Il n'est pas nécessaire d'espérer pour entreprendre ni de réussir pour persévérer.
A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.
Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.
Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.
Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.
dimanche 15 août 2010
CHERCHE LA ROSE
samedi 14 août 2010
AOUT – semaine 2 – jour 6- LIRE ET RELIRE
vendredi 13 août 2010
LE CHAT
La quinzaine du rrom
Oublié l’Oréal, donc, c’est la quinzaine du rrom
Les faits sont les suivants : deux membres de la « communauté des gens du voyage » auraient volé vingt euros à un distributeur. Enfin ça, on l’a appris plus tard. Luigi Duquenet avait un petit passé judiciaire et il était bien connu des forces de l’ordre qui auraient pu, selon ses proches, venir l’interroger le lendemain. Les gendarmes chargés de l’enquête ont tenté de bloquer les deux hommes à deux endroits successifs. Un gendarme serait même monté sur le capot de la voiture en marche pour stopper l’équipage, sans succès. Les fonctionnaires auraient finalement fait feu, en état de légitime défense disent-ils, sur Luigi, qui se trouvait sur le fauteuil du passager, et qui n’y a pas survécu.La famille et/ou des amis de Luigi, révoltés par le drame et considérant à tort ou à raison l’affaire d’un point de vue nettement moins avantageux pour les gendarmes, sont venus s’en prendre, cagoulés, à l’enseigne « Gendarmerie » de la gendarmerie de Saint-Aignan. J’ignore ce que ça fait de voir un de ses enfants tués par des gendarmes, mais je peux imaginer la violence des sentiments qui en découlent. Ils ont aussi abîmé des panneaux de signalisation, mis le feu à des véhicules et attaqué des arbres à la hache. L’un d’entre eux a plus tard avoué, en marge des déprédations auxquelles il avait effectivement participé, le vol de quelques croissants dans une boulangerie de la ville. La boulangère, encore sous le choc, avait témoigné sur plusieurs chaînes. Une semaine plus tard, l’homme sortait du tribunal pour entrer en prison : dix mois fermes.
Entre temps, l’état avait fait déployer pas moins de trois cent militaires pour sécuriser la région ! Le ministre Hortefeux, passé en coup de vent, avait acquiescé (sans bien entendre, espérons) lorsqu’un badaud lui avait recommandé de faire savoir au chef de l’état que ce n’est pas le Kärscher qu’il convenait d’employer, mais l’eau de javel.
Le préfet, lui, s’est juste étonné devant les caméras car selon lui, les gitans établis dans la vallée du Cher vivent généralement en de bons termes avec le reste de la population. Ce n’est pas l’image qui a été diffusée le plus souvent.
Les “déclarations imbéciles”
À la suite de cette lamentable affaire, le régime s’est lancé dans un festival de déclarations imbéciles.Harry Roselmack (TF1, 27/07/2010), par exemple, se demande s’il n’y a pas un « problème gitan en France » et présente un reportage qui donne la parole à « Luc », qui « habite la région depuis vingt ans », et qui « a préféré parler à visage caché » pour déblatérer des clichés : « une partie des gitans ne veulent pas s’intégrer (…) vivent un peu à part (…) c’est difficile pour nous à supporter, on est toujours dans la crainte des représailles, des vols et compagnie ». Qui est ce témoin-mystère ? Qu’a-t-il vu, connu, su, vécu ? On qualifie le saccage de la place de Saint-Aignan de “représailles”, mais de quelles autres “représailles” est-il question ? Mystère et boule de gomme. Apparemment, ce témoin ne sait rien de plus que des clichés. Sans doute ne fait-il que répéter ce qu’il a entendu ailleurs sur TF1, justement.
Luc Chatel (l’Oréal), semble s’étonner que les « gens du voyage » soient « parfois même français ». Benoîst Apparu (sous-ministre au logement) a quand à lui ressorti des placards une vieille réflexion autrefois exprimée par Nicolas Sarkozy puis par Brice Hortefeux, qui se demandaient comment des gens « qui ne déclarent quasiment aucun revenus » pouvaient bien avoir d’aussi grosses voitures pour tirer d’aussi grosses caravanes. Ça les étonne apparemment plus de voir que des gens qui vivent dans des caravanes aient des caravanes que de voir que Jean Sarkozy (fils de Nicolas, filleul de Brice) puisse être envisagé sans rire comme président de la plus grosse zone d’activités économiques d’Europe.
