mercredi 31 octobre 2012

Le Bien Aimé



Avant de devenir un des ferments de la Révolution, Louis XV avait été surnommé le « Bien-Aimé » ; cette anecdote montre pourquoi.

« Il s’amusait quelque fois à faire lui-même sa cuisine. Les jours destinées à en effectuer la fantaisie, il partait ordinairement de Versailles, à midi précis, pour se rendre dans une de ses maisons de plaisance : là se développait sa science dans cet art. j’en fus témoin une fois à Saint-Hubert. IL y arriva accompagné des ducs de Gontaut, d’Ayen, de Coigny, de la Vallière, de Fleury, du prince de Beaufremont et du marquis de Polignac. La scène eut lieu dans le salon. Le comte de Croismare, le chevalier de Brusse, écuyers cavalcadours ; le chevaleir de Saint-Sauveur, le marquis de Montmorency, chefs de brigade des gardes du corps, et quatre de ses pages y demeurèrent ; personne d’autre n’y eut accès. Des valets de pied apportèrent seulement ce qu’il fallait pour entreprendre les apprêts du dîner, puis ils sortirent.
Le roi se chargea d’accommoder des poulets au basilic ; le duc d’Ayen, de le coction des œufs ; Gontaut, de plusieurs salades ; Coigny de veiller au rôti, Polignac, la Vallière, Beaufremont s’employèrent non moins utilement. Quand tout fut prêt, chacun de ces huit personnages mit sur la table un plat de sa façon. Ensuite ils y servirent eux-mêmes à l’aide de quatre « servantes » placées de deux en deux, sur lesquelles on avait posé toutes les choses nécessaires. Les officiers des gardes-du-corps , les écuyers cavalcadours et les pages assistèrent debout à ce dîner comme simples spectateurs ;
Pendant le repas, le roi offrit du thon à Giverville, un de ses pages : il accepta ; les trois autres reçurent, l’instant d’après, de la main même du monarque, différents mets. Lorsque chacun eut sa part, ils s’établirent sur une grande encoignure du salon, qui leur servit d’entrepôt. De temps à autre, le roi les appelait, augmentait ses bienfaits avec un air de satisfaction ; insensiblement l’encoignure devint trop petite pour les contenir, il fallut en déposer le supplément sur le parquet.
Les jeunes gens mangeaient beaucoup, mais ne buvaient pas. Le roi l’observa en se levant de table ; prenant alors une bouteille de vin, ce qui fut imité par tous les gens de sa cour, il s’approcha d’eux : « Tenez, leur dit-il, buvez. – Sire, répondit le chevalier de Ségonsac, nous n’avons point de verres. » Louis lui apporta le sien, et l’invita à le rincer. « Ah ! sire, lui répartit ce page, que Votre Majesté me permette de boire immédiatement après le plus grand monarque de l’Europe. » Le roi sourit, et de sa main remplit le verre de Ségonsac. Au moment du café, il en versa lui-même à ses pages. Ce genre d’affabilité démontre combien ses vertus étaient simples, naturelles et faites pour attacher.

De La Gorse

Le roi partageait-il aussi libéralement les demoiselles du parc aux cerfs avec ses pages ???

2 commentaires:

claude a dit…

La gravure ci-dessus m'incite à penser qu'il est toujours utile de savoir faire la cuisine.
Mais qui est ce De La Gorce, est-ce l'académicien ?

almanachronique a dit…

L'article provient de l'inépuisable "Nos Loisirs" et a été écrit vers 1906... J'ignore tout de l'auteur...
Reconnaissance à qui comblera cette lacune.