A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

Affichage des articles dont le libellé est Thimerais chroniques. Afficher tous les articles
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vendredi 7 mars 2014

Drame de la jalousie


Dans ces années-là, le curé de Blévy était monsieur Boyard. Il était lié d’amitié avec monsieur de Montreuil, un seigneur qui avait sa demeure  non loin de la Noue, sur l’actuelle route de Dreux. Le curé dînait souvent au château, mais hélas, monsieur de Montreuil était maladivement jaloux et il se mit à imaginer que le curé Boyard courtisait son épouse. La conduite de madame de Montreuil avait été et était toujours sans reproche, mais rien ne pouvait dissuader le mari jaloux de son infortune. Si bien qu’un jour il se mit en route tel un frénétique avec le projet d’assassiner le curé. On avait prévenu ce dernier qui eut le temps de sauter par la fenêtre, de prendre la fuite et d’aller se réfugier au Coudray, non loin de Saint-Ange. Il croyait pouvoir trouver asile auprès du chevalier du Coudray. Malheureusement pour lui, Coudray était ami avec Montreuil et de plus, il le craignait fort.
Je crains bien qu’il ne fasse pas bon ici pour vous, dit Coudray au malheureux curé. Montreuil est mon ami mais il est néanmoins redoutable et s’il ne vous a pas trouvé chez vous, il peut fort bien venir vous chercher ici. C’est un furieux ! s’il vous voit chez moi, c’en est fait de vous… et de moi si je tente de l’en empêcher ! »
Le prêtre était au désespoir ; il ne savait où aller se réfugier.
« Ecoutez, continua Coudray, Montreuil est ami avec Madame de Marville. Il la craint et la respecte. Allez la trouver, s’il va chez elle, elle saura bien comment le calmer. »
Monsieur le Curé Boyard, prit aussitôt la route de Marville les Bois. Il n’était pas sitôt parti que surgit Montreuil armé et hors de lui : « Où cachez-vous ce fichu curé ? J’ai plus que deux mots à lui dire et…
« Il n’est plus ici, il vient juste de partir chez Madame de Marville ! »
Sans prendre le temps de dire au-revoir, Montreuil sauta à cheval et galopa jusqu’à Marville. Le curé avait eu le temps de raconter toute l’histoire à son hôtesse qui voyant arriver le jaloux l’envoya se cacher à l’étage dans un appartement.
Rouge, échevelé, Montreuil salua  à peine Madame de Marville qui très calmement lui dit :
« Vous me paraissez bien échauffé, Montreuil ! Que vous arrive-t-il pour que vous ayez ainsi les yeux hors de la tête ? Qu’est-ce qui vous anime de la sorte ? »
Marville bégayant de colère, lui raconta sa version de l’aventure et réclama le curé.
« Parfaitement, dit la dame, il est ici et nous allons dîner tous les trois ensemble ! »
Sans plus se soucier de la fureur de son visiteur, Elle fit dresser une table et envoya chercher monsieur le curé de Blévy.  Quatre domestiques armés de fusils à baïonnettes occupaient selon ses ordres les quatre coins de la pièce.  Avant l’entrée de Boyard, elle dit à Montreuil : « Votre curé arrive. Je sais ce qui vous amène ici. N’avez-vous pas honte d’avoir d’aussi infâmes soupçons envers madame de Montreuil qui est une fort honnête femme et mon amie ? Elle est incapable tout autant que Monsieur le curé de manquer à l’honneur et à la probité ! »
Montreuil allait vertement lui répondre mais elle lui coupa la parole :
« Comment osez-vous vous comporter de la sorte au vu et au su de tout le voisinage qui sera scandalisé de la conduite que vous tenez aujourd’hui ? »
« Mais enfin… suffoqua Montreuil-
-Taisez-vous ! Il faut que vous ayez perdu raison et bons sens ! Songez-vous à l’indignité de votre conduite ? Vous allez vous rendre méprisable aux yeux de tous les honnêtes gens ! »
Montreuil, décontenancé fit un pas en avant.
« Oh ! n’ayez pas le malheur de bouger, reprit madame de Marville en lui montrant les valets armés, c’en serait fait de vous ! »
Montreuil, apparemment calmé se mit à table avec le curé et son hôtesse et tous trois devisèrent aimablement de choses et d’autres, comme si aucun drame ne s’était passé. Madame de Marville fit trinquer les deux adversaires, puis on sortit de table.
Enfin vint l’heure de rentrer chacun chez soi :
« Montreuil, dit la dame, vous allez vous en retourner avec monsieur le Curé. Surtout, n’ayez point le malheur de l’insulter en aucune façon. Et que je n’entende pas dire que vous l’ayez maltraité, vous m’en répondriez sur votre tête ! Vous me connaissez, vous savez que je n’ai qu’une parole ! »
Montreuil donna sa parole d’honneur et promit de tout oublier. Madame de Marville fit s’embrasser les deux ennemis qui, après avoir pris congé, s’en retournèrent à Blévy comme si de rien n’était.
Avant de le quitter, Montreuil invita le curé à souper. Ce dernier le remercia mais Montreuil insista et la partie fut remise au lendemain. 

