A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

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jeudi 28 mars 2013

Le printemps de Claude et d'Alma


Le chômage va baisser d'ici fin 2013,

affirme notre président
après vingt-deux mois de hausse.
Pour la Journée internationale du théâtre,
l'Elysée hésite
entre Corneille et Marivaux :
Le Menteur et Le Dénouement imprévu

REPONSE d'Alma:

Ce n'est malheureusement pas une comédie, cher Claude.
Le vrai courage pour un chef d'état serait de dire haut et fort: "Mes chers concitoyens, je me suis de bonne foi engagé à des promesses que je suis dans l'impossibilité de tenir. 
Votre destin est désormais entre les mains des groupes financiers, industriels et agro-alimentaires, qui feront de vous et de la planète ce qu'ils voudront. Et ni moi, ni les dirigeants des autres nations n'y pourront rien.
A moins.... a moins qu'un reste de conscience et d'humanité ne les engage à abandonner une partie de leurs profits monstrueux pour les rendre aux hommes sous forme de travail et de dignité. A moins  qu'ils ne renoncent à  certains de leurs privilèges.
Mais souvenez-vous, mes chers concitoyens que dans la nuit du 4 août 1789, quand les aristocrates ont généreusement renoncé à leurs privilèges , la Révolution était en marche et rien n'a pu l'arrêter.

Et Claude précise 
960 000
C'est le nombre de personnes
aidées par les Restos du cœur
au cours de l'hiver 2012-2013,
soit 100 000 personnes de plus
que l'année dernière :
+ 11 %
Créés par Coluche,
ils ont annoncé
avoir servi
130 millions de repas

Commentaire d'Alma:

Et ça fait du monde!! du monde affamé , du monde sans espoir!
Après la dernière guerre, la misére a engendré la fondation du Secours Populaire en 1945; puis du Secours Catholique en 1946 et Henri Grouard, l'Abbé Pierre, y a ajouté Emmaüs en 1949.
En 1954, un hiver rigoureux l'a poussé à lancer le fameux appel du 1° février et les Compagnons d'Emmaüs ont continué leur travail. Le souhait de l'Abbé Pierre était que sa fondation ne perdure pas.
Elle existait encore en 1985, quand Coluche a crée les "Restos du Coeur"...
Et désormais, toutes ces associations vont leur chemin tandis que chômage et  précarité progressent.
960000 personnes assistées par les seuls Restos du Coeur... oui, oui, ça fait du monde!! et je n'ai pas les chiffres des autres associations....

Messieurs qu'on nomme Grands, pensez-y, il se pourrait bien qu'ils ne se contententent pas de vous faire une lettre


mardi 4 octobre 2011

vendredi 19 août 2011

Go West....Old Man


Mort à Baltimore
 Baltimore ou comment vieillir pauvre aux Etats-Unis
Ville industrielle déchue, Baltimore vieillit. Et son centre, habité en majorité par les «minorités», vieillit pauvrement. Dans certains quartiers, l'espérance de vie n'atteint même pas 65 ans. A l'heure où la crise de la dette menace les programmes sociaux, la ville se démène pour assurer le minimum aux plus démunis.
Dans le centre pour seniors de Baker street. Dans le centre pour seniors de Baker street.© 

Offert par Claude et Médiapart

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vendredi 27 mai 2011

La loi à l'Ouest...

On peut espérer que ces règlements loufoques datant de l'avant-dernier siècle ne sont plus en vigueur; ils peuvent toutefois aider à comprendre pourquoi certains comportements "bien français, bien d'chez nous" sont mal perçus à l'ouest de la Bretagne.
Par exemple au Connecticut, le dimanche, il était défendu de rire, de faire des plaisanteries, de lire des romans, d'écouter et pire encore, de jouer de la musique profane; on ne devait pas non plus se promener en compagnie d'une personne d'un sexe qui n'était pas le sien.
Un citoyen de la ville de Bridgepont qui avait emmené sa jeune femme à la campagne, a voulu dans le train l'embrasser SUR LA JOUE! Deux vieilles filles acariâtres et qui sans doute ne risquaient pas pareille privauté l'ont dénoncé, l'accusant de "conduite désordonnée, troublant le Jour du Seigneur". Le pauvre homme dut payer une amende équivalant à peu près à 150 euros!

samedi 20 novembre 2010

Classons, classons





Le Monde du 18 novembre
Billet Robert Solé
VINGT PERSONNALITÉS, parmi lesquelles Michel Rocard, Boris Cyrulnik et Daniel Pennac, réclament la suppression des notes à l’école élémentaire.
Elles dénoncent «l’obsession du classement» qui enfermerait des élèves dans «une spirale d’échec».
Ces personnalités vivent en dehors du temps.
Ne faudrait-il pas instaurer plutôt la notation dès la crèche, et même bien avant, dans le ventre maternel, pour préparer les jeunes à ce qui les attend ?
Sachez, messieurs les signataires, que nous vivons dans un monde grisant de
compétition.
Un monde du classement permanent, qui nous permet de savoir à tout moment ce qu’il faut lire, voir, écouter, admirer, détester :
Les dix meilleurs films, les dix plus beaux tableaux, les dix blagues les plus drôles, les dix crimes les plus affreux…
Promenez vous sur la Toile. Tout y est évalué, classé, même les articles des journalistes.
On sait à chaque instant quels sont les plus vus, les plus lus, les plus commentés, les plus appréciés… donc ce qu’il faut lire.
Le best of nous guide, met de l’ordre dans nos idées ou, mieux encore, nous dispense d’en avoir.
Et vous voudriez, messieurs les rêveurs, instaurer le désordre dès l’école élémentaire ! !




lundi 15 novembre 2010

LE BILLET du 10 novembre


Claude, arrêtes un peu de tout critiquer, tu m'agaces, (c'est lui qui le dit! P.)on vit quand même une époque extraordinaire ! Lis le billet dans LA CROIX de l'excellent Alain Rémond !

