mercredi 26 mars 2014

Claude suit....

Le secret d’une autorité, quelle qu’elle soit, tient à la rigueur inflexible avec laquelle elle persuade les gens qu’ils sont coupables.

Raoul Vaneigem

Pourquoi Nietzsche nous a pourri la vie

|  Par Hestia
L'idolâtrie nietzschéenne se loge là où on ne la soupçonne plus. Nouveau conformisme mais aussi, allez soyons clairs, allié de la réaction, promoteur de la pensée bourgeoise et nid douillet de notre époque pré-fasciste "le nietzschéisme de gauche" se décline dans la doxa manageriale aussi bien que chez les intellectuels cathodiques à la Onfray.
Mais il est tellement séduisant pour les ados, ce Nietzsche qui enterre Dieu, la Raison, la morale, autrement dit Papa et Maman, pour nous livrer à une émancipation assez proche du nombril de chacun et de la position d'un maître incapable de s'assumer en tant que tel.
Car il faut bien lire Nietzsche et tout Nietzsche.
Il aura fait le bonheur des nazis avant guerre, jusque là pas de problème, la filiation est logique. Et puis depuis Camus et Bataille, une longue cohorte de suiveurs classés à gauche joueront Nietzsche contre Marx suivant le conseil de Drieu La Rochelle : "En tout cas, les succès certains remportés par l'antimarxisme dans les derniers lustres en Europe centrale et sans doute secrètement en Russie nous engagent à proposer cette formule : Nietzsche contre Marx, Nietzsche succédant à Marx, Nietzsche véritable prophète et véritable inspirateur des révolutions d'après-guerre".


De retournements de sens incessants et capricieux "La Raison c'est l'ennemi", "La sagesse c'est la folie", "Mon père c'est ma mère" etc. - qui sont devenus des sortes de tics ânonnés par la petite bourgeoisie -, jusqu'aux thèses de la Volonté de puissance où l'on ne veut pas voir un Nietzsche aristocratique, antisémite et brutal, où peut bien se nicher l'idée d'un Nietzsche de gauche ?
Que faut-il penser par exemple de la folie de Nietzsche ? Voilà quelqu'un qui n'a eu de cesse de mettre la pitié au pilori et qui passe de la lumière à l'ombre en se prenant... de pitié pour... un cheval... en lui roulant une pelle !
Quel retour de bâton, quelle ironie de l'histoire ! Frédéric qu'as-tu fait de ta cruauté ? Je te plains au fond, grand nigaud. 
Je n'ai jamais vu un Nietzschéen dans une usine, aux côtés d'un mouvement de chômeurs, réclamer l'égalité, enfourcher le mouvement de l'histoire collective.
On les retrouve d'abord à la télévision, donc dans notre grand fourre-tout de la pensée dominante, dans les salons, bourdonner sur leur divan, au Medef, chez les grands prêtres libéraux-libertaires…
Et oui, la récupération par la gauche morale du fou à moustache est sidérante. Ils ont pour beaucoup épuisé jusqu'au dernier souffle la mythologie du plus grand adversaire de la dialectique et du socialisme, ramenant dans leur besace Sade, Voltaire, De Maistre, Céline et les obscurs pré-socratiques, oui vous savez ceux qui ne pensent pas parce qu'ils ont pensé avant tout le monde.


Evidemment, je ne jette pas tout Nietzsche et j'apprécie la grande idée de l'Eternel retour, empruntée d'ailleurs aux stoïciens, ou celle de nécessité, d'amor fati.
Quant aux commentateurs, on en trouve de sérieux et moins clownesques que Sollers. Patrick Wotling ("La philosophie de l'esprit libre") ou Dorian Astor ne récupèrent rien au profit de personne et donnent plus à comprendre qu'à servir la grande illusion d'un Nietzsche de gauche. 
Et puis j'aime lire l'adversaire, il me permet de mieux comprendre ses adversaires à lui donc de solidifier la faiblesse de ma pensée.
Oui nous seront toujours au côté de Rousseau, Hegel et Marx et auront davantage de considérations pour les analyses d'un Michel Clouscard que pour nos "philosophes de service" pour ne pas dire au service de l'idéologie dominante toujours ravie de trouver en Nietzsche un allié de toutes les thèses qui renforcent l'idée d'inégalité, de haine de la démocratie, d'obsession du corps et de fascination pour la violence.


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