Cette aventure n’eût d’autre suite que de sceller une amitié qui dura autant que la vie des belligérants.

mercredi 5 mars 2014

Une empoisonneuse

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Après le sanglant règlement de  comptes de 1669  et les condamnations qui ont suivi,  Blévy connut encore en 1670 un hiver des plus rudes, puis si l’on excepte quelques phénomènes  météorologiques, des crues de la Blaise fortes à emporter les ponts, une assez longue période de calme. Une dizaine d’années toutefois, pas plus.
 En 1681, les affaires  reprennent : l’épouse de Philippe Chesnay de Blévy accoucha  d’une fille le mardi 5 mai. La chose n’a rien d’exceptionnel me direz-vous. Certes, mais le mercredi 20 mai, soit deux semaines plus tard , les douleurs tenaillèrent de nouveau la jeune femme qui accoucha d’une garçon. On s’en étonna fort, on en parla beaucoup car personne n’avait alors vu chose semblable et je crains fort qu’on ne l’ait guère revu depuis.
Petit évènement bien sûr si on le compare à la geste des saint Bonnet ou au massacre de l’église, mais petit fait précurseur de bien d’autres.
L’année suivante, on soupçonna un crime. Monsieur de la Lucazière avait une sœur, Madame de Saint- Marclou, qui était venu chez lui en visite. Elle se portait fort bien mais suivait de très près les modes. La mode à Paris et à la cour en ce temps-là, était de se purger. Madame de Saint-Marclou voulait vivre à la campagne comme à Paris envoya son domestique à Brezolles chez Madame Boutroux l’apothicaire pour avoir du cristal et diverses autres drogues afin de composer sa médecine.
Médecine qu’elle fabriqua et qu’elle prit. Et voilà qu’en un rien de temps, la jeune femme en parfaite santé se trouva mourante. On envoya chercher médecins et chirurgiens qui analysèrent la potion et y découvrirent du sublimé qui est du chlorure de mercure, un poison particulièrement dangereux. On jeta la drogue et le domestique retourna bien vite chez Madame Boutroux chercher de quoi soulager sa maîtresse. Madame Boutroux consciencieuse lui remit les mêmes ingrédients. Madame de Saint-Marclou se trouvait de plus en plus mal. Aucun des divers soins et remèdes administrés  par les médecins accourus à son chevet ne sut lui procurer de soulagement. La malheureuse femme ne manqua pas de trépasser le lendemain.
La mode était aussi des empoisonneues.  Une mode qui venait de la Cour. Chance, on en soupçonnait une dans les environs : Madame Boutroux fut arrêtée, emprisonnée, accusée d’empoisonnement prémédité et il lui en coûta beaucoup d’argent pour démontrer son innocence et sa sottise.

jeudi 24 octobre 2013

Echauffourée sanglante en Thimerais: l’église de Blévy profanée !



