lundi 27 octobre 2014

Les mineurs grévistes de 1948 réhabilités… en 2014




J'en ai gardé le souvenir de ces "gueules noires"
venues mendier quelque argent pour tenir ...
Les pièces tombaient drues dans la cour du vieil immeuble
que nous habitions à Nanterre, 3 étages, 6 appartements par étage,
pour la plupart habités par des ouvriers de l'usine SIMCA
située à quelques centaines de mètres de notre immeuble.
En ces temps d'après guerre, ils étaient pauvres, mais généreux ....

C
laude
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C'est l'aboutissement d'un long parcours, qui aura duré plusieurs décennies,
pour obtenir réparation des injustices subies par les mineurs grévistes du Pas-de-Calais,
en  1948 et 1952, réprimés par les armes, licenciés et expulsés.

La garde des sceaux, Christine Taubira, a annoncé, jeudi 23  octobre, à l'Hôtel de ville de Paris,
à l'occasion d'une soirée d'hommage et de la projection du film L'Honneur des gueules noires,
de Jean-Luc Raynaud, consacré à la grande grève de 1948,
que le gouvernement déposera un amendement au projet de loi de finances pour 2015
reconnaissant le " caractère discriminatoire et abusif " de leur licenciement.

Mémoire intacte
Parmi les invités d'honneur, jeudi soir, de cette soirée d'hommage,
Norbert Gilmez, 92ans,
l'un des rares survivants des grèves de 1948.
Il avait alors 28 ans.
Mineur gréviste à Mazingarbe,
il avait été emprisonné pendant deux semaines puis licencié,
comme 3 000 de ses collègues.
Couvert de dettes, il avait dû revendre sa bicyclette
et jusqu'au landau de sa fille pour refaire sa vie loin de la mine,
parce que les employeurs de la région refusaient de prendre un " licencié de 1948 ".

Depuis, il n'a jamais lâché le combat pour obtenir justice.
" Je suis en piteux état, sourit le frêle vieillard,
qui se remet de plusieurs opérations, mais pour rien au monde je n'aurais raté ça. "
Comme lui, ils seront trente et un survivants ou leurs ayants droit
qui pourront bénéficier du versement d'allocations réparatrices,
dont le montant sera fixé par l'Agence nationale pour la garantie des droits des mineurs.

" Ce geste de l'Etat est si peu de chose. Je m'incline avec modestie, humilité
et un sentiment de fraternité profonde devant les acteurs de cette histoire
que je tiens pour une leçon de vie ",
a souligné Mme  Taubira au cours de cette émouvante soirée d'hommage.

Car, malgré le temps passé, la mémoire de ces journées d'octobre  1948 reste intacte.
Les décrets Lacoste, le ministre de l'industrie d'alors,
qui remettent en question le statut du mineur voté à l'Assemblée nationale en  1946 et le salaire minimal.
La grève, votée à 90  % par les mineurs.
Et le ministre socialiste de l'intérieur, Jules Moch, qui envoie les CRS contre ceux qu'il appelle les " renégats ".

Il y aura six morts parmi les " gueules noires ".
Plus d'un millier de grévistes feront de la prison ferme,
trois mille seront licenciés,
expulsés de leurs maisons des corons fournies par les Charbonnages,
bannis des houillères.
" On n'avait plus rien, on était des parias ",
se souvient Norbert Gilmez.

Aujourd'hui, c'est la fierté qui brille dans ses yeux.

Patrick Roger
© Le Monde

1 commentaire:

Marité a dit…

66 ans d'attente pour une juste reconnaissance... c'est honteux !!!
GROS BECS