Les solutions du «process»

 
Alain Rémond
La filiale française d’un « groupe international » recrute, par voie d’annonce, un « directeur général » qui soit un « véritable ambassadeur en interne et en externe » , mais aussi un « chef d’orchestre capable de fédérer une équipe » , doté à la fois de « dynamisme » , de « diplomatie » , d’ « orientation business et résultats » , de « goût du challenge » et d’ « excellentes capacités de communication » .
Parfait.
Et, euh, il fabrique quoi, ce « groupe international » ?
Voici la réponse : « Reconnus pour la qualité de nos produits et de nos innovations techniques, nous sommes spécialisés dans la fabrication et la distribution de solutions pour toutes les étapes de la fabrication de produits. Nos solutions contribuent à améliorer la qualité des produits de nos clients mais également à l’efficacité de leur “process” et à la maîtrise de leurs coûts. »
Tout cela est bel et bon, mais c’est quoi, les « produits » en question ? Des chaussettes ? Des raviolis ? Des missiles de croisière ? Des casseroles ? Des tondeuses à gazon ? Des centrales nucléaires ?
Ça donne presque envie de postuler.
Juste pour savoir.

samedi 6 novembre 2010

Laissez-vous conter....





30 septembre 2010

On parle beaucoup de conflits d’intérêts dans la vie politique ces derniers temps. Des amitiés de Nicolas Sarkozy avec le milieu de la finance et des médias, de l’affaire Woerth-Bettencourt aux récentes révélations du livre de Martin Hirsch, mais les journalistes oublient aussi d’autres évidences. Alors que le déficit prévisionnel de la Sécurité Sociale a été annoncé cette semaine et qu’une diminution des remboursements est d’ores et déjà au programme, il est temps de se pencher sur le secteur de la santé, de comprendre son fonctionnement, et surtout d’en connaître les acteurs.


Le Pôle Emploi, né de la fusion de l’ANPE et de l’ASSEDIC sur une idée de Nicolas Sarkozy, compte 50.000 employés. La Sécurité Sociale, comprenant l’Assurance Maladie, l’Assurance Vieillesse et les URSSAF compte 120.000 employés. Ces deux organismes ont été concernés par une réforme récente concernant les complémentaires santé. Ainsi, depuis le 1er janvier 2009, 170.000 employés ont été contraints de résilier leurs contrats avec leurs mutuelles pour adhérer à une “mutuelle employeur obligatoire”. Ceux qui ont des enfants ont également été obligés d’inscrire ces derniers sur le nouveau contrat (sauf s’ils étaient déjà ayant-droits sur le compte du conjoint via une mutuelle employeur obligatoire). On peut appeler ça du passage en force. C’est une conséquence de la loi Fillon de 2003.
Ce qui est encore plus étonnant, c’est de constater que c’est le même organisme qui a remporté les deux marchés. Je ne connais pas les modalités des appels d’offre mais je m’étonne de voir que c’est le groupe Malakoff-Médéric qui a raflé la mise, obtenant d’un coup, d’un seul, 170.000 adhérents supplémentaires, sans compter les ayant-droits. Ajoutez à cela les 800.000 salariés CHR (café-hôtellerie-restauration) qui rentreront dans le dispositif en janvier 2011… c’est encore Malakoff Médéric qui a emporté le marché. Revenons donc sur l’histoire de cette compagnie d’assurance et de prévoyance pour comprendre un peu mieux les enjeux.
Pour vous donner une idée du poids de Malakoff-Médéric sur le marché français, c’est le n°1 des groupes paritaires de protection sociale, n°2 de la retraite complémentaire et n°3 en santé collective (classement Argus de l’Assurance). Le groupe est né de la fusion de Malakoff et Médéric (d’où son nom) le 30 juin 2008, soit 6 mois avant la mise en place du dispositif “mutuelle obligatoire employeur” pour la Sécurité Sociale et le Pôle Emploi. Ainsi, dès le 1er Juillet, le président de Médéric cède sa place pour laisser seul au commande du groupe, le président de Malakoff : un certain Guillaume Sarkozy. Ce dernier est loin d’être un inconnu : au Medef de 2000 à 2006, il a aussi été le vice-président de la CNAM de 2004 à 2005. Guillaume Sarkozy, comme son nom l’indique, est le frère de Nicolas.
Puisque j’évoque la fratrie Sarkozy, intéressons-nous maintenant au troisième larron : François Sarkozy. Pédiatre de formation, François a abandonné la pratique de la médecine pour se consacrer à l’industrie pharmaceutique (principalement orientée vers la gériatrie) depuis 2001. Ainsi, il siège au conseil de surveillance de Bio Alliance Pharma et est devenu le président d’AEC Partners dont une des missions est le conseil aux fonds d’investissement.
Par ailleurs, François Sarkozy a également lancé une chaîne de télévision spécialisée dans la santé sur internet… financée par le laboratoire Sanofi. Ajoutons à cela ses relations avec le groupe Paris Biotech Santé, l’un des protagoniste de l’affaire de l’Arche de Zoë, et on l’aura compris, l’homme a tissé sa toile : il fait partie aujourd’hui des puissants lobbyistes de l’industrie pharmaceutique. D’ailleurs le grand plan Alzheimer lancé par le gouvernement est un joli cadeau de quelques centaines de millions d’euros, une aubaine pour le secteur dont il défend les intérêts.
3 frères : l’un en charge de l’exécutif, notre Président, l’un à la tête d’un des plus gros groupe d’assurance santé et le dernier qui sert les intérêts des laboratoires. Si ça ne s’appelle pas un conflit d’intérêt, je me demande ce que c’est… Pourtant les médias en parlent peu et préfèrent s’étendre sur les amis milliardaires de Nicolas Sarkozy. On peut légitimement nourrir des inquiétudes sur l’avenir de notre système de santé. Les réformes engagées depuis 2004 ne font que confirmer sa détérioration et l’on peut prédire son démantèlement d’ici quelques années. Tout dépendra sans doute de 2012.
Pour en savoir plus sur Malakoff Médéric, voir l'article du 15 octobre avec une vidéo :