La famille Saint-Bonnet décimée, on pouvait espérer voir revenir des jours plus tranquilles à Blévy et ses alentours. Pas pour bien longtemps : moins de dix ans plus tard, quelques hobereaux locaux allaient faire parler d’eux. C’est que monsieur de Baronval et monsieur de la Noue étaient en désaccord sur la position de leurs places respectives dans l’église de Blévy.
Guillaume de Colas, sieur de Baronval avait son banc dans la nef, proche de l’autel de la Vierge, c’est-à-dire devant celui de monsieur de la Noue. Ce qu’il estimait légitime puisque la famille de la Noue avait de tout temps été protestante. On était encore loin de la révocation de l’Edit de Nantes, cependant ses membres, humant le sens du vent, avaient estimé que le moment était venu de complaire au roi et de changer la façon de dire sa prière. Ils étaient donc catholique de fraîche date, ce qui aux yeux de Baronval justifiait sa préséance.
Mais Charles de Paris, sieur de  la Noue était écuyer du Roi, position qui selon lui obligeait Baronval à lui céder le pas. En conséquence, il fit placer son banc dans le chœur. Le curé, terrorisé, humilié, parfois battu, menacé de mort ou même pire, depuis beau temps ne se mêlait plus des affaires de ces bons seigneurs ; il les laissait démêler entre eux l’écheveau embrouillé de leurs prérogatives.  Il se contenta d’avertir Antoine Leclerc de Lesville, qui en qualité de marquis de Maillebois,  était seigneur de Blévy ; Antoine Leclerc fit déplacer près du portail le banc de monsieur de la Noue.
La Noue offensé, fit construire une balustrade entourant l’autel de la Vierge et fit placer son banc à l’intérieur. Ce qui de fait, fit reculer celui de Baronval derrière le sien. Voilà donc nos gentilshommes bien montés l’un contre l’autre et pas seulement pour cette histoire de bancs ; il s’agissait aussi de savoir lequel des deux devait avoir l’honneur d’offrir le pain et aussi l’eau bénits.  Pendant un certain temps, ils se contentèrent de s’éviter, d’échanger des mots bientôt remplacés par des injures ; puis la Noue décida d’en finir et de frapper un grand coup.
Un beau jour d’automne, c’était un dimanche 20 octobre de 1669, La Noue invita une dizaine de gentilshommes de ses amis ; il y avait là entre autres, monsieur des Routis, les deux messieurs de Saint-Arnoult, les sieurs de la Ferrette, Mr le baron de Favières, Mr de Bois-Rouvray, Mr de Régusson, Henri de Fayel, seigneur de Marigny (qui est proche de Prudemanche)  et Mr de la Lucazière qui, sans doute parce que son domaine était le plus proche arriva sur les lieux quand tout était terminé. La Noue leur donna à dîner, puis les emmena à la messe. Une étrange messe pour laquelle si l’on oublia bien de prier Dieu on n’omit pas de  s’armer de pistolets, d’épées et aussi de fusils. La compagnie était installée dans l’église quand arriva Baronval  bien loin d’imaginer ce qui l’attendait. Le fils de Mr de Caupray, un de ses amis qui était venu la veille le visiter l’accompagnait et aussi Florient Galliot, seigneur de La Houssaye. Tant de gentilshommes armés assemblés dans l’église ne laissèrent pas de surprendre Baronval. Surprise dont il n’eût pas le temps de se remettre : La Noue et ses amis le prirent à parti verbalement et vertement pour commencer. Méfiant, au lieu d’aller à son banc qui était proche de celui de la Noue,  Baronval alla d’abord près de la chaire et tenta de sortir. La Noue voyant que son ennemi allait lui échapper n’attendit pas qu’il fût à la porte pour le coucher en joue et tirer. Et bien qu’ils fussent à dix contre trois hommes surpris, les autres tirèrent à leur tour. Le vacarme était indescriptible ! Les pauvres fidèles qui étaient venus paisiblement écouter la messe ce matin-là, tentaient de fuir ou de se protéger comme ils pouvaient. Baronval avait des amis qui prirent son parti, d’autres assistants prirent celui de La Noue. L’église était devenue champ de bataille  d’où les fidèles non concernés s’échappaient en hurlant.
Monsieur de Baronval, touché à l’estomac, par le chevalier de Saint-Arnoult tomba raide mort près des fonts baptismaux. La Houssaye , s’empara de ses deux pistolets et fit feu sur les assaillants, aidé de Mathurin Allais, meunier du moulin des Pré, lui aussi armé. Que pouvaient faire les partisans de Baronval surpris sans armes pour la plupart ceux bien équipés du parti de la Noue ? Le pauvre La Houssaye abattu, fut encore criblé de balles après son trépas. La chronique ne dit pas comment le meunier s’en est tiré, mais on sait que les vaincus n’ont pas épargné leurs assaillants : La Noue fut touché à la poitrine et finit huit jours plus tard par mourir de sa blessure ; Henri de Fayel, lui aussi blessé près de la balustrade du chœur en tentant de faire sortir madame de La Noue enceinte, et que la frayeur allait faire accoucher prématurément, mourut le lendemain ; Bois-Rouvray ne mourut pas mais fut touché dans ses œuvres vives de telle sorte qu’il lui devint impossible de continuer d’assurer sa descendance.
On trasporta le corps de Baronval dans la salle d’audience de Maillebois où il fut autopsié pour découvrir qu’un coup d’épée dans le foie lui avait été funeste. Antoine Leclerc de Lesville le fit inhumer dans l’église devant l’autel du Rosaire.
Cependant les vainqueurs n’eurent guère loisir de savourer leur victoire : la justice avait son mot à dire. Assignés à comparaître sous trois jours au tribunal d’Orléans, les rescapés avaient pris la fuite. On envoya des archers à leur recherche dans toute la région. Un commissaire fut nommé, Mr Martin qui mena l’enquête à Blévy et prit la déposition de tous les habitants qui étaient venus écouter la messe ce dimanche-là. Il avait amené avec lui un des grands vicaires de Chartres. En effet, par ces meurtres, l’église avait été profanée et depuis, il fallait dire la messe à la chapelle Saint-Claude située un peu plus loin sur la route de Mainterne ce qui pour la plupart des fidèles faisait tout de même 500m de plus à parcourir ! La situation ne pouvait donc durer et l’église fut bénie à nouveau. L’enquête terminée, le commissaire Martin condamna les morts à être traînés sur une claie puis pendus par les pieds. L’exécution eut lieu en effigie ; on n’allait pas remuer la terre où reposaient les condamnés pour les en tirer , d’autant plus que le temps ayant fait son œuvre, on aurait pu en perdre des morceaux avant de parvenir au gibet.
Quant aux vivants, certains eurent à payer un forte amende ; les autres, seize nobles et deux de leurs valets dont on n’avait pas retrouvé trace, par jugement rendu le 16 janvier 1670, furent déclarés criminels de lèse-majesté divine et humaine, dûment atteints et convaincus d’assemblées illicites, de combats prémédités, de sacrilèges et profanations commis dans l’église de Blévy ; eux aussi pendus en effigie et déchus des privilèges de noblesse et déclarés ignobles et roturiers et leurs fiefs saisis. La veuve du Seigneur de Marigny, Marguerite de Gaillardbois dont la famille possédait Marcouville, parvint à faire lever le séquestre et à rétablir la presque intégralité de son domaine auquel il manquait une ferme de Laons qu’il avait fallu vendre pour payer l’amende.

