jeudi 2 mai 2013

Repenser le masculin




Le travail de pensée qui nous est dorénavant donné est de repenser le masculin dans une perspective de différence qui ne soit plus hégémonique. Le concept de la bisexualité psychique constitue une base de travail qui permettra d'élaborer une vue de la différence plus équilibrée. La psychanalyse freudienne s'est constituée sur une dissymétrie où le manque est souligné surtout du côté du féminin. Nous avons à évaluer avec plus de rigueur la symbolique du manque dans sa répartition du côté du masculin et du féminin, et ce dans une démarche plus équilibrée, qui ne recherche pas cependant un équilibre illusoire, une symétrie obsessionnelle. Avec un regard approfondi sur ce qui manque à l'être humain masculin par rapport au féminin, mais en tenant compte aussi de cette angoisse devant le féminin, qui n'est pas seulement liée à un moment culturel de l'humanité, mais aussi à la terreur de l'homme – anthropologiquement indépassable ? – devant le « continent noir » du féminin, selon le mot de Freud. Une réflexion clinique d'envergure sur cette terreur pourrait, à terme, aider à endiguer l'immense vague des violences perpétrées contre des femmes, que ces violences soient individuelles ou idéologiquement, voire politiquement instituées. Lacan, s'il a plus encore que Freud institué le phallus comme emblème du signifiant par excellence, et modélisé le désir dans sa problématique phallique, nous a laissé aussi des jaillissements de pensée, ouvertures pour explorer d'autres modalités d'existence et de déploiement du désir. Il a ainsi abordé la question du désir féminin – étudié notamment à travers la mystique – pour évoquer ce désir pluriel, insaisissable, qui ne se satisfait jamais d'un objet déterminé et se perd dans le « pas tout ». « Il y aurait des désirs qui ne se contenteraient pas de l'imaginaire du phallus. » Idée essentielle de cet au-delà du désir phallique que les femmes expérimenteraient.
Ce serait une erreur, pour repenser le masculin, que de le remodeler sur le schéma du féminin, mais l'au-delà de « l'imaginaire du phallus » peut nous aider à sortir du point d'aveuglement lié à l'omniprésence du modèle phallique.
Il s'agirait sans doute de retrouver, à l'intérieur même du masculin la multiplicité et la richesse des approches et des significations qu'il est coutume de signaler en abordant le « continent noir » du féminin. Il en est de l'homme comme d'une fausse évidence, une fausse simplicité héritée des siècles de domination explicite. La force physique de l'homme du monde patriarcal – ses prétentions phalliques – ont brouillé la pensée du masculin et ont laissé dans l'ombre des aspects du masculin tout aussi paradigmatiques. Peut-être serait-il bon de prendre comme modèles heuristiques de la pensée du masculin non seulement le pénis – et son correspondant symbolique le phallus –, qui seraient du côté de l'axe de prétention au pouvoir toujours présents chez l'homme, mais aussi d'autres traits communément évoqués comme des caractéristiques sexuelles secondaires : qu'en est-il ainsi de la voix – voix des hommes qui se dépossède d'elle-même à la sortie de la puberté –, ce qui plonge les adolescents hommes dans une mutation vis-à-vis du son qu'ils perçoivent d'eux-mêmes depuis leur enfance ? Qu'en est-il aussi de ce rapport au danger, à la prise de risque, qui ne s'inscrit pas seulement dans le déploiement suspect de la force physique de l'homme, ni dans les expressions hormonales de son agressivité, mais qui montre aussi une recherche des limites corporelles qui ne sont pas inscrites dans l'évidence des cycles ou dans l'incarnation indubitable de la grossesse ? Qu'en est-il aussi de cette fragilité psychique plus marquée du petit garçon, et du déploiement au cours de la vie d'adulte, d'une existence plus risquée, plus limitée en durée de l'être humain masculin ? Qu'en est-il d'un rapport au temps marqué par le désir de faire œuvre, par cet affrontement particulier à la question de la mort, sans doute lié à l'inconsolable souffrance de ne pouvoir expérimenter dans son corps le réel de l'enfant qui prendra le relais après ? Qu'en est-il enfin de ce corps masculin plus élancé, plus musclé, tendu vers la verticale, ne se perdant pas en méandres inutiles, mais si souvent encombré de son opérationnalité sans détour ? Qu'en est-il enfin de ce désir génésique, de cette volonté de transmission, si souvent affirmés dans l'univers patriarcal – et si lointain à présent, et pourtant si proche, mais aujourd'hui tus, refoulés, souterrains ?

Jacques ARENE - Psychanaliste



2 commentaires:

Gloria Godard a dit…

J'aime beaucoup cette affiche de Rouge Baiser ;-)Bon maintenant je vais lire l'article !
Bises !

anne des ocreries a dit…

quel charabia !...