vendredi 9 mars 2012

L'âme des poètes


Tandis qu'à leurs oeuvres perverses 
Les hommes courent, haletants,
Mars qui rit, malgré les averses, 
Prépare en secret le printemps.
 

Pour les petites pâquerettes,
Sournoisement, lorsque tout dort 
Il repasse es collerettes
 
Et cisèle des boutons d'or.
 

Dans le verger et dans la vigne
 
Il s'en va, furtif perruquier
 
Avec une houppe de cygne
 
Poudrer à frimas l'amandier.
 

La nature au lit se repose;
Lui, descend au jardin désert 
Et lace les boutons de rose
 
Dans leur corset de velours vert.
 

Tout en composant des solfèges
 
Qu'aux merles il siffle à mi-voix
Il sème aux prés les perce-neige 
Et les violettes aux bois.
 
Sur le cresson de la fontaine
Où le cerf boit, l'oreille au guet, 
De sa main cachée il égrène
Les grelots d'argent du muguet. 

Sous l'herbe, pour que tu la cueilles,
 
Il met la fraise au teint vermeil
 
Et te tresse un chapeau de feuilles
 
Pour te garantir du soleil.
 

Puis, lorsque sa besogne est faite
 
Et que son règne va finir,
 
Au seuil d'avril tournant la tête
 
Il dit: Printemps, tu peux venir.
Théophile GAUTIER

2 commentaires:

solveig a dit…

Ahhhh ...toute mon enfance !
et ce cher Théophile.
Bonne journée Al.

anne des ocreries a dit…

j'adore. :)