On grava la sentence sur une plaque de cuivre qui fut scellée dans l’église, sur le mur de la nef entre la chapelle de la Vierge et le Parquet de la Charité. Ne l’y cherchez pas, la Révolution l’a emportée.

illustration: l'église de Blévy par Utrillo


mercredi 29 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (fin)

Or donc, Saint-Bonnet était prisonnier, enchaîné, on l’avait vu les menottes aux poignets et pourtant, redouté des uns et aimé des autres, on ne trouvait personne qui voulut témoigner contre lui. Alors le bruit se répandit qu’il refuserait la liberté tant qu’il ne serait pas pleinement justifié ; puis on sut d’autre part qu’on avait payé le déplacement des quelques rares personnes qui, ayant appris son incarcération avait osé déposer contre lui. Ces rumeurs et quelques avis placardés dans les paroisses délièrent les langues ; surtout les mauvaises !
Monsieur de La Palissonnière, avait envoyé à Chartres l’intendant criminel d’Orléans qui reçut les dépositions récoltées par les curés. L’intendant fit savoir par huissier à tous les témoins qu’ils allaient devoir se présenter à la Tour de Chartres pour être confrontés devant lui à l’accusé. Ce fut un beau désordre ; sur les deux cent témoins convoqués, certains persistaient à charger le prisonnier, mais d’autres l’innocentaient ; certains avaient vu, d’autres n’avaient qu’ouï dire. Mais hélas, l’affaire était entendue d’avance. Noël approchait ; alors que le détenu s’apprêtait à entendre la messe de minuit, les archers firent irruption dans son cachot, le saisirent, le ligotèrent sur un cheval pour le conduire à Orléans où il fut mis en cellule.
Bien que prisonnier, on continuait à le redouter ; il avait des amis et on craignait un complot pour le délivrer. Son procès fut bientôt terminé. Condamné à avoir la tête tranchée et exposée à Chartres sur la porte Guillaume, le jour de l’exécution fut fixé au 25 janvier 1666, jour de la Conversion de saint Paul, comme l’annonçaient ces quatre vers :
Le jour de la Conversion de saint Paul,
Saint-Bonnet présenta son col,
Etant monté sur l’échafaud,
Livra sa tête à trois bourreaux.
Car il en fallut trois, tant Saint-Bonnet était encore redouté, tant on craignait toujours un coup de force. A plus de cinquante lieues à la ronde, on parlait du procès et de la condamnation de cet homme qui comptait encore des amis.
Le jour de l’exécution, la garnison d’Orléans était sous les armes ; les portes de la ville étaient fermées et gardées. On fit monter  sur une charrette le condamné, accompagné de deux bons pères. En passant devant l’église Sainte-Catherine, il demanda un arrêt et alla s’agenouiller sur le parvis. Enfin, parvenu à la place où était dressé l’échafaud, il y monta hardiment en saluant l’assistance ; il y avait là, dit la chronique, plus de dix mille personnes. Il refusa d’avoir les yeux bandés et se mit à genoux devant le billot. 
On avait fait venir le bourreau de Paris, celui d’Orléans et celui de Chartres. Trois bourreaux pour un seul condamné… L’un lui lia les mains et les jambes, un autre lui coupa les cheveux et fit signe au troisième qui s’approcha le coutelas à la main pour faire son devoir. Saint-Bonnet, si intrépide qu’il fût,  eut néanmoins un réflexe de frayeur qui fit dévier le coup ; l’exécuteur lui coupa la moitié du menton. Saint-Bonnet sous la douleur tenta de se relever et rompit les cordes qui lui liaient les jambes. Il s’en fallut de peu qu’il ne tombât de l’échafaud ; un des bourreaux le rattrapa par une jambe et le remit en place ; l’autre l’empoigna par les cheveux tandis que le troisième achevait de lui trancher le cou. Cette boucherie terminée, le bourreau de Chartres prit la tête, la mit dans un sac pour la rapporter dans sa ville. Au bout d’une pique, la tête du malheureux Saint-Bonnet fut plantée à la tour Guillaume où elle resta pourrir deux ans, avant de tomber dans les fossés de la ville.

Ainsi périt Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné, le dernier de ses frères, les plus nobles, les plus estimés gentilshommes d’un pays où l’on se souvenait encore de leur grand-père, Grand Ecuyer de France, tué à la bataille de Dreux. On pouvait voir encore à cette époque son effigie dans la chapelle Saint-Crépin en l’église Saint-Pierre de Dreux.
Le corps de Monsieur de Saint-Bonnet fut inhumé en l’église Saint-Paul à Orléans en présence de toute la noblesse de la ville.
Longtemps après ces évènements on regrettait l’infortuné gentilhomme dont on continuait à louer  la vaillance et l’adresse. Sa renommée dépassait la province et on disait de lui qu’il était la meilleure épée de France. Et la légende nous est parvenue d’un homme dont aucun adversaire n’était venu à bout, bon cavalier, adroit aux armes, généreux et à qui  la grâce fut donnée de mourir en bon chrétien.


dimanche 26 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (8)



