vendredi 12 avril 2013

La tyrannie du genre ?





« On ne naît pas femme, on le devient » : l'aphorisme de Simone de Beauvoir vaut tout autant pour l'être humain masculin. Freud a conditionné le devenir homme ou femme à la question de la symbolique d'un organe. L'exploration plus fine de la formation de l'identité sexuée est beaucoup plus récente. Il est communément admis de distinguer actuellement l'identité sexuelle – faisant référence au sexe biologique – de l'identité de genre, qui correspond au sexe psychosocial. La notion de genre est apparue aux États-Unis au début des années 70. Elle se distingue de celle de sexe en renvoyant au sexe social, au contenu culturel et social du féminin et du masculin. Le sujet se définit toujours par rapport à son sexe d'assignation. Il existe une interrelation subtile entre l'enfant et ses parents – interrelation dans laquelle les identifications introjectives jouent un rôle important – pour aboutir à l'appropriation ou non par le petit enfant de son sexe biologique. L'identité de genre se forge en fait assez tôt, vers deux ans, avec une appropriation très nette par le garçon ou la fille, des caractéristiques de son sexe.
Les études autour du genre sexuel se sont développées, dans le monde anglo-saxon notamment, dans la mouvance du féminisme et des volontarismes militant des groupes gays. Une tendance de ce type d'études est d'insister sur le relativisme culturel de toute approche concernant le genre, pour aller jusqu'à nier, dans certaines approches, toute importance structurale de la différence des sexes, comme fondement même de la culture. Il a été reproché à ce titre aux psychanalystes de véhiculer une idéologie passéiste, soutenant implicitement l'ordre hiérarchique ancien, qui était effectivement un ordre de domination. C'est une manière de disqualifier a priori toute possibilité de penser la différence d'une manière moderne, en y incluant la notion essentielle d'égalité, qui n'est pas synonyme d'identité. Dans ce mouvement, la dynamique de l'altérité comme productrice de sens est considérée comme aliénante. On préfère alors prôner, comme dans l'extrémisme du mouvement queer, le refus de toute différenciation. Le terme lui-même de queer signifie « étrange », « louche ». Il est issu d'une insulte homophobe américaine. La réappropriation du mot par un ensemble de militants gays à la fin des années 80, aux États-Unis, marque un tournant dans le domaine des luttes autour des sexualités. Aux revendications structurées essentiellement autour des identités gay et lesbienne, succède un discours s'en prenant non plus seulement à l'intolérance, mais directement aux « contraintes » de la normalité. « Nous vivons dans une société hétérocentrique, pour laquelle le sexe biologique correspond à un genre donné. C'est un système sexe-genre très bloquant et aussi très lié à la reproduction », expose une des figures françaises du mouvement queer, Marie-Hélène Bourcier, qui reconnaît évidemment le sexe biologique, mais qui considère comme une souffrance la tyrannie du genre, modèle imposé par une société coercitive.
Derrière une remarque pertinente qui interroge les aspects culturels et sociaux de la différence des sexes – parce qu'ils ont été longtemps le support de la domination – pointe un autre désir : celui de nier tout aspect fécond à la différence (l'hétérocentrisme). À la question « Que peut-on faire aujourd'hui de l'idée du féminin et du masculin ? », elle répond : « Masculinité, féminité : nous sommes bien face à deux choses différentes. Et nous en avons encore pour un moment. C'est pour cela que je ne crois pas du tout à l'éradication des genres. Par contre, cela m'intéresserait de voir disparaître de la carte d'identité l'indication du sexe […] Le féminisme a beaucoup voulu reconstruire la femme, valoriser la femme contre l'homme. Mais le post-féminisme est dans la déconstruction de la masculinité. S'éloigner d'une définition pénistique et naturelle de la masculinité. » Dans un second mouvement, un peu paradoxal, elle finit par accepter le concept de « genre », comme une donnée inévitable, mais non souhaitable, pour retourner à la question même de l'identité, plus essentielle. Elle souligne alors que, par le geste symbolique de supprimer le sexe de la carte d'identité, elle remet en cause une anthropologie où l'identité dans sa profondeur est considérée comme sexuée.

Jacques ARENE - La Sortie du Patriarcat

5 commentaires:

solveig a dit…

Beau texte, merci.

anne des ocreries a dit…

Mouais....

Gine a dit…

Une mise au point intéressante. Merci!

claude a dit…

Je suis loin de tout comprendre dans ce texte alambiqué.
Cependant, en toute simplicité, je propose à Jacques ARENE de se pencher sur les connaissances accumulées par les zoologistes.
En particulier, sur les travaux les plus pertinents traitant de la physiologie animale des mammifères, et pourquoi pas aussi des oiseaux.
Cela devrait lui remettre un peu d'ordre dans ses idées.

Enitram a dit…

Les enfants arrivent, je te lirai plus tard... A bientôt !