Respirer les lilas dans l’ombre
Flâner dans les rues printanières

A doucement perdre le temps
Suivre un bras nu dans la lumière
Entrer sortir dormir aimer
Aller devant soi sous les arbres

Mille choses douces sans nom
Qu’on fait plus qu’on ne les remarque
Mille nuances d’être humaines
A demi-songe à demi-joie

Rien moins que rien pourtant la vie
Forte encore au cœur du malheur
Et la chanson vous monte aux lèvres
On s’étonne d’avoir chanté

Rien moins que rien Juste on respire
Est-ce un souffle une ombre un plaisir
Je puis marcher je puis m’asseoir
La pierre est fraîche la main tiède

Tant de choses belles qu’on touche
Le pain l’eau la couleur des fruits
Là-bas les anneaux des fumées
Un train qui passe et crie au loin

Comme tout semble tendre et sage
Lorsque paix sans brèche et sans fin
De quoi parlent les gens qui passent
On les attend chez eux ce soir

Sans doute il y a des fêlures
A ce paysage de verre
Mais le vin retient de la terre
Le rêve et non l’odeur des morts

Celui qui le veut qu’il s’enivre
De la noirceur et du poison
Mais le soleil sur ta figure
Est plus fort que l’ombre qu’il fait

Et qu’irais-je chercher des rimes
A ce bonheur pur comme l’air
Un sourire est assez pour dire
La musique de l’être humain.



Louis ARAGON

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Cette pièce là me touche tout particulièrement - elle est solaire, comme son auteur.