Voilà donc la raison pour laquelle le vice-bailly, ayant bien trop à faire pour s’aider lui-même, n’avait été d’aucun secours pour son ami Saint Bonnet, le seul des frères, si l’on excepte ceux qui étaient religieux, à rester en vie.
Il s’était depuis, établi à la Gouffrie sur la paroisse de Saint Martin de Lezeau. Fidèle à ses habitudes, il ne pût faire autrement que se mettre en délicatesse avec le curé qui le prit en aversion et alla s’en plaindre au maréchal de La Ferté qui résidait alors à La Loupe. Il en dit tant et tant de faux plus que de vrai, que le Maréchal convoqua Saint Bonnet en ces termes : « Nous, Maréchaux de France, commandons au sieur de Saint-Bonnet de nous venir trouver en notre château de La Loupe, demain matin. » et c’était signé Maréchal de La Ferté.
Saint Bonnet obtempéra et se fit vertement tancer :
-« Par corbleu, Saint-Bonnet, vous ferez toujours le méchant ; que je vous dise en quatre paroles ce qu’il en est : premièrement, vous n’allez pas à la messe ; secondement, vous avez manqué votre curé d’un coup de carabine comme il portait le sacrement à un malade ; troisièmement vous fâchez tout le monde ; en quatrième lieux vous faites les grains de tous les particuliers à vos chevaux … Prenez garde ! je vous mettrai quatre prévôts après les fesses, qui vous attraperons bientôt ! »
L’imprudent Saint-Bonnet répondit : « Monseigneur, s’il y a une de ces choses de véritable, je ne veux pas être pendu, mais je veux être rompu vif ! Il est vrai que je ne vais point à la messe de mon curé, mais j’y vais à Maillebois ; secondement, je ne porte point de carabine et qui plus est il n’y a pas de malade dans ma paroisse ; troisièmement, il n’y a personne qui se plaigne de moi dans le pays. Mais Monseigneur, faites s’il vous plaît informer sur toutes ces choses, et vous verrez qu’il n’a pas dit une seule parole véritable ! »
Le Maréchal à demi convaincu congédia Saint-Bonnet avec cet avertissement : « Adieu Saint-Bonnet, gouvernez-vous bien et prenez garde à vous ! »
Alors qu’il s’en retournait, Saint- Bonnet rencontra un de ses amis, l’abbé de Fonteny qui était l’aumônier du Maréchal. Il lui confia ses déboires ; l’abbé le rassura en lui disant que La Ferté avait bien d’autres soucis et plus graves et qu’il se faisait fort de l’apaiser. Saint Bonnet selon lui n’avait rien à redouter. Du temps passa et n’entendant plus parler de rien, Saint-Bonnet rentré à la Gouffrie  oublia toute l’affaire.
Mais le curé de Saint-Martin, lui, n’oubliait rien et voyant le Maréchal faire si peu de cas de ses griefs, il s’en fut jusqu’à Orléans trouver l’Intendant du moment, Monsieur de la Palissonnière. Il lui raconta à sa mode la vie des Saint-Bonnet en n’omettant aucune des calomnies aucun des mensonges qui se colportaient à leur sujet, les siens tous les premiers. L’intendant lui accorda foi et ordonna au nouveau Vice-Bailly de Chartres d’arrêter le trublion. Aussi le 17 juillet 1665, le Vice-Bailly entouré d’une forte escorte vint s’embusquer dans les bois de Saint-Vincent escomptant que Saint-Bonnet ne manquerait pas de passer par là et qu’il le prendrait sans coup férir. Il avait avec lui vingt-deux archers, mais aucun, le jour où Saint-Bonnet traversa le bois n’osa l’approcher tant sa réputation de hardi cavalier, d’agilité et d’adresse aux armes les terrifiait. Pendant plusieurs jour, Saint-Bonnet battit tranquillement la campagne tant ces braves craignaient pour leur peau. Le temps passait ; finalement, le Vice-Bailly et ses archers résolurent d’attendre la nuit et d’aller se cacher dans la grange du curé de Saint-Martin. C’était un vendredi ; ils y passèrent la journée et la nuit du lendemain. Le  dimanche au matin, Monsieur de Saint-Bonnet, pour se conformer aux recommandations du Maréchal, vint entendre la messe à Saint-Martin. Mal lui en prit ; un homme du Vice-Bailly placé là en espion le vit entrer et courut à la grange pour avertir la  troupe qui fit irruption dans l’église. Saint Bonnet n’avait pour armes que son épée et un fusil. Le jeune de La Hillière, son neveu l’accompagnait. Au milieu de l’office, et à deux contre plus de vingt, ils n’avaient aucune chance. Ils durent se rendre ; on prit les cordes des cloches de l’église pour les garrotter, puis on les traîna jusqu’ à la Gouffrie. Là, on jucha Saint Bonnet sur un de ses chevaux et dans cet équipage, il fut conduit et emprisonné à Chartres où on le laissa croupir. On fit de cet épisode une chanson avec ces quatre vers pour refrain :

Le dix- neuvième de juillet
Un dimanche de grand matin
Fut pris le sieur de Saint-Bonnet
Dans l’église de Saint Martin.

dimanche 19 mai 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (7)


