mardi 14 février 2012

Le Taj-Mahal... une histoire d'amou


-LE TAJ-MAHAL-

C’est un palais de marbre blanc. Si léger qu’il semble flotter au-dessus du sol, comme aspiré dans le bleu du ciel. Un palais que nul roncier ne protège, où repose une princesse endormie à jamais. Le prince ne viendra pas la réveiller d’un baiser ; le prince, son amour repose à ses côtés.
Ce palais de rêve, cette demeure de conte de fées est un tombeau. Celui que Shah Jahan fit élever à la mémoire de son épouse tant aimée, Arjumand, Mumtaz-I-Mahal, « L’Elue du Harem ».
Il était à Agra une coutume : chaque année, lors du « Royal Meena Bazaar », les dames du Zenana avaient le droit, exceptionnellement dévoilées, de vendre leurs bijoux et bibelots précieux aux hommes de la cour du Grand Moghol. Là naissaient bien souvent des romances, là se décidaient des unions. Une année, Jahangir étant empereur, la jeune Arjumand à peine âgée de quatorze ans, avait été autorisée à paraître au Royal Bazaar pour y proposer ses menus trésors de jeune fille ; des parures d’argent bien modestes comparées aux trésors d’orfèvrerie, de joaillerie, d’or, de perles et de pierres précieuses que montraient les autres dames. Discrètement installée près de sa tante, sous un frangipanier, Arjumand regardait s’avancer dans les allées bordées de roses et de jasmins, le Padishah et sa suite. Dans ses pas, l’œil plus brillant que les diamants qui retenaient l’aigrette de son turban, s’avançait d’un pas nonchalant Shah Jahan, son fils ainé ; il admirait les éventaires et plus encore les marchandes d’un jour dont pour la plupart, il voyait pour la première fois le visage.
Arjumand éblouie, ne pouvait détourner les yeux de ce prince issu d’un conte ; et lui, croisant le regard de cette jeune beauté, oubliant le cortège, s’avança vers elle. C’était lui, c’était elle ! Il avait suffi d’un instant pour que naisse un amour éternel. Sans songer même à marchander comme le voulait l’usage, il acheta toute la bimbeloterie pour la somme astronomique de cent mille roupies. Somme dont la jeune fille avait besoin pour nourrir des miséreux. Ni l’un ni l’autre ne savaient que des années allaient s’écouler avant leur prochaine rencontre.
Shah Jahan, le soir même annonça à son père son intention d’épouser Aramnjud. Mais il était l’héritier d’un empire et son destin n’était pas de se marier à la fille d’un ministre, si influent et dévoué fût-il. La vie du prince héritier d’un empire est dévolue à ses états et son rôle est de former des alliances utiles. La nièce de l’empereur de Perse lui était promise ; rompre cet engagement aurait compromis la paix entre les deux peuples. Jahangir décida : qu’il épouse la princesse et plus tard il ferait d’Armanjud sa concubine. Indigné, Shah Jahan refusa : la place de son aimée était la première dans son cœur comme à la cour. Hélas, il dut céder et la mort dans l’âme épouser la Persane.
Armanjud, fidèle, pendant trois années refusa les meilleurs partis, au grand désespoir de sa mère qui la voyait vieillir sans époux. Pensez ! seize ans ! qui voudrait d’elle désormais ?
Pendant ces trois années, les amoureux ne se rencontrèrent qu’une seule fois et de nuit, dans les jardins du palais impérial. Ils se jurèrent à nouveau un amour éternel.
 L’empereur Jahangir pour sa part, attendait  le premier enfant mâle qui tardait à se montrer. L’épouse persane de Shah Jahan en dépit de ses prières demeurait stérile… et pour cause : Shah Jahan ne l’avait jamais touchée !
Quoi qu’il en soit, une épouse qui ne donne pas d’enfant ne peut être gardée ; en dépit de ses protestations, la nièce du Shah de Perse fut renvoyée à son oncle, assortie d’un somptueux dédommagement en argent, bijoux, chevaux et éléphants.
Alors les noces d’Armandjud et de Shah Jahan purent enfin être célébrées et la nouvelle épousée prit le nom de Mumtaz-i-Mahal. Le mariage n’altéra en rien leur amour. Un amour si fort que jamais Shah Jahan, à la réprobation générale, n’envisagea de prendre d’autres épouses, ni même d’avoir des concubines… ne serait-ce que pour épargner à sa bien-aimée de perpétuelles  grossesses. Entre naissances d’enfants vivants ou morts et  fausses couches à répétitions, Arjumand quatorze fois fut enceinte. Les époux ayant juré de ne jamais se séparer, elle le suivait partout, tant  au hasard des combats qu’il menait pour son père, que plus tard dans la fuite et l’exil qui précédèrent son accession au trône.
Ces périples, dans des carrioles pourtant confortables mais soumises aux cahots de routes mal aplanies, ruinèrent peu à peu la santé de l’impératrice. La quatorzième grossesse lui fut fatale.
Désespéré, Shah Jahan  lui offrit ce rêve de marbre blanc au sein duquel ils reposent, unis pour l’éternité.

2 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Un vrai conte de fées !

croukougnouche a dit…

Histoire magnifique!
et ce monument est une merveille