mercredi 20 octobre 2010

Le Théâtre du Soleil ....

Le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine est une nouvelle fois descendu dans la rue mardi à Paris avec sa marionnette géante drapée de blanc, puisant dans les oeuvres d'Eschyle, Romain Rolland ou Shakespeare pour défendre les retraites, a constaté un journaliste de l'AFP.......puise dans Shakespeare et Hugo pour défendre les retraites







Le Théâtre du Soleil d'Ariane Mnouchkine est une nouvelle fois descendu dans la rue  ce mardi 19 octobre à Paris avec sa marionnette géante drapée de blanc, puisant dans les oeuvres d'Eschyle, Romain Rolland ou Shakespeare pour défendre les retraites, a constaté un journaliste de l'AFP.
Comme lors des précédentes grandes manifestations, l'immense silhouette blanche symbolisant la justice a parcouru les rues de la capitale.
Ordre, désordre, justice : le Théâtre du Soleil s'inspire des grands auteurs pour proclamer sur des banderoles son opposition à la réforme "avec tous les autres citoyens indignés par l'injustice" du projet gouvernemental

Quand l’Ordre est injustice 
le Désordre est déjà un Commencement de Justice.
Romain Rolland (Le 14 juillet) 


A présent des révoltes incessantes lui reprochent ses parjures.
Ceux qu’il commande n’agissent que sur commande. Rien par amour.
Et maintenant il sent son titre qui pend, flasque, sur lui
Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain.
Shakespeare (Macbeth)


Triste spectacle public
On ne songe plus qu’à soi
Les dignités, les places, l’argent
On prend tout, on veut tout, on pille tout
On ne vit plus que par l’ambition et la cupidité.
Victor Hugo (Ruy Blas, préface)


Ce n’est pas dans un palais de peur que l’Espoir entrera. 
Eschyle (Agamemnon)


Les frelons ne sucent pas le sang des aigles 
Mais pillent les ruches des abeilles. 
Shakespeare


On a de tout avec de l’argent,
Hormis des mœurs et des citoyens. 
J.J Rousseau


Que l’autorité se borne à être juste,
Nous nous chargerons d’être heureux. 
Benjamin Constant


Elle est bientôt finie cette nuit du Fouquet’s ?
Le Peuple



mercredi 13 octobre 2010

Manifestation pour les retraites : le Théâtre du Soleil illumine le cortège



12 octobre 2010115.1286896633.JPG

Il est de plus en plus rare qu’une manifestation suscite sur son passage émerveillement, joie et applaudissements. Ce mardi 12 octobre, jour de mobilisation nationale contre la réforme des retraites, le cortège parisien brandissait à sa tête (juste derrière les représentants de la CFDT) une surprise aussi somptueuse que symbolique, qui fut applaudie de tous : une marionnette haute de trois mètres, toute de blanc vêtue, armée d’un glaive et d’une balance. Cette allégorie de la Justice, conçue et fabriquée hier au Théâtre du Soleil, donnait au cortège l’allure d’un célèbre tableau …

Pour préparer un digne accueil aux milliers de manifestants, Ariane Mnouchkine, mère fondatrice du Théâtre du soleil, avait donné rendez-vous, à midi, au Théâtre de l’Odéon (Paris 6ème). Les comédiens, musiciens et techniciens de sa troupe, ainsi que leurs plus proches compagnons, comme l’écrivain Hélène Cixous, le comédien Georges Bigot, ou encore de nombreux spectateurs fidèles, avaient répondu présents, avec leurs instruments de musique, leurs banderoles poétiques… Et la fameuse marionnette géante.
“La retraite, on sait bien qu’elle est foutue pour nous, puisque nos carrières, dites ‘incomplètes’, ne nous permettent jamais de quotiser suffisamment pour avoir une retraite décente. Mais ce n’est pas une raison pour se résigner ! “, expliquait un réalisateur sonore, chargé de porter en drapeau cette citation de Pascal:”la force sans la justice est tyrannique”.
“Cette soit-disant réforme que tous les français ressentent comme un régression est bête et inefficace: on sait bien que dans dix ans, elle sera déjà caduque. Il faut une réforme, tout le monde est d’accord là dessus, et des sacrifices sont nécessaires. Mais ça suffit de toujours sacrifier les mêmes. Y’en a marre des injustices et de l’arrogance!” tonnait Ariane Mnouchkine entre deux consignes pour orchestrer le départ.