C’était compter sans la comète ! Une comète d’une grosseur prodigieuse, dont la longue queue balaya le ciel de 1664 pendant quinze jours. Tout le monde était épouvanté et l’on ne pouvait que prévoir de funestes événements.
Pourtant la Fronde s'éloignait, Mazarin était mort depuis trois ans, Fouquet emprisonné. Louis XIV s’affirmant comme monarque absolu, commençait la transformation de Versailles et allait faire  du modeste rendez-vous de chasse de son père, un des plus beaux palais d’Europe. Colbert devenait ministre d’état et surintendant des Bâtiments Royaux, tandis que Louvois était nommé secrétaire d’Etat à la Guerre et Dieu sait qu’il allait avoir à faire. Une révolte contre la gabelle éclatait dans les Landes tandis que chez nous, on apprenait pourquoi monsieur de Majenville, vice-bailly de Chartres n’avait pu porter secours à son ami Saint-Bonnet. Homme d’esprit, fort intelligent, adroit aux armes , bon et intrépide cavalier, apprécié de la Cour, bref, ce parfait homme de qualité était accusé de vol et pire de fabriquer de la fausse monnaie.
Voici comment on découvrit l’affaire.
Monsieur de Majenville avait une servante qui allait à confesse. Le prêtre, dénommé Lair à qui elle confia savoir que son maître trafiquait les monnaies refusa de lui donner l’absolution. Furieuse, elle ne put s’empêcher de s’en plaindre de telle sorte que Majenville apprit que le prêtre était au courant de ses manigances.
Le Vice-Bailly, prenant prétexte que Lair tirait sur ses pigeons et détenait des armes sans autorisation, le fit emprisonner. Et comme un prisonnier peut encore parler, Majenville paya le geôlier pour qu’il assassine en douceur le malheureux prêtre. Mais le pauvre homme avait des amis ; on commença à beaucoup parler, du sort du curé et des raisons pour lesquelles il en était là. Majenville allait employer les grands moyens ; un nuit, alors que toute la ville dormait, il fit enfumer le cachot et Lair mourut asphyxié. Mais avant de trépasser, il eut le temps de dénoncer le vice-bailly et de clamer qu’il mourait pour avoir dit la vérité. Il fut entendu de prisonniers des cellules voisines et d’autres témoins. Le lendemain matin, on le trouva mort, à genoux et serrant son bréviaire. Il eut droit à d’honorables funérailles et quelqu’un sur sa tombe fit mémoire d’une prophétie de Nostradamus qui disait :
En l’an 1664,
Lair sera étouffé en prison de Chartres
Le geôlier assassin fut arrêté, mis aux fers et soumis à la torture il avoua toute l’affaire , après quoi, il fut condamné à être rompu.
Majenville donc, fut découvert et obligé de fuir au plus vite ; sa fausse monnaie circulait un peu partout et l’affaire portée devant le Roi, le monarque le fit poursuivre par le Prévôt fortement escorté. Des barrages furent établis avec ordre de vérifier les identités de tous les voyageurs ; on placarda des affiches avec outre le nom de Majenville, celui de son beau-frère, le Sieur de Sainte-Agnès et d’encore un autre beau-frère. Tous furent pendus en effigie. Peine perdue, on ne revit jamais aucun des trois compères. Ce qui se montra souvent en revanche, ce sont leurs faux louis de trente sols chacun qu’on appela des « Vice-Bailly ».
Si ce vice-bailly avait disparu, on entendit encore parler de lui et pour apprendre d’autres de ses exploits.
Son successeur, un nommé La Louvery arrêta un de ses anciens valets nommé Courville . Torturé et condamné à être rompu vif en place publique à Chartres confessa cette histoire.
Majenville et ses complices avaient attaqué un chariot convoyant de l’argent royal dans a région de Lyon. Le coup fait, le vice-bailly galopa à bride abattue et réussit à arriver à Paris avant le messager de la mauvaise nouvelle. Il était donc à la cour pour entendre le récit de l’échauffourée et c’est à lui, le chef des voleurs, que fut donné l’ordre d’enquêter et de poursuivre les brigands.


mercredi 15 mai 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (6)


Montreuil sûr de lui, les mains aux hanches s’avança dans la cour prétendant parvenir à amener La Noë et les siens à se rendre : mal lui en prit. La Noë retranché dans le grenier, visant par un trou du toit, d’un seul coup de pistolet resté fameux, cassa la tête de Montreuil, le bras d’un sieur Defern et creva l’œil d’un troisième.
Chateaudacier, quand on vint lui apprendre la mort de Monsieur de Monteuil entra dans une rage folle que l’épouse de Pronsac ne contribua guère à calmer. « J’en suis bien aise ! » dit-elle en entendant le messager. Chateaudacier lança une bordée de jurons et lui répliqua :  « Mon neveu et mort et ton mari va y passer ! » Là-dessus, il s’empare d’un pistolet et le décharge dans la tête du malheureux Pronsac toujours lié et garrotté dans une chambre voisine.
Pronsac liquidé, le tour de La Noë était venu. Retranché sous les toits dont plus une tuile n’était entière, il était devenu une cible facile. Il ne trouva pour bouclier qu’une sorte de grand plat d’étain ; un seul coup en vint à bout.
Comme il ne tirait plus ni ne se montrait, les assaillant s’enhardirent, cassèrent les portes et mirent la maison à feu et à sang. Seuls réchappèrent un nommé Vaugrain et un nommé Lejouffac, qui parvinrent à s’enfuir.
Un certain Dumoulin se laissa tuer comme un crapaud, sans se défendre ; les frères Duprez, Lafleur, cuisinier de monsieur de Manou et un nommé Lalandre, restèrent sur le terrain. On entassa les corps avec ceux de la Noë et Pronsac dans une charrette. Ils furent conduits à Dreux puis à Paris où on les enterra au cimetière des Innocents.
Après qu’ils eurent fini de ramasser les morts, force fut aux conjurés de constater que l’affaire pour eux n’était pas terminée : Saint Bonnet l’aîné courait toujours et allait certainement chercher à venger ses frères.
Le maréchal de Senneterre désireux de remettre un peu d’ordre dans la pays et ayant appris que Saint Bonnet était parti aux trousses de Chateaudacier, réfugié à Marville, se rendit sur place pour tenter une médiation. Il présenta d’abord ses condoléances à Saint Bonnet et lui demanda de tourner la page ; continuer la lutte ne lui rendrait pas ses frères. Saint Bonnet lui représenta la douleur où il était d’avoir les avoir perdu si brutalement, l’un au gué des Graviers et l’autre froidement exécuté par Chateaudacier. Senneterre alors, prit l’engagement d’obliger ses adversaires à le laisser en paix, si lui-même faisait un geste de conciliation. Seul désormais, il ne pouvait qu’accepter ; on fit alors sortir Chateaudacier de la chambre où il s’était calfeutré. Les deux adversaires se donnèrent l’accolade et on put espérer que l’affaire terminée, le pays allait retrouver un peu de calme.



