dimanche 7 juin 2015

Ode

O Fontaine Bellerie,
Belle fontaine chérie
De nos Nymphes, quand ton eau
Les cache au creux de la source,
Fuyantes le Satyreau,
Qui les pourchasse à la course
Jusqu'au bord de ton ruisseau,

Tu es la Nymphe éternelle
De ma terre paternelle:
Pource en ce pré verdelet
Voire ton poète qui t'orne
D'un petit chevreau de lait,
A qui l'une et l'autre corne
Sortent du front nouvelet.

L'Eté je dors ou repose
Sur ton herbe, où je compose,
Caché sous tes saules verts, 
Je ne sais quoi, qui ta gloire
Enverra par l'univers,
Commandant à la Mémoire,
Que tu vives par mes vers.

L'ardeur de la Canicule
Ton vert rivage ne brûle,
Tellement qu'en toutes parts
Ton ombre est épaisse et drue
Aux pasteurs venant des parc, 
Aux boeufs las de la charrue,

Et au bestial épars.

Iô! tu seras sans cesse
Des fontaines la princesse, 
Moi célébrant le conduit
Du rocher percé, qu darde
Avec un enroué bruit
L'eau de ta source jasarde
Qui trépillante se suit.

RONSARD

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