mardi 20 janvier 2015

L'école Charlie et les autres; entrer dans la boîte noire des classes.#école


Pour ceux que ça intéresse, il y a 50 témoignages d'enseignants à découvrir sur :

Témoignage N°47  Nanterre
J'ai pris ma classe de seconde samedi matin. Une classe qui condense à elle seule une misère sociale comme j'en avais rarement vu depuis 18 ans à Nanterre. Des mômes "insupportables" (me dit-on) souvent, dédoublés dans toutes les matières sauf la mienne, et dont j'ai le privilège d'être la professeure principale.
J'avais demandé à mes collègues de me laisser aborder le sujet avec eux.
Ce samedi donc, ils sont arrivés l'air d'être déjà passés à autre chose pour eux, et, moi, saisie par une immense tendresse.
j'ai commencé par leur expliquer ce que je souhaitais qu'il se passe :"nous allons essayer ensemble de mettre des mots sur un évènement, simplement parce que la conviction d 'être au cœur d'un évènement qui se joue n'est pas si fréquente dans une existence, et que, dans la panique et l'urgence, partager des mots, identifier, nommer, aide un peu mieux à saisir des enjeux".
Je leur ai promis une totale liberté d'expression, ils sont assez grands pour identifier les frontières de ce qui peut ou ne peut pas se dire. Je leur ai simplement rappelé la présence de la loi qui elle aussi fait barrage ; que je pourrais faire un "rappel à la loi" mais il ne serait qu'une manière de les ramener sur le chemin du dicible.
Je n'ai interdit que le rire, sans morale ; juste en leur expliquant que ça, c'est moi qui ne pourrais pas le supporter.
J'ai donc proposé à celles et ceux qui le souhaitaient de sortir s'ils avaient envie de rire. Tout le monde est resté.
Nous avons installé les tables en cercles rectangulaires (jamais compris cette image du cercle :-) ) et je me suis placée comme eux, dans le rectangle.
I. s'est désigné comme distributeur de la parole.
I. a fait l'objet de deux signalements ASE depuis le début de l'année. C'est le seul dont je n'arrive pas à voir les parents. J'en suis à croire qu'il n'en a pas.
Je leur ai d'abord proposé un moment écrit, pour quelques minutes. Comme eux, j'ai écrit sur ma page blanche. Puis, j'ai triché aussi, j'ai regardé la feuille de mon voisin où il n'y avait qu'une seule ligne : "C'est un complot".
Le débat a commencé. 10 premières minutes où je me suis cramponnée à la table, silencieuse. Tous en unisson m'expliquent pourquoi "c'est bizarre"… Je laisse dire, impuissante.
Ayant lu la veille tous les sites conspirationnistes, je savais exactement quels allaient être leurs arguments.
Mais j'avais promis la liberté d'expression.
20 gamins convaincus, 5 silencieux.
J'ai demandé la parole, expliqué calmement que moi je ne pensais pas qu'il s'agisse d'un complot. Je n'ai pas démonté un à un leurs arguments, ce sera pour plus tard, j'ai préféré tenter un pas de côté en leur faisant part de ma surprise de toute leur méfiance. Méfiance vis à vis de qui ? De quoi ? pourquoi ? Puis j'ai introduit un petit paramètre supplémentaire dans le débat : "ne pas dire "on", ne pas dire "ils", se forcer à nommer les acteurs.
Alors le débat s'est poursuivi sur la stigmatisation. "Regardez l'image que les médias donnent de nous madame !"
[NB : moment savoureux où je redemande la parole en leur demandant quelle image des journalistes auraient donné d'eux s'ils n'avaient assisté qu'aux dix premières minutes de débat ?]
Le racisme, l'islamophobie etc. Tout ça illustré par de très nombreux témoignages. Rien de bien nouveau, j'ai évidemment très souvent entendu ce genre de choses.
 Nous nous sommes entendus sur un petit dénominateur commun : "Personne ne méritait la mort".
Puis, la religion, la comparaison avec Dieudonné, l'humour, etc.
 1h30 de débat que j'ai enregistré intégralement. Je ne sais pas encore ce que j'en ferai. Je le retravaillerai avec eux sans doute. Des passages sont tellement forts. Je me suis aperçue que j'oubliais les silencieux-ses.
 S. l'un des grands bavards, les yeux rouges (pourquoi ? je ne sais pas, shit ou larmes, impossible de distinguer) a juste dit cette phrase si troublante :
"Mais moi madame, je ne sais pas quoi en penser".
Oui, comme si tout le monde devait savoir quoi en penser hein.
 Je suis sortie vidée et assommée surtout par leur sentiment d'impuissance. Ils sont convaincus d'un fatalisme qui fonctionne sur une tautologie assez inextricable : l’État (ils ne savent pas ce qu'est l’État, il faudra y réfléchir) ment mais l’État fait. Donc eux n'ont rien d'autre à faire qu'à attendre que l’État fasse mais l’État ne fera rien d'autre que mentir. CQFD. Inertie.
 Voilà, c'est à réfléchir. Ce n'est qu'un début mais ça pose de solides jalons du chemin qui reste à parcourir.
 Bonne journée
Laurence De Cock, lycée, Nanterre, 92

C'est Claude encore qui a fait la une aujourd'hui...
La Chroniqueuse est au jardin.