“Les banderoles, les musiciens et la sono partent les premiers vers la rue de Rennes. La Justice fera son entrée un peu plus tard, pour arriver comme une surprise. N’oubliez pas de chercher des relais parmi les manifestants qui nous rejoindront: on a quatorze porteurs et il nous en faut vingt-six pour tenir jusqu’au bout! C’est parti : d’abord les drapeaux sur la justice, ensuite les Shakespeare”.
Les “Shakespeare”, c’était par exemple cet extrait incroyablement actuel de Macbeth: “A présent des révoltes incessantes lui reprochent ses parjures. Ceux qu’il commande n’agissent que sur commande. Rien par amour. Maintenant, il sent son titre qui pend flasque sur lui. Comme la robe d’un géant sur un faussaire nain”.
Ou encore cette autre citation de circonstance: “les frelons ne sucent pas le sang des aigles mais pillent les ruches des abeilles”…
Voir la “Justice” géante qui déambulait dans les rues du 6ème arrondissement, ce fut un spectacle à part entière. Passants et militants disaient tantôt “bravo”, tantôt “merci” en voyant la marionnette flotter au-dessus des autobus près de la place Saint-Sulpice.

Rue de Rennes, où se posta la petite centaine d’artistes et amis du Théâtre du Soleil, plusieurs autres groupes
attendaient les manifestants : Lutte Ouvrière et, un peu plus bas, le PS. Vers 14h, la marionnette et la troupe du Soleil se mirent à défiler entre deux cortèges syndicaux, et l’exclamation fut générale lorsque La Justice joua sa scène place Saint-Germain des près: attaquée par des corbeaux (de papier), elle commença à se débattre dans une danse fascinante, sur une musique dramatique.
“Oh la vache que c’est beau”, s’exclama une jeune femme qui tenait une des banderoles du PS. “La symbolique est parfaitement efficace”, lança une jeune avocate à ses côté. Même dans les rangs très sérieux de la CFDT, les jeunes militants applaudissaient : “c’est me théâtre du soleil, je crois! c’est magnifique. Et c’est super d’apporter un peu d’innovation dans le mouvement.”

Peu à peu, enseignants et “indépendants” en tous genres sont venus grossir les rangs du Soleil.

“Je me reconnais dans le parti du théâtre bien plus que dans tout autre parti, confia une sexagénaire toute légère et souriante. Car quand il est bien fait, le théâtre est ce qui implique l’engagement le plus profond de l’individu, qu’on soit acteur ou spectateur”.

L’intervention de Mnouchkine témoigne en tout cas d’une foi profonde dans l’efficacité politique du théâtre. “Le rôle des artistes, c’est d’apporter un peu de forme, d’images et de rythme au mouvement. C’est pour cela que nous nous mettons au service de la manifestation”, justifie tout simplement la metteur en scène.




lundi 11 octobre 2010

34 centimes d'euro la minute



daté du 10 octobre 2010

Après Guy Debord qui, en visionnaire discret, a très tôt révélé les mécanismes de la " société du spectacle " telle que nous la subissons aujourd'hui dans ses travers, ses extravagances et par-dessus tout sa superbe vulgarité, Raffaele Simone, linguiste italien, élargit le cadre tout en le scrutant avec la loupe de l'évidence lucide dans Le Monstre doux. L'Occident vire-t-il à droite ? (Gallimard, 180 pages, 17,50 euros). 

Mais déjà en 1834, Alexis de Tocqueville nous prévenait : " Si le despotisme venait à s'établir chez les nations démocratiques de nos jours, (...) il serait plus étendu et plus doux, et il dégraderait les hommes sans les tourmenter. "

Nous sommes devenus des citoyens abîmés, des clients abreuvés d'images dont le but ultime est de supprimer avec allégresse et consentement notre être libre, nous retirer le statut d'individu en tant qu'entité singulière. 

Le système démocratique fonctionne comme une musique d'ascenseur faite pour endormir et faire tout accepter. Et ça marche ! 

Une panne informatique gèle toute communication. Une erreur judiciaire écrabouille l'individu dans un engrenage dont il sortira en lambeaux. Parfois, il suffit d'un petit tracas technique pour se rendre compte que l'être est en train de perdre son essence et qu'il ne se trouve plus face à un être de chair avec qui parler, négocier et même bavarder, mais face à un semblant d'être qui répond avec une politesse préfabriquée qui devrait vous mettre en confiance.