lundi 13 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (5)


Vous trouverez les premiers épisodes, colonne de droite, rubrique "Quelle Histoire", libellé Saint-Bonnet.

Donc à Blévy, le manoir des Saint-Bonnet était en état de siège. Monsieur le maréchal de Senneterre fit amener deux pièces de canon ce qui épouvanta les assiégés. Mr de Pronsac voyant cela perdit courage ; seul le chevalier de la Noë semblait continuer à vouloir à se défendre comme un diable. Cependant, profitant de l’abattement de Pronsac déconcerté, il prit conseil des autres assiégés. Ils s’entendirent pour soint livrer Pronsac, soit le jeter par la fenêtre. Mme de Pronsac qui les avait entendus dit à son mari prostré , la tête entre les mains :
-« Mon mari, le chevalier de la Noë conspire votre mort ; rendez vous et faites confiance en la justice du Roi »
Pronsac se rendit à son avis et sortit avec elle, sa sœur, sa belle-sœur et ses enfants dont un qu’il portait dans ses bras. A peine dehors, il fut lié et garrotté comme un criminel et emprisonné dans la maison d’une demoiselle Fons. Quatre hommes furent postés pour le garder et les autres continuèrent le siège.
Tout ceci n’était que fourberie. Bien avant que Pronsac n’envisage de se rendre, les assiégeants voyant qu’ils allaient manquer de poudre et de boulets avaient offert à La Noë la vie sauve pour lui et ses pairs s’il livrait Pronsac.
Aussi, une fois Pronsac hors de combat, La Noë leur dit :
-«  Hé bien ! Messieurs, vous avez Pronsac ; tenez votre parole ! »
Ils refusèrent au motif que l’un d’entre eux, Boisclair n’était pas d’accord. Il avait ses raisons : La Noë lui avait enlevé sa femme ! Aussi dès le début de l’échauffourée, il avait offert au président de Dreux, à Chateaudacier et aux autres conjurés 3000 livres pour que La Noë soit tué au cours de l’affaire
Ulcéré La Noë se barricada dans le manoir et aidé des valets qui restaient se mit à tirer sur les assiégeants. Comme ces derniers étaient  à cours de munitions, ils mirent le feu à la grange, aux bergeries, aux écuries, dans tous les corps de bâtiment à l’exception de ceux où ils étaient retranchés à l’abri des coups d’arquebuse.
La Noë bien muni de poudre, de plomb et de vivres pouvait tenir un bon moment.
Il fallait pour en venir à bout donner l’assaut et parvenir au logis principal. A coup de pics, de houes et de tous les instruments qui leur tombaient sous la main, les assaillants ouvrirent un brèche dans la muraille.

jeudi 9 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (4)


Pendant l’échauffourée, Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné se trouvait à Maillebois. Un gentilhomme de ses amis vint l’avertir qu’un de ses frères était tombé au gué des Graviers et que l’autre était en fuite. Il sauta à cheval et, suivi de son valet Lachapelle, partit au galop en direction de