5 commentaires:

Éric McComber a dit…

Avertissement, je sors les griffes. Et les crocs.

Je ne suis que très rarement violent, mais ce petit message plein de suffisance et d'indestructible imbécilité m'a fait tourner le sang mille fois en huit secondes.

Je résiste à l'envie des majuscules tellement je suis furieux.

L'analyse même sommaire des faits, démontre immédiatement l'existence d'un complot. Vite dit, les médias Français on diffusé en boucle un montage dont les images avaient été ré-ordonnées et la bande-son refaite ou remplacée par une autre, afin de faire coller le "roman" de cette journée au récit qu'on voulait en tirer. J'ai pris la peine de démontrer ceci dans les heures qui ont suivi le drame.

Je résiste à employer des anathèmes, mais quand l'instit' Français s'y met, il ou elle peut taper des records de stupidité et ça, c'est très triste.

« Ayant lu la veille tous les sites conspirationnistes, je savais exactement quels allaient être leurs arguments. »
TOUS !? fuck you, ruminante. Tu crois enseigner quelque chose à ces jeunes ? Commence-donc par faire la Sibérie à pied. Elle savait donc "exactement" ce qu'allaient être leurs arguments ? Grrr… je pourrais aplatir des poussins avec mon vase en terre cuite tellement je rage.
Puis, bien sûr, le petit mot de la CIA, « conspirationniste » vient boucler la question. Tu réfléchis ? C'est une maladie. Ça s'appelle conspirationniste.

« Personne ne méritait la mort » ? C'est quoi ce genre de miasme ? Elle a un cloaque à la place du cerveau, cette instit si sûre d'elle, non ? En tout cas, certainement, les employés et les artistes de Charlie ne méritaient pas d'être assassinés. C'est une évidence.

Par les les deux flingueurs qui ont perpétré l'attentat (mais nooooon, pas les pauvres frères mongoliens qu'on a criblé de projectiles), eux, méritent une mort atroce et humiliante. Mais nous, peuple de la Terre, méritons que ces animaux sur-armés fassent l'objet d'un procès. Tout l'État de droit repose là-dessus.

Nous méritons que les auteurs du complot (car il y en a eu un, seule son ampleur reste à déterminer) révèlent qui les a téléguidés. Nous méritons que ces téléguideurs révèlent qui les a payés. Nous méritons de remonter tout en haut. Et ceux-là, tout en haut, méritent un petit entretien avec les familles. Celles des Charlies, celles des pauvres flics qui ont fait partie de ce spectacle grandiose, celles, aussi des marionnettes simplettes qui ont joué leur rôle à la perfection dans l'affaire, en mourant silencieusement sans révéler quoi que se soit.

Comme avant eux les Oswald, Ruby, etc.


Vivre dans une dictature de la connerie et en imposer les balises à des jeunes qui s'interrogent et réfléchissent, c'est un crime contre l'époque, un crime contre l'Histoire, un crime contre la Terre, un crime contre l'humanité, ou ce qu'il en reste.


Excuse le ton cramoisi et la longueur. J'en peux plus.

almanachronique a dit…

Tout excusé Eric... tu as le droit à ta parole, comme cette instit' à la sienne,comme claude qui a envoyé cette info que je me contente de relayer...parce que je n'ai rien de plus à dire...
sauf que je déplore cette violence inutile, que le noeud du problème n'est pas là où on nous le montre, que tant de gros intérêts sont en jeu et que les ricochets ont peu d'importance...
Ce blog se veut être une place où tout peut se dire... et encore... Il m'arrive de censurer la connerie quand elle est trop lourde...

Patrick Lucas a dit…

c'est effectivement très troublant
puisse le futur nous éclairer... un peu

Marité a dit…

C'est étrange, mais depuis ces "événements"... chacun est tendu comme un string :-)
Chez toi on peut parler librement, alors je me permets de mettre en écho le ressenti d'un enseignant de primaire... http://blog.francetvinfo.fr/l-instit-humeurs/2015/01/10/charlie-dans-ma-classe.html plus soft peut être, mais émouvant.
GROS BECS

titoubu a dit…

Entièrement d'accord avec Éric McComber, la liste est longue des mensonges dont on nous abreuve depuis notre enfance.
Neil Armstrong n'a jamais marché sur la lune mais a été parachuté sur l'Everest.
Les attentats du world trade center le 11 septembre 2011 ont, en réalité, été commis par les propriétaires des tours associés à des agents de la CIA.
C'est Hitler qui a gagné la bataille de Vercingétorix.
Le Maréchal Pétain a perdu à Waterloo, et Napoléon est mort aux iles Maurice.
François Mauriac quand a lui a gagné la bataille de la Marne.
Chapeau bas M. McComber