Celui qui a inventé le téléphone à touches et la voix artificielle est un génie, enfin quelqu'un qui a poussé la déshumanisation des relations entre les citoyens au plus haut niveau de mépris. 
Car celui qui vous répond après avoir laissé tourner le compteur du téléphone à 34 centimes d'euro la minute le temps que cela rapporte assez à la société où il travaille se présente à vous en ces termes " Daniel, à votre service "

D'abord il ne s'appelle pas Daniel mais Karim ou Abderrazak. Il est dans une cabine en Tunisie, au Maroc ou dans un pays lointain. Il est " gentil ", mais se révèle vite incompétent, et vous oriente vers un autre service, souvent appelé " assistance technique ". 
Là, vous refaites le numéro 08... et vous attendez en vous imposant une musique exécrable ponctuée par une voix qui vous répète " Nous vous remercions de patienter quelques instants, un conseiller va prendre votre appel ". Vous attendez. Le compteur tourne. Vous calculez que la société est en train de vous prendre de l'argent avec votre consentement. Et soudain, la même voix féminine vous prévient : " Vu le nombre d'appels, nous ne pouvons pas vous répondre actuellement ; nous vous invitons à renouveler votre appel ultérieurement. " 

Mais il arrive aussi que Daniel ou Nathalie vous donne des ordres. Faites ce numéro, faites cet autre, introduisez votre identifiant, puis votre code, je vais avoir accès à votre dossier, merci de patienter, et voilà qu'on vous demande (pour la énième fois), de vous adresser au " service assistance technique " où " une cellule " est en mesure d'accéder à votre dossier. Ah, le cher, très cher Service technique. C'est le sésame, c'est Georges ou Lucienne, c'est quelqu'un qui existe peut-être et qui résoudra votre problème.
C'est le paradis. La " voix " royale pour la liberté. 
Mais pour cela, " vu le nombre important de demandes ", vous êtes obligé d'attendre " entre dix et vingt et un jours "

Passé ce délai, ne recevant rien, vous rappelez Georges ou Lucienne, et là, catastrophe, c'est Philippe ou Marie qui vous répond. Ils ne sont au courant de rien. Il faut repartir de zéro et, armé ou non de patience, vous avez envie de hurler, d'appeler la police, la gendarmerie, le préfet, le maire, le ministre... 

Bref, vous venez de découvrir à l'occasion d'un problème de connexion que vous êtes un dossier muni d'un RIB, et vous n'avez aucun moyen de vous défendre, aucune possibilité de vous trouver en face d'une personne et de lui parler, à moins de faire partie de " la VIP-society " qui a droit à un traitement de faveur.

Ce qui se produit avec les sociétés de la téléphonie et d'Internet est en fait la quintessence de la société           " monstrueusement douce " que nous préparent des politiques sans âme, sans sincérité, devenus les jouets de la société du spectacle. 
Et qui sont inaccessibles, du simple fait qu'ils sont eux-mêmes les pantins d'un système où la vieille bureaucratie dont on se plaignait est devenue un monstre invisible, interchangeable, où d'un côté le citoyen est démuni, et de l'autre des petits malins de la finance ont mis au point une machine à sous qui rapporte à chaque fois que vous êtes en difficulté. 
A raison de 34 centimes la minute, multipliés par des milliers de clients mécontents par jour, multipliés par un temps assez long, l'opérateur n'a même plus besoin de travailler, il suffit qu'il installe un centre d'appels délocalisé dans un pays où la journée de travail est payée quelques euros, et voilà la boucle bouclée.

Tout cela est légal. Les contrats ont été signés. Les gens se plaignent, mais sont impuissants. 

Telle est l'époque. On s'y fait ou on se tait. Nous voilà devenus des individus avec un peu moins de liberté chaque jour qui passe. 

Tout a été calculé, prévu au moindre détail par des technocrates, pour que le citoyen soit dépouillé en toute légalité et qu'il ferme sa gueule, car au bout du fil il a un malheureux étudiant qui se fait appeler David ou Kevin pour le rassurer et faire fonctionner la machine à sous.

Pendant ce temps-là, la médiocrité généralisée et la vulgarité de certains amuseurs publics se répandent et occupent notre part de cerveau encore disponible. Et nous sommes consentants !

Tahar Ben Jelloun


Ecrivain et poète, Tahar Ben Jelloun est membre
de l'Académie Goncourt depuis 2008. Il a reçu le prix
Goncourt pour " La Nuit sacrée " (Points Seuil) en 1987.
Il a publié " Le Racisme expliqué à ma fille " (Seuil, 1997).
Dernier livre paru, "Au pays ", chez Gallimard (2009).

vendredi 8 octobre 2010

Lu dans Télérama : diffusé sur France2



Le souffle de la révolte

Gérard Mordillat adapte à l'écran son roman "Les Vivants et les Morts", fresque sociale autour d'un combat ouvrier. A l’arrivée, une série en huit épisodes audacieuse et réussie.


