A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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mercredi 27 mars 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (2)



 Au temps où les turbulences des Messieurs de Saint-Bonnet troublaient les quiètes habitudes des bonnes gens de Blévy et meublaient le vide de leurs conversations, il advint que le riche fermier de la Vieille-Boulaye maria sa servante avec son charretier.
Ce fermier faisait les frais de la noce et, tenant lieu de père, avait mené la mariée à l’autel. La messe dite, le cortège s’en retournait au son des violons jusqu’à la ferme située à une demie lieue du bourg, quand il croisa la route de ces Messieurs.
Un gentilhomme de leur suite, un nommé Montescarpe, avisant la mariée et la trouvant gentille, voulut comme il s’en croyait le droit s’assurer le premier de l’intégrité de la belle. Sautant de cheval, il s’empara de la servante qui criait et se débattait. Blême et tremblant de rage, le nouvel époux restait paralysé par la crainte que lui inspiraient les redoutables gentilshommes, quand l’aîné de ces Messieurs, voyant là une belle occasion de tapage, tira son épée et la tendit au charretier, lui disant :
-« Tiens mon gars ! Défend ta mariée ! »
Le garçon s’en saisit et, du même mouvement, la passa au travers du corps du ravisseur bien loin d’avoir imaginé un tel manquement au respect dû à son rang.
Les violons et les voix s’étaient tus ; on n’entendait plus que quelques corbeaux se disputant une carcasse. Les deux époux, serrés l’un contre l’autre attendaient que le ciel leur tombe sur la tête.
Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné ramassa l’épée sanglante abandonnée sur le sol, l’essuya dans l’herbe et la remettant au fourreau dit au fermier :
-« Que cet incident ne trouble pas la fête ! Allez, les violons, musique ! Mangez, dansez, chahtez, braves gens ! Et toi, garçon, honore comme il se doit ton épouse. Pour ton rival, j’en fais mon affaire ! »
Au son des violons, d’abord timide puis de plus en plus animé, le cortège s’ébranla dans la plaine en direction de la Vieille-Boulaye dorée par le soleil de midi.

Le curé qui dans la sacristie, rangeait burettes et surplis entendit résonner sur les dalles de son église un grand arroi de talons de bottes et d’éperons. Bon gré, mal gré et craignant la contagion, il dut accepter de bénir et d’ensevelir en terre chrétienne la nouvelle victime de la fâcheuse épidémie qui empoisonnait l’air dans le sillage des Saint-Bonnet, causant dans leur entourage tant de « morts subites ».

mercredi 6 février 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (1)






Il y avait à Blévy – alors bourg important arrosé par la Blaise – cinq frères de la famille Bonnet de Pronsac.
Comme on disait d’eux familièrement « les cinq Bonnet », ils finirent par être plus connus sous le nom des Messieurs de Saint-Bonnet. Ces gentilshommes dont deux étaient religieux et les trois autres redoutables bretteurs, contribuèrent beaucoup dans les années 1650 – 1660 à animer le pays et alimenter les conversations.
Leur réputation de fines lames faisait venir à eux de plus de vingt lieues à la ronde,des adversaires attirés par le discutable honneur de pouvoir un jour triompher de l’un d’entre eux.
Les duels étaient alors interdits et les contrevenants risquaient la peine de mort, aussi pour ces divertissements, les Saint-Bonnet choisissaient-ils un endroit discret nommé la Bonde, près de la fontaine de Riolet, au-dessus de Baronval, un hameau peu éloigné de Blévy. Ils emmenaient avec eux un maçon du bourg nommé Foucault, qui était aussi violoneux. C’est donc en musique que ces messieurs s’escrimaient, car avant tout ces affrontements étaient un jeu puisqu’il s’agissait de duels « au premier sang ». Le premier blessé s’avouait vaincu et demandait grâce. Après avoir pansé l’égratignure, on s’en retournait au manoir « à tourelles » pour boire et finir joyeusement la fête. Les trois frères étaient toujours vainqueurs et comme ils étaient des hôtes généreux, personne ne songeait à contester leur suprématie.
Il arriva qu’un gentilhomme dont on n’a pas retenu le nom, d’humeur moins accommodante, refusa la règle ordinaire et exigea de poursuivre le combat « à outrance », espérant pour sa gloriole mettre au bout de son épée l’un ou l’autre des Saint-Bonnet.
Mal lui en pris : celui des frères  qu’il avait en face de lui, l’embrocha bel et bien. Il fut chargé comme un sac en travers d’un cheval afin de le ramener au manoir pour le soigner. L’aîné des frères, qui le soutenait, le voyant sur le point de trépasser, tentait de le retenir en vie en lui cornant aux oreilles :
-« Ah ! dis-donc ! Jésus,Maria ! Bougre… ne va pas mourir comme un chien !
Sans tenir compte de cet avis, l’imprudent duelliste rendit le dernier soupir avant qu’on ait pu faire venir le curé.
Ce dernier, comme tout le village terrorisé par les redoutables seigneurs, n’osa pas demander comment une mort subite avait fait une plaie aussi profonde. Il donna sa bénédiction au malheureux, qui fut enseveli en terre chrétienne, assurant aux trois frères une impunité qui leur permit de continuer leurs exploits.