Blévy. Avant d’arriver à son manoir, il se retourna et vit six cavaliers lancés à sa poursuite ; il obliqua et prit la fuite en direction de Chateauneuf, sans parvenir à semer ses poursuivants. Arrivé près d’Hauterive, il ordonna à son valet de faire volte-face.
Les assaillants, se virent face à deux hommes résolus et armés de mousquets. Ils connaissaient l’adresse et la bravoure proverbiales de Saint-Bonnet, aussi jugèrent-ils plus prudent de faire demi-tour et de les laisser gagner la forêt.
Cependant les conjurés constataient que leur projet d’assassiner les trois frères ne se déroulait pas comme prévu. Deux restaient qui allaient certainement chercher à venger la Hillière, celui qui était tombé au gué des Graviers. Ils les savaient trop forts et trop adroits pour espérer les vaincre s’ils n’étaient pas en nombre, aussi résolurent-ils de ne les affronter que  groupés.
Pourtant, une dizaine de jours plus tard, l’un d’entre eux, un  fils de Monsieur de La Chaussée, eut affaire au Rouvray. Les Saint- Bonnet qui le guettaient, le poursuivirent et lui donnèrent bien de l’épouvante. Il avait un bon cheval, aussi parvint-il à s’enfuir et à sauver sa vie. Mais l’aventure servit de leçon aux autres qui plus que jamais se jurèrent de ne pas se séparer.
Monsieur de Saint-Bonnet, son frère Pronsac et le chevalier de la Noë, pour leur part se préparaient à tenir bon, retranchés dans leur maison de Blévy.
 Montreuil, qui était cornette dans un régiment de cavalerie, partit un vendredi chercher du renfort dans la garnison proche, pour venir soutenir les assiégeants. Voyant arriver la troupe,  les gentilshommes des alentours surgirent en nombre et de tous côtés. Ils étaient bien trois cent pour assiéger huit hommes, maîtres et valets confondus, retranchés dans la maison Saint-Bonnet.
Saint-Bonnet l’aîné, qui avait plus d’esprit et de conduite que les autres, avait pu sortir  discrètement et gagner Manou, près de Belhomert où il avait pour ami Monsieur de Majenville, vice-bailly de Chartres. Il espérait avec son aide, faire lever le siège de sa maison et délivrer son frère et le chevalier de la Noë.
Saint-Bonnet et Majenville réunirent près de deux cents hommes. Ils se mettaient en route pour Blévy, quand un ordre intervint interdisant au vice-bailly de se mêler de cette affaire qui empêchait la levée des deniers du Roi. La troupe dut se disperser. Il faut dire que Saint-Bonnet, avait mal choisi son allié ; Majenville entamait un période de disgrâce qui le conduirait moins d’un an plus tard à de graves accusations, dont celle de faire de la fausse monnaie… mais ceci est une autre histoire.

mardi 7 mai 2013

Ces Messieurs De Saint -Bonnet (3)



Les Saint-Bonnet, fêtards et bons garçons, mais hâbleurs, outrecuidants, tapageurs en un mot, ne comptaient pas que des amis dans leur paroisse et celles des environs.
Or, il arriva, -c’était en 1662 dit la chronique-,  Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné étant absent, que ses deux frères plus jeunes,  messieurs de Pronsac et de la Hillière, étaient réunis chez leur ami, le chevalier de la Noë. On les avertit qu’un parti d’environ quarante gentilshommes étaient rassemblés à Fontaine les Ribouts, chez le sieur Chateaudacier, dans la ferme intention d’en découdre avec ces messieurs et de les envoyer rejoindre ceux, parfois de leur parentèle, qui, à leur contact, avaient été frappés de « mort subite ».
Un des fils du chevalier de la Noë, Monsieur de Montreuil, s’était rangé aux côtés des conjurés ; il se mit en embuscade à Blévy, près de la maison des Saint Bonnet. Les autres prirent le chemin du manoir de la Noë, qui était situé un peu avant le village, sur la route de Dreux
Monsieur de Pronsac comprit aussitôt que son adresse et sa vaillance ne pourraient rien contre le nombre.  Son cheval et celui de son frère étaient des meilleurs de leur écurie qui était une des meilleures de la région.
-« A cheval, mon frère, dit-il à la Hillière, c’est notre seule chance ! »
Leur adresse et leur fougue les aidèrent à forcer le passage tenu par Mr de Montreuil  à l’entrée de Blévy.
 Cependant le reste des assaillants tenaient toutes les rues du village. Il ne leur restait qu’une issue non gardée car pratiquement infranchissable : le gué du Moulin des Graviers sur la Blaise et la côte presque à pic qui se trouvait derrière. Pronsac passa le gué sans encombre, mais le cheval de La Hillière, affolé sans doute par les coups de mousquet regimba et se démena tant que son cavalier tomba à l’eau.
Les poursuivants, rejoints par ceux qui venaient de Fontaine ne lui laissèrent aucune chance. L’infortuné, criblé de balles perdit la vie au milieu du gué.
Pendant ce temps, Pronsac avait réussi l’exploit de faire gravir la côte à son cheval, espérant de là gagner la plaine. Mais arrivé en haut, des hommes l’attendaient ; il demanda quartier ; il lui fut refusé. Alors, d’un habile coup d’éperon, il fit cabrer et pirouetter son cheval. Les sabots menaçants lui ouvrirent un passage. Sous l’affolante pétarade des mousquets, cheval et cavalier prirent  la plaine au grand galop en direction de Jaudrais et disparurent à l’horizon.




samedi 4 mai 2013

Blévy


Quelques vues de Blévy où ont sévi "Ces Messieurs de Saint Bonnet". Le portail rouge est celui de ce qui fut leur manoir; près du lavoir, c'est le gué où le premier d'entre eux a perdu la vie. La maison à colombages date du XVI° siècle, comme l'église qu'a peint Utrillo... d'après carte postale, il n'est jamais venu ici. Le petit oratoire se nomme une "mariette". Il faudra qu'un jour je vous parle de ces "mariettes"...