mardi 8 mars 2011

Femmes


J'ai trop de respect pour les femmes pour être vraiment féministe. Mais je les aime, et on ne m'ôtera pas de l'idée que les us et coutumes de la restauration française restent enfermés, en 1986 - c'est à dire en pleine mouvance des droits de la femme-, dans un carcan de mysogynie surranné que ne désavouerait pas le plus frénétique des ayatollahs. J'en veux pour preuve un exemple flagrant que je soumets ici à l'approbation des uns ou des unes, et à la désapprobation des autres.
Il se trouve que j'ai la chance de partager ma vie avec une femme de goût, enfin de mon goût. Dans les deux sens du mot. d'une part, elle habille son corps, ses murs, ses enfants et ses paquets cadeaux avec une pétillance discrète qui me semble de bon aloi. D'autre part, la nature l'a dotée d'une sensibilité gustative exacerbée qui l'écarte couramment de l'endive pour la pousser vers des cochonnailles luxuriantes, et d'un nez méticuleus et sûr, apte à repérer une pincée de noix de muscade dans un baril de soupe populaire.
Au petit jeu périlleux des dégustations aveugles de vins, et quoique l'aveu public m'en coûte, elle gagne plus souvent qu'à mon tour. D'autres femmes, j'en connais, ont ce don prestigieux. Alors pourquoi faut-il, en respect imbécile des plus usées traditions phallocratiques, que les sommeliers de nos meilleurs restaurants s'obstinent à faire goûter d'emblée leurs crus aux Tarzan-poil-aux-pattes, après avoir planté l'insultante carafe d'eau sous le nez souvent génial des pauvres Jane? En pareil cas, je ne manque jamais de m'écrier, avec un ton d'indignité légèrement surfait mais toujours sincère:"Je vous demande pardon, monsieur, mais dans ma famille, ce sont les femmes qui font les gosses et qui goûtent les vins."

Pierre DESPROGES

2 commentaires:

Marité a dit…

Merci Pomme de citer ce génial Pierre Desproges...
J'en ai une autre de lui:
"Je ne serai jamais féministe convaincu. Les femmes du MLF m’emmerdent, mais tous les militants m’ennuient, tous les gens qui croient détenir une certitude m’ennuient, c’est vrai quand même que l’anti-féminisme c’est un racisme aussi stupide que tous les autres. Il a été décidé que les femmes étaient des êtres inférieurs. Bon, c’est vrai qu’elles courent moins vite sur le cent mètres mais c’est bien la seule infériorité qu’elles ont sur les mâles…"
Bisous.

Lulu Sorcière a dit…

Merci Pomme pour ce texte que je relis moi aussi avec grand plaisir,en prolongeant la journée de la femme par une petite flemme au soleil !
Chez nous c'est ma fille Camille, le nez du vin et en effet au restau, ça étonne quand l'Ours confie l'affaire à sa fille !
Bises.