« J'ai écrit Les Vivants et les Morts avec la conviction qu'un tel projet ne pouvait exister que de manière romanesque, que le paysage audiovisuel français était trop rétif, pour ne pas dire hostile, à montrer le monde du travail contemporain, à travers les conflits qui s'y déroulent. » Cinq ans après la sortie de son roman - devenu un succès de librairie -, Gérard Mordillat ne peut que se réjouir d'avoir eu tort. Grâce à l'enthousiasme et à la pugna­cité d'un producteur, Jérôme Minet (disparu pendant la préparation du projet et relayé par Denis Freyd et André Bouvard), Les Vivants et les Morts se réinvente aujourd'hui sous la forme d'une très belle série de huit épisodes, poignante fresque sociale dédiée à tous ceux qui luttent pour sauver leur emploi. « Ces hommes et ces femmes qui ont une intelligence, une culture, un corps dont on ne peut pas se débarrasser comme une variable d'ajustement », l'écrivain et ­cinéaste les rend visibles, les fait vivre et vibrer à travers le combat des ouvriers de la Kos, usine de fibre plastique condamnée à mort par les lois du capitalisme financier. Autour du jeune couple formé par ­Rudi, l'insoumis à la présence féline (Robinson Stévenin), et Dallas, sa « belle et rebelle » (Marie Denarnaud), une cinquantaine de personnages se battent, s'aiment, se déchirent. A la lutte collective répond leur vérité intime, faite d'amour fou, de rêves et de blessures secrètes.
Sans rien perdre de l'énergie vitale et du souffle épique du roman, le passage à l'écran s'impose à travers des partis pris forts. « J'ai fait le choix de la jeunesse, explique Gérard Mordillat. Je ne voulais surtout pas être dans le cliché passéiste de la brique noirâtre, de la cheminée qui fume entourée d'ouvriers proches de la retraite. Dallas, la véritable héroïne de cette histoire, n'a que 22 ans, elle a un enfant, un travail extrêmement dur, et comme avec son mari, ils sont endettés, elle fait des ménages et des extras dans une brasserie. C'est terrible : elle est au début de sa vie. Cette dimension très contemporaine de l'histoire me touche particulièrement. »
Loin de se laisser emprisonner par sa propre plume, l'écrivain-cinéaste s'est autorisé toutes les audaces et toutes les libertés : resserrer le récit ou fusionner plusieurs personnages en un seul. Au lieu du traditionnel résumé de début d'épisode, il montre « en accéléré » les événements évacués du scénario, ce qui permet des bonds de plusieurs mois dans le temps. « J'ai tout récrit. Si j'avais fait jouer à des acteurs les dialogues qui paraissaient saisis sur le vif dans le texte, ça n'aurait pas marché. La nature de l'ellipse littéraire n'a rien à voir avec la nécessité du jeu. » Certaines scènes entièrement remaniées ont trouvé un sens nouveau. « Dans le roman, la scène où Dallas et Varda, sa meilleure amie, se soûlent avait un côté enfantin. Dans la série, le côté sensuel est plus affirmé : il y a une liberté amoureuse, une fantaisie que l'une et l'autre ne connaissent pas dans leur couple. Puis la violence sociale resurgit... »
Le soin méticuleux apporté au choix des comédiens a été le prolongement de ce travail d'adaptation. Chaque rôle des Vivants et les Morts a la valeur d'un engagement : « Je voulais être sûr que tous les acteurs soient conscients de ce qu'ils allaient jouer, intellectuellement, artistiquement, politiquement. » En retour, Mordillat leur offre du sur-mesure, un personnage qui, loin d'être figé dans ses traits littéraires, se nourrit de leur personnalité et de leur vécu. « Pignard, le délégué CGT, par exemple, est au départ un personnage secondaire. Patrice Valota a réalisé un travail incroyable sur son vocabulaire, son attitude. Il s'est beaucoup inspiré de son père. Le résultat est bien supérieur à ce qui était écrit. » Dans le bruit des machines, porté par les slogans hurlés à la face du monde et par la réalité si proche des combats à mener, chacun sem­ble avoir fait sienne l'inlassable révolte de Mordillat et de ses Vivants.

samedi 21 août 2010

HELP!



Pour signer la pétition, rendez-vous sur http://laregledujeu.org







jeudi 19 août 2010

Plus fort que les violons...

Le musicien de rue était debout dans l'entrée de la station « Enfant Plaza » du métro de Washington DC. Il a commencé à jouer du violon. C'était un matin froid, en janvier dernier. Il a joué durant quarante-cinq minutes. Pour commencer, la chaconne de la 2ème partita de Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et à nouveau, du Bach. A cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail. Après trois minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes puis a démarré enaccélérant. Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit pot. Peu après, un quidam s'est appuyé sur le mur d'en face pour l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard. Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. Sa mère l'a tiré, pressé mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien. Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants. Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger. Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps. Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars. Personne ne l'a remarqué quand il a eu fini de jouer. Personne n'a applaudi. Sur plus de mille passants, seule une personne l'a reconnu. Ce violoniste était Joshua Bell, actuellement un des meilleurs musiciens de la planète. Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius valant 3,5 millions de dollars.Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation future au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place. C'est une histoire vraie. L'expérience a été organisée par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens. Les questions étaient : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ? Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être : si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter un des meilleurs musiciens au monde, jouant pour nous gratuitement quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, avec un violon Stradivarius valant 3,5 millions de dollars, à côté de combien d'autres choses passons-nous ? A méditer ...


Cette histoire me fait souvenir d'un autre violoniste... Il n'était pas célèbre, son instrument n'était pas un Stradivarius et très vraisemblablement, aucune grande salle de concert n'avait fait ni ne ferait jamais appel à lui.Il faisait la manche dans Central Park. Son répertoire n'était pas bien compliqué, mais il jouait bien, avec émotion dans ce matin froid et ensoleillé de Mars à New-York et lui, nous l'avons écouté... parce que nous étions "en vacances"; nous avions le temps. Et je me demande en lisant cette histoire, si au temps où je courais dans les couloirs du métro parisien -et à Franklin D. Roosevelt, ils sont longs et propices aux concerts improvisés- si, Ivry Gitlis ou Ishtac Perlmann avaient joué les mêmes morceaux, aussi amoureuse de la musique que je sois, j'aurais pris le temps de m'arrêter et d'écouter au risque de commencer ma journée detravail en retard Le vrai problème, n'est pas l'indifférence des passants mais l'état de stress dans lequel la société les conduit au point de ne pas s'accorder le temps d'un plaisir innocent et vrai. Et plus grave encore, celui de ces enfants a qui des parents aimants et attentionnés inculquent l'idée que n'importe quelle obligation quotidienne est plus important pour eux que le cadeau imprévu que leur fait la vie.

