mercredi 6 août 2014

tant qu'ils ne cesseront pas... nous ne cesserons pas...

d'informer et de nous indigner... (la rédaction en réaction)

Désastre humanitaire dans les ruines de Gaza

LE MONDE | • Mis à jour le | Par
Devant l’école gérée par l’Agence des Nations unies pour les réfugiés palestiniens que l’armée israélienne a bombardée dimanche 3 août, faisant au moins dix morts.
Malgré une nouvelle trêve humanitaire de sept heures annoncée par Israël à partir de 9 heures, lundi 4 août, le cauchemar des habitants de Gaza n'en finit pas. Chaque arrêt provisoire des hostilités, chaque cessez-le-feu, s'achève en nouveau bain de sang.
Amal Jababra, jeune et frêle Palestinienne de Rafah, avait rejoint vendredi, à bout de force, l'enceinte d'une école de l'ONU, alors qu'un déluge de feu s'abattait sur les quartiers est de la ville-frontière. Dimanche, en milieu de matinée, elle a de nouveau vécu l'horreur lorsque les éclats d'un obus israélien ont déchiqueté la jambe de son mari, devant l'entrée du bâtiment. L'attaque qui, selon l'armée israélienne, visait trois membres du Jihad islamique circulant sur une moto, a fait plus de 10 morts et 30 blessés parmi les civils.

« CETTE FOLIE DOIT CESSER »

C'est la troisième fois depuis le début du conflit qu'une telle scène de chaos se produit dans un centre de l'UNRWA, l'organisme de l'ONU chargé des réfugiés palestiniens, après l'attaque des écoles de Beit Hanoun et Jabaliya, au nord de la bande de Gaza. « Cette folie doit cesser », a déclaré le secrétaire général de l'ONU, Ban Ki-moon, dénonçant un « scandale du point de vue moral et un acte criminel ». Les Etats-Unis se sont dits « consternés » par ce « bombardement honteux », tandis que François Hollande jugeait l'attaque « inadmissible », appelant à ce que les responsables du carnage « répondent de leurs actes ».
Lire la tribune de Rony Brauman, Régis Debray, Edgar Morin et Christiane Hessel : « M. Hollande, vous êtes comptable d'une certaine idée de la France qui se joue à Gaza »
Alors qu'Israël se positionne déjà dans l'après-conflit, réfléchissant à un retrait unilatéral de ses troupes, le deuil et la terreur écrasent toujours le quotidien des habitants de l'enclave palestinienne, en particulier dans les zones frontalières qui restent soumises à de rudes bombardements. Dans la nuit de lundi, dix Palestiniens ont été tués dans des raids.

DES RUES ENTIÈRES ONT ÉTÉ RAYÉES DE LA CARTE

Après trois semaines de conflit, l'étroite bande de terre est au bord d'un désastre humanitaire sans précédent : un quart des habitants de Gaza ont fui leur maison ; 280 000 réfugiés s'entassent dans les 84 écoles de l'ONU complètement saturées. Une dizaine d'hôpitaux ont été endommagés par des bombardements, aggravant le bilan des victimes, qui dépasse les 1 800 morts et 9 000 blessés.
Des rues entières ont été rayées de la carte, comme à Beit Hanoun dans le nord, ou près de Khan Younès, dans le sud-est. Le 29 juillet, le bombardement de l'unique centrale électrique de Gaza a ajouté une nouvelle plaie aux calamités du territoire palestinien. La distribution d'eau dans les maisons a été quasiment coupée, faute d'énergie électrique pour faire fonctionner les systèmes de pompage. Les Gazaouis errent des journées entières, jerrican à la main, à la recherche des quelques camions-citernes distribuant de l'eau saine.
A Rafah, l'école de l'ONU, qui accueille plus de 3 000 réfugiés, est privée d'eau depuis quatre jours. Les conditions sanitaires sont désastreuses. Les salles et les allées crasseuses des écoles surpeuplées affichent le douloureux spectacle du dénuement et de la promiscuité. Des familles entières s'entassent derrière des tapis déployés en rideaux de fortune.

 « NOUS N'AVONS QU'UN REPAS PAR JOUR »
 
Sabha Walred reste en retrait, épuisée. La nuit dernière, elle a dû partager une salle de classe avec près de 100 autres réfugiés : « J'ai dû dormir assise, recroquevillée sur ma chaise. » Mais le moment le plus difficile pour cette jeune mère de 25 ans reste le partage de la ration journalière :
« Nous n'avons qu'un repas par jour. Trois pains, un peu de fromage et un petit morceau de viande. Je dois le diviser entre mes quatre enfants et mon mari. »
Elle avoue en être réduite au chapardage :
« J'ai des jumeaux âgés d'un an et ils ont besoin de lait. Dès que je le peux, je vais voler des briques de lait dans les bureaux de l'administration. Je n'ai pas le choix. »
L'annonce d'un retrait progressif israélien, en particulier à Beit Lahiya, dans le nord de la bande de Gaza, n'a pas déclenché de retours massifs de réfugiés, retenus par la terreur légitime de se retrouver une nouvelle fois piégés sous les bombes.
De source palestinienne, cinq Gazaouis ont été tués dimanche par une frappe israélienne alors qu'ils revenaient dans leur maison à Jabaliya.

PLUS DE 50 000 GAZAOUIS ONT PERDU LEUR MAISON

Selon les Nations unies, plus de 50 000 Gazaouis ont perdu la totalité de leur maison, auxquels il faut ajouter 30 000 autres personnes dont le logement est considéré comme inhabitable. Dans un environnement comme frappé par la foudre, la famille Aghra a choisi de revenir habiter dans les quelques pièces encore utilisables de sa maison, éventrée par un missile qui a réduit à l'état de ruines l'habitation voisine.
« Je devais revenir. La maison, pour un Palestinien, c'est sa dignité. J'ai la chance qu'elle tienne encore debout, c'est l'essentiel », relativise Nahla Warsh, 37 ans. Sans eau, sans électricité, la survie est une lutte quotidienne.
A côté d'elle, son beau-frère Abdullah, un jeune professeur de 22 ans, les traits tirés, craint le pire quant au dénouement de ce conflit : « Si l'armée israélienne se retire et nous laisse dans notre misère, sans nous accorder la levée du blocus, nous ne pourrons jamais nous relever. Autant nous achever maintenant ! »

1 commentaire:

Patrick Lucas a dit…

ce qui se passe là-bas est une honte pour l'humanité toute entière pour ceux qui subissent et ceux qui observent… et il n'y a pas qu'à Gaza..!