lundi 14 septembre 2015

Un article publié par Le Monde du 14 septembre 2015



Antoinette et Claude   Résultat de recherche d'images pour "le monde"

Les idées simples de Nicolas Sarkozy

Il est indigne qu'un ancien chef d'Etat affirme que les migrants qui fuient des persécutions ne viennent en France que pour toucher les allocations familiales
Nicolas Sarkozy aurait-il oublié d'où il vient, dans quelles circonstances son père, Pal, a dû quitter la Hongrie, chassé par l'Armée rouge, et s'est établi en France – attiré, sans doute, par les prestations sociales, conquêtes récentes du Front populaire et de la Libération ? Il faut dire que, pour grappiller des voix à l'extrême droite en vue des prochaines échéances électorales, tout est possible, y compris les énormités.
D'abord, cette proposition d'instituer " un véritable statut provisoire " pour les réfugiés de guerre, comme il l'explique dans Le Figaro. Ce statut existe. Il s'appelle la " protection subsidiaire " et bénéficie, entre autres, aux victimes de " violence aveugle résultant d'une situation de conflit armé interne ou international " (article L. 712-1 du code de l'entrée et du séjour des étrangers et du droit d'asile, dit " Ceseda "). Cette définition correspondant parfaitement à la situation de la Syrie, la protection subsidiaire a été accordée à plus de 500  Syriens en  2014. Et ce statut est provisoire, comme le souhaite M. Sarkozy, puisqu'il donne droit à une carte de séjour valable un an et renouvelée seulement si la situation dans le pays d'origine n'a pas changé. En somme, exactement ce que M. Sarkozy préconise.
Mais il existe un second statut, destiné à faire face aux " afflux massifs de personnes déplacées qui ne peuvent rentrer dans leur pays d'origine " en leur accordant " une protection immédiate et temporaire, notamment si le système d'asile risque également de ne pouvoir traiter cet afflux ". Déclenché sur décision du Conseil européen, qui spécifie quelles catégories de personnes sont concernées, ce statut donne aussi droit à une carte de séjour d'un an, renouvelée tant que le retour dans le pays d'origine reste impossible et, au plus, pendant trois ans. Ici encore, M.  Sarkozy aurait trouvé une solution au problème qu'il soulevait. Alors, pourquoi laisser penser que le droit européen n'est pas adapté à la situation actuelle et vouloir créer un statut de plus alors que le système juridique est déjà assez, voire trop, compliqué ?
Ineptie
Ensuite, selon M. Sarkozy, " puisque la France garde des allocations sociales supérieures à celles de ses partenaires de Schengen, les réfugiés qui rentrent dans les autres pays de Schengen finiront inéluctablement chez nous ". Tableau apocalyptique, mais affabulation totale. La comparaison entre le nombre de " réfugiés " qui se dirigent vers l'Allemagne ou la Suède et ceux qui " choisissent " la France montre le contraire de ce qu'affirme M. Sarkozy.
L'exemple de Calais est aussi la démonstration de l'ineptie de ses propos : si les " migrants " tentent de traverser la Manche pour gagner le Royaume-Uni, c'est bien qu'ils sont indifférents au montant de nos allocations sociales et qu'ils ne considèrent pas la France comme un pays de Cocagne. Ils ne rêvent pas tous d'être indéfiniment des " assistés ". Ils cherchent à trouver un emploi et à vivre dignement. Quel mépris pour ces personnes, souvent titulaires de diplômes universitaires, que d'affirmer qu'elles ne seraient attirées que par la vie facile et la possibilité de subsister sans travailler.
La pêche aux électeurs n'autorise pas toutes les démagogies. Un ancien président de la République devrait avoir suffisamment le sens de l'Etat pour ne pas tomber dans les surenchères qui, si elles peuvent lui apporter un bénéfice immédiat, risquent de laisser des traces durables dans l'opinion publique et de saper les valeurs de la République.

François Julien-Laferrière  professeur émérite de droit public, université Paris-Sud

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