P.

lundi 28 juin 2010

L'étoffe des héros...


Pour rester un héros exempt de tout reproche, choisissez comme le maréchal Leclerc de Hauteclocque, de mourir jeune.
Comment se serait-il comporté en Indochine? Quel parti aurait-il pris en Algérie???
P.

C’est pourtant simple




Tout rapprochement avec des situations vécues ici, là, ou …. ailleurs ne peut être que le fruit d’un pur hasard ………
Écrivant dans une revue consacrée au rôle des médias dans nos sociétés modernes, j'ai entrepris de répondre à la question fondamentale de ce début du XXIéme siècle, qui résume et transcende toutes les autres : à quoi servent exactement les moyens de communication hautement sophistiqués qui sont les nôtres ?

Je parle, bien entendu, des sortilèges de l'informatique, de l'Internet, de la 3G, de la Wifi, de la livebox, de la convergence ordinateur-téléphone télévision, bref, de toutes ces merveilles qui sont désormais notre lot quotidien.

À la suite d'une enquête aussi méthodique qu'approfondie, menée avec le sérieux et l'absence de préjugés qui caractérise toute recherche scrupuleuse, je suis en mesure, aujourd'hui, de vous donner la réponse.

Comme terrain d'investigation, j'ai choisi une Fnac. Supposons que vous ayez l'intention, par exemple, d'acheter un ordinateur. Forcément plus moderne, plus puissant que celui que vous avez déjà…. Ou bien une imprimante…. Ou bien un disque dur externe…. Ou bien n'importe quoi…, du moment que ça se branche et que ça se connecte.

Vous abordez le premier vendeur disponible (ce qui ne prend qu'une petite demi-heure). Vous lui soumettez votre requête, en essayant d'avoir l'air le plus professionnel possible. Il vous écoute. Il vous regarde. En réalité, il évalue votre niveau de compétence. Puis il se lance.

Au bout d'une minute, vous ne comprenez plus un traître mot de ce qu'il est censé vous expliquer.

Au bout de deux minutes, vous ne savez même plus ce que vous lui avez demandé.

Au bout de trois minutes, juste avant de basculer dans la quatrième dimension, vous lui dites : « Merci, je crois que je vais réfléchir. »

Sonné, hagard, vous errez dans la Fnac, à la recherche d'un autre vendeur. Vous finissez par en trouver un.

Vous lui reposez la même question (entre-temps, vous avez retrouvé ce que vous vouliez lui demander). Il vous jauge à son tour. Puis il se lance.

Vous ne comprenez toujours rien, sauf une chose: il vous explique exactement le contraire de ce que le premier vendeur vous a exposé. Si vous hasardez un timide « mais je croyais que... on m'avait dit que... », il vous toise de toute la hauteur de son abyssal mépris : « Évidemment, si vous croyez tout ce qu'on vous raconte... »

Vous finissez alors par réaliser que ni ce vendeur ni le précédent ne comprennent eux-mêmes un traître mot de ce qu'ils racontent. Ils bluffent comme des pros. Mais ils sont aussi paumés que vous.

Vous dites: « Merci, je crois que je vais réfléchir », et vous vous promenez au hasard dans le rayon informatique, juste pour saisir au vol ce qui se dit autour de vous.

Vous êtes alors submergé par un hallucinant délire collectif, où plus personne ne comprend quoi que ce soit à quoi que ce soit tout en faisant mine de comprendre, en psalmodiant des chiffres, des mots, des formules, comme autant de mantras censés apaiser l'obscure divinité régnant sur ce monde virtuel et fantasmatique.


Rentré chez vous avec un gros colis (car vous avez fini par acheter n'importe quoi) et des kilomètres de notices totalement incompréhensibles, vous branchez, vous connectez, vous installez, vous paramétrez comme une bête.

Évidemment, rien ne marche.

Vous appelez la hotline. Au bout du fil (et au bout d'une heure), une voix excédée vous explique que c'est pourtant simple, qu'il suffit de faire ceci et cela. Vous faites ceci et cela.

Bien entendu, ça ne marche toujours pas. C'est à ce moment-là que vous vous demandez si vous n'êtes pas en train de devenir fou. Trop tard : vous l'êtes déjà.

Telle est donc la réponse à la question posée.

À quoi servent les moyens modernes de communication ? À nous rendre complètement fous.

Je dois reconnaître qu'ils s'acquittent de cette mission avec un indéniable succès, preuve de leur remarquable efficacité.

Comme quoi il ne faut pas médire de la technologie moderne.

Alain Remond

mardi 9 mars 2010



A écouter sur le site de France-inter :


L'émission du Vendredi 5  mars 2010 est disponible pendant qq. temps  sur :

http://sites.radiofrance.fr/franceinter/em/nousautres/


Thérèse Clerc et ses babayagas

Rediffusion du 21/11/08, à l'occasion du 10ème anniversaire de la journée de la femme.
10 ans, ca va bientôt faire 10 ans que le projet des Babayagas est né. Celle qui l’a pensé, celle qui l’a inventé c’est Thérèse Clerc.

10 ans de réflexions, de travail, de négociations, de forcings, de coups de gueule pour que la maison des Babayagas voit le jour. Et ce n’est pas fait, il manque encore 900 000 euros pour le chantier commence.
La maison des Babayagas, c’est une utopie réaliste dit Thérèse Clerc, ce sera une anti maison de retraite, une maison pour femmes âgées, autogérée, ouverte sur le monde, intégrée dans un réseau d’échange et fondée sur la solidarité.

Les Babayagas veulent vieillir comme elles ont vécu, en femmes libres, engagées et indépendantes.

A l’image de Thérèse Clerc.
Et n’essayez pas de les persuader que la vieillesse est une pathologie. Elles vous prouveront le contraire.
Thérèse Clerc revendique même une vieillesse politique et révolutionnaire qui changerait le regard sur les vieux.
Thérèse rêve d’un mouvement du grand âge qui bousculerait la vieille Europe. Pas moins.

Elle est comme ça Thérèse, et elle a raison, elle a de grandes ambitions, et de belles fureurs encore devant elle.

Toute sa vie, Thérèse a été de tous les combats, c’est une femme du 20 ème siècle, engagée pour la paix en Indochine puis en Algérie, formée politiquement par les prêtres ouvriers.

En Mai 68, elle était dans la rue, quelques années plus tard, elle criait avortement libre et gratuit.

Thérèse est une grande dame du féminisme, aujourd’hui elle se bat toujours du côté des femmes mais dans l’art de bien vieillir.

Son dernier combat, c’est les Babayagas. Et je ne suis pas du tout sûre que ce soit le dernier.

Après tout Thérèse a seulement 80 ans. “ Quel bel âge ” dit-elle malicieusement.


Merci à Claude


mercredi 3 mars 2010

Utopie/Réalité

Marinaleda est une petite ville andalouse près de Séville. 


Les gens sont surpris lorsqu'ils voient qu'ici, il n'y a presque pas de chômeurs et que tout le monde a sa propre maison. Mais c'est pourtant ça qui est normal. Ce qui n'a pas de sens c'est ce qui se fait ailleurs explique le maire, Juan Manuel Sanchez Gordillo, réélu depuis trente ans sans discontinuer.

L'aventure a commencé quand les habitants ont décidé d'appliquer à la lettre le slogan : "la terre appartient à ceux qui l'exploitent" et de confisquer 1200 hectares en friche appartenant au duc de l'Infandato, un coup de force qui a valu aux habitants de Marinaleda plusieurs années de lutte, de manifestations et de batailles judiciaires.

Le taux de chômage était très élevé, le peuple avait besoin de ces terres, explique le maire. Nous les avons utilisées pour construire l'usine de conserve de légumes qui fonctionne toujours et qui a presque permis d'éliminer le chômage. Cela a changé la vie de tout le monde ici." le système est simple: les habitants ont créé une coopérative qui ne redistribue pas les bénéfices.

"On a tout réinvesti pour créer encore plus d'emplois. Chacun a fait ce qu'il faut pour vivre, c'est tout".

Le salaire des travailleurs, de tous les travailleurs, quel que soit le poste qu'ils occupent" est de 47 euros par jour, six jours par semaine, - c'est à dire 1128 euros par mois.

Mais lesdits travailleurs n'ont pas beaucoup de dépenses, car ceux qui sont inscrits au plan de logement de la mairie paient 15 euros par mois pour leur maison.

"Les maisons sont construites sur des terrains municipaux. Celui qui fait la demande s'engage à construire sa propre maison, mais il est aidé par un chef de chantier et un architecte rémunérés par la mairie. Nous avons un accord avec le gouvernement régional d'Andalousie qui fournit les matériaux.
En deux ou trois ans, les travaux sont terminés, la maison appartient à celui qui l'a bâtie et il n'a plus qu'a payer 15 euros par mois". Un prix dérisoire pour une maison de 90m2 qui peut être agrandie au fur et à mesure que la famille s'agrandit.

Le plein emploi et les logements à prix imbattables sont probablement les aspects les plus visibles de la politique municipale, mais Marinaleda réserve d'autres surprises.

Par exemple, il n'y a pas de policier. Nous en avions un, mais nous avons décidé d'économiser ce salaire quand il a pris sa retraite 
N'y a-t-il pas de délinquants à Marinaleda ? " Il n'y a pas de vandalisme, parce que tout a été construit par les gens du village. Si un jeune ou son père ou un ami a installé un banc il n'y a pas de raison de le dégrader ou d'y faire des graffitis, non ? Le fait que les budgets soient approuvés par tous contribue également à l'absence de délinquance". 

La confiance de ses administrés, Gordillo la doit aussi à la gestion de sa mairie. " Avant d'accepter le mandat, nous devons nous engager par contrat à toujours être les derniers à percevoir un quelconque bénéfice. C'est à dire que si nous décidons, lors d'une assemblée, d'attribuer de nouvelles maisons et qu'un élu en a besoin, il sera toujours le dernier sur la liste. Pour ce qui est de la rémunération, nous ne touchons rien. Je n'ai jamais rien touché pour faire de la politique. Je suis enseignant, c'est de ce travail que je vis".

Marinaleda
2600 habitants
0 banquier
0 promoteur
0 trader
0 flic
0 ou presque chômeur

(1) Source : El Mundo, quotidien espagnol

Le New York Times qui cherchait à démontrer comment certaines recettes marxistes peuvent fonctionner a consacré un reportage à Marinaleda


Merci à Claude, pour ses nombreuses contributions au maintien d'un peu de sérieux et d'élévation intellectuelle dans ce blog. 
P.