lundi 13 août 2012

Les prunes

Si vous voulez savoir comment
Nous nous aimâmes pour des prunes,
Je vous le dirai doucement,
Si vous voulez savoir comment.
L'amour vient toujours en dormant,
Chez les bruns comme chez les brunes;
En quelques mots voici comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.

Mon oncle avait un grand verger,
Et moi j'avais une cousine;
Nous nous aimions sans y songer,
Mon oncle avait un grand verger.
Les oiseaux venaient y manger,
Le printemps faisait leur cuisine:
Mon oncle avait un grand verger,
Et moi j'avais une cousine.

Un matin nous nous promenions
Dans le verger, avec Mariette:
Tout gentils, tut frais, tout mignons,
Un matin, nous nous promenions.
Les cigales et les grillons
Nous fredonnaient une ariette:
Un matin nous nous promenions
Dans le verger, avec Mariette.

De tous côtés, d'ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches.
En si bémol, en ut, en la,
De tous côtés, d'ici, de là.
Les prés en habits de gala
Etaient pleins de fleurettes blanches.
De tous côtés, d'ici, de là,
Les oiseaux chantaient dans les branches.

Fraîche sous son petit bonnet,
Belle à ravir, et point coquette,
Ma cousine de démenait,
Fraîche sous son petit bonnet.
Elle sautait, allait, venait,
Comme un volant sous la raquette:
Fraîche sous son petit bonnet,
Belle à ravir, et point coquette.

Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes;
Et la gourmande en veut manger,
Arrivée au fond du verger.
L'arbre est bas; sans se déranger
Elle en fait tomber quelques-unes:
Arrivée au fond du verger,
Ma cousine lorgne les prunes.

Elle en prend une, elle la mord,
Et, me l'offrant: "Tiens!..." me dit-elle.
Mon pauvre coeur battait si fort.
Elle en prend une, elle la mord.
Ses petites dents sur le bord
Avaient fait des points de dentelle...
Elle en prend une, elle la mord,
Et, me l'offrant: "Tiens!..." me dit-elle.

Ce fut tout, mais ce fut assez;
Ce seul fruit disait bien des choses.
(Si j'avais su ce que je sais!...)
Ce fut tout, mais ce fut assez.
Je mordis, comme vous pensez,
Sur la trace des lèvres roses:
Ce fut tout, mais ce fut assez;
Ce seul fruit disait bien des choses.

Oui, mesdames, voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes:
N'allez pas l'entendre autrement;
Oui, mesdames, voilà comment.
Si parmi vous, pourtant, d'aucunes
Le comprenaient différemment,
Ma foi, tant pis! Voilà comment
Nous nous aimâmes pour des prunes.

Alphonse DAUDET

1 commentaire:

FRANKIE PAIN a dit…

merci de ta visite à bord de mon navire blog
oui j'ai eu un beau contrat et une belle aventure
de jeu sur un film qui va faire causer
et risque d'être un beau succès.
on s'appelle un de ses jours en fin d’après midi
je te fais de gros bisous je t'espère avec ton monde humains et canins bien