mercredi 16 avril 2014

L'ami Jean...

"L'innocente beauté des jardins et des jours
Allait faire à jamais le charme de ma vie!"


Gracieuse profession de foi qu'on a envie d'adopter. C'est celle du plus illustre enfant de Château-Thierry. Un enfant si sérieux qu'il eut le désir d'entrer dans les ordres. Mais le bref séjour que fit le jeune La Fontaine- puisque c'est de lui que nous parlons- à l'Oratoire lui fit comprendre qu'à 20 ans, il est bien difficile de renoncer aux plaisirs de la vie et aux amis.
Fils peu contestataire, il épouse sans enthousiasme , mais pour ne pas contrarier son père. Un jeune fille  de 11 ans sa cadette et dont il n'est pas épris. La séparation aura lieu en 1671. 
Un autre désir de son père, mais qui lui convenait mieux était qu'il prit le poste officiel de contrôleur des eaux et forêts. Un poste selon ses goûts qui lui donnait la douce obligation de se promener et d'observer la nature.
En 1658, Jean de La Fontaine est présenté à Fouquet. Le voici pour son plus grand bonheur, poète à gage du surintendant. Vaux-le-Vicomte est un paradis baroque conforme à ses gôuts; il y rencontre de nombreux artistes et hommes de grand talent et devint l'ami de Le Nôtre. Bonheur fragile: en 1661, Fouquet est arrêté. Le si léger poète fait montre d'une rare fidélité envers le disgracié. L'Elégie aux Nymphes de Vaux est un plaidoyer en faveur de son ex protecteur:

Remplissez l'air de cris en vos grottes profondes;
Pleurez, Nymphes de Vaux, faites croître vos ondes....
... Oronte est à présent un objet de clémence;
S'il a cru les conseils d'une aveugle puissance,
Il est assez puni par son sort rigoureux;
E c'est être innocent que d'être malheureux.

Il va sans dire que cette démarche déplut au monarque. Mais de cette disgrâce, La Fontaine se soucia peu. Libertin au vrai sens du terme, il n'avait que faire des plaisirs officiels et ruineux qui se dispensaient à Versailles.
Il lui fallait néanmoins gagner sa vie; il entra dans la maison de la duchesse d'Orléans comme gentilhomme servant. Une sinécure qui se prolongea neuf ans. Neuf années qui lui permirent de composer les Contes, les Amours de Psyché et Cupidon et bien entendu les Fables. Il est désormais célèbre. 
Il passe de la duchesse d'Orléans à la plus exquise des femmes savantes, madame de la Sablière avec qui il noue une amitié qui durera douze ans. C'est chez elle qu'il finira ses fables, un "Carnaval des Animaux" qui dresse le  portrait sans concessions des personnages de son temps.
On connaît La Fontaine pour un épicurien, un galant toujours vert amoureux des femmes autant que de la nature; mais il est aussi un moraliste, un subtil analyste de l'âme humaine, un homme de principe qui n'hésite pas à lutter pour ses idées. Ainsi vers la fin du siècle éclate la Querelle des Anciens et des Modernes. Un combat ou les armes étaient plus souvent des épigrammes que des épées. Tenants des Anciens: Boileau, Racine, La Bruyère et La Fontaine qui soutenaient que toute création devait passer au crible des auteurs antiques. Tous étaient passionnés de poèsie grecque qu'ils traduisaient à longueur de temps.
Les Modernes ne juraient que par la Science, le Progrès, l'expérience et un style nouveau. Ils étaient menés par Charles Perrault qui paradoxalement remit au goût du jour les "Contes de Bonnes Femmes" qui sont encore les plus connus à l'heure actuelle. C'est ainsi que le temps a réconcilié les adversaires: le Loup et l'Agneau, le Corbeau et le Renard, la Cigale et la Fourmi, font bon ménage dans nos mémoires avec Cendrillon, Peau d'Âne et le Chat Botté.


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