Frédéric Lefebvre, toujours fidèle au poste quand il faut se montrer odieux, explique que les « gens du voyage » sèment des « pics de délinquance » partout où ils passent. Bien entendu, les faits, les études, toute considération objective et impartiale est ici remplacée par des phrases tellles que « les français le savent bien » ou « c’est bien connu ».
Chacune de ces déclarations est accompagnée de la prudente mention que les problèmes ne concerneraient « qu’une partie des membres de cette communauté ».
Pourtant, même si on pouvait (je n’en sais rien personnellement) de manière certaine pointer du doigt des statistiques particulièrement élevées en termes de crimes et délits et qui sembleraient liées à l’appartenance des auteurs des faits à telle ou telle communauté, le rôle des politiques ne saurait se limiter au constat, au « c’est bien connu », à la rumeur, aux préjugés. Le premier rôle du politique devrait être de se pencher sur les faits, puis d’en comprendre la mécanique, et enfin, de proposer des solutions. Ici, pas de solutions, juste quelques propositions réactionnaires qui n’ont d’autre vertu que de provoquer des débats sur des sujets trop peu évoqués.
Le désormais célèbre Luigi Duquenet avait beau être « du voyage », sa famille n’en est pas moins sédentaire depuis la dernière guerre mondiale et française depuis des siècles. Cela n’a pas empêché le ministre Hortefeux de promettre que la moitié des « camps illicites » de nomades seraient démantelés et que les Roms auteurs d’atteintes à l’ordre public ou de fraudes seraient reconduits en Bulgarie ou en Roumanie. Dix inspecteurs des impôts seraient même affectés à la vérification des comptes des gitans qui vivent dans des campements illicites. Si ce n’est toi, c’est donc ton frère, quoi. La logique est tordue : qu’un camp illicite ait vocation à être démantelé, que des bulgares qui vivent à Paris de la mendicité dussent être raccompagnés à la frontière ou que les inspecteurs des impôts inspectent les déclarations des contribuables constitue l’application de la loi – même si on peut discuter du détail : si les maires ne se conforment pas à l’obligation d’aménager des lieux adaptés, comment se plaindre que certains gens “du voyage” s’installent ailleurs que dans le néant qui a été prévu pour eux ?
Présenter l’application de la loi comme une sorte de brimade, comme une vengeance, une punition, voilà qui semble assez éloigné de ce qu’est une république démocratique saine. On pouvait sentir les prémisses de cette manière de traiter les problèmes dans le rétablissement des sanctions collectives à l’école par le ministre de l’éducation nationale de l’époque, un dénommé François Fillon.
Tout ça n’est peut-être pas grand chose à côté du déchaînement de haine qui émane des gens qui commentent les articles de la presse en ligne et qui expriment noir sur blanc ce que nos politiques ont tant de difficultés à contenir ces temps-derniers. Certains journaux, comme 20 minutes, ont préféré fermer la section commentaires des articles en rapport avec le sujet, car les dérapages racistes y étaient permanents et impossibles à juguler.
On se souviendra des infirmières bulgares, emprisonnées en Lybie où Cécilia (rappelez-vous de Cécilia) Sarkozy était allée négocier leur libération. De ces infirmières bulgares, Nicolas Sarkozy avait dit de manière un peu grandiloquente : “ces infirmières, elles étaient françaises”. Par contre, il n’avait prêté aucune nationalité imaginaire au médecin palestinien qui partageait le sort de ces femmes.
Bref il existe des bulgares qui sont français sans l’avoir demandé, et il existe des français qui sont bulgares ou roumains à leur insu et malgré ce qu’en dit leur carte d’identité et malgré le fait qu’ils ne savent strictement rien de la Bulgarie.
Après l’immigration choisie, c’est le maintien de la nationalité qui est conditionné à la tête du client ?
Il y a cette même idée d’une citoyenneté variable dans la proposition de déchoir de leur nationalité certains délinquants, proposition qui sous-entend que les auteurs d’actes délictueux seraient des français d’adoption récente. Dès son installation, le régime actuel avait d’ailleurs proposé que le fait d’être étranger soit une circonstance aggravante pour les travailleurs “au noir”. Distinguer les délits selon l’origine de leurs auteurs, peu de pays normaux ont proposé ou appliqué ce genre de choses.
Je vais mériter mon “point Godwin” (comment parler de France en ce moment sans recevoir de point Godwin, demandait quelqu’un sur Twitter) mais tout ça rappelle la célèbre phrase de Goebels à Fritz Lang, qui s’étonnait que le IIIe Reich lui propose un emploi : “C’est nous qui décidons qui est juif et qui ne l’est pas”.
Certains ont cru que Nicolas Sarkozy récupérait cyniquement les voix du FN, mais il est possible que la réalité soit bien pire, et que le sarkozysme ne soit rien d’autre qu’une récupération des voix de la droite parlementaire au profit des idées du FN, ou en tout cas au profit des idées d’une droite bien rance et incapable de comprendre les principes constitutionnels les plus élémentaires. C’est sans doute un affreux hasard si Nicolas Sarkozy est passé par le parti qui se réclamait du gaullisme pour accéder au pouvoir.
Chaque fois que l’on parle à Nicolas Sarkozy du caractère anti-constitutionnel de ses lois, il réagit comme si des juristes astucieux profitaient d’une loi oubliée pour le coincer : il semble ne même pas vraiment comprendre la critique.
Une certaine partie de la droite a appris à lire dans le Figaro, Nicolas Sarkozy s’est contenté de lire le courrier des lecteurs du Figaro. D’un point de vue moral, littéraire et intellectuel, ce n’est pas le même niveau. Rendez-nous la bonne vieille droite !
Donc ça y est, c’est reparti, on tape sur les gitans, les rroms, les tziganes, les manouches, les romanichels, les bohémiens… On en fait un seul « peuple » comme s’il y avait le moindre rapport entre les conditions d’existence d’un roumain qui mendie en famille dans le métro et d’un français nomade habitué à faire tamponner son livret de circulation par des gendarmes. En fait; ce qui lie le plus fortement tous ces gens, semble-t-il, ce sont les tracasseries administratives, les persécutions policières et la méfiance populaire.
Les gitans sont-ils autant habitués au malheur que dans les films d’Emir Kusturica ? Je n’en sais rien, je n’en connais pas, enfin je n’en connais, je crois, qu’un seul, ce qui ne constitue pas un échantillon très représentatif. Je ne pense pas que les ministres qui ont des choses à dire sur les gitans en ce moment en connaissent beaucoup eux-mêmes, du moins en dehors des questions administratives telles qu’elles se posent dans les communes qu’ils administrent, pour ceux qui exercent ce genre de fonctions.
L’administration encadre l’existence des “gens du voyage” de manière acharnée, tout en leur retirant aussi tout moyen de subsistance. Si certains ministres se demandent de quoi vivent les gitans en France, c’est qu’ils sont bien placés pour savoir le peu d’espace qui leur est laissé (à peine tolérés “à côté”, certainement pas admis “parmi”), et parce qu’ils savent, aussi, que personne ou presque ne les défendra.
Les nomades “roms” sont aussi liés bien sûr par un passé millénaire, lorsque leurs lointains ancêtres ont (pense-t-on) quitté l’Inde où ils effectuaient des métiers impurs (équarrisseurs, ferronniers, chiffonniers, ferrailleurs…) et étaient de ce fait contraints au nomadisme et considérés comme “hors caste”, comme parias. Au proche-Orient et en Europe, ils ont circulé avec leur savoir-faire artisanal, leur musique et leurs langues, récupérant au passage des religions et de nouveaux savoir-faire. Mille ans plus tard, ils ont les mêmes métiers, sont toujours nomades ou considérés tels, et toujours parias. On les a génocidés en Allemagne, on les a stérilisés en Suisse, et lorsque la guerre a pris fin en Croatie, ils avaient disparu du pays sans que les populations s’en émeuvent. L’histoire des gitans est une longue tragédie.
Mais il y a pire à présent : ils sont devenus inutiles.
Dans le monde d’aujourd’hui, on ne rempaille plus les chaises : Ikéa ou autres en fabriquent dans des matériaux destinés à se casser un jour et à être remplacées plutôt que réparés – le design n’aime pas toujours que les objets aient une existence. En fait beaucoup des métiers des « gens du voyages » ont été rendus caducs par l’industrie. C’est assez étrange d’ailleurs parce que, du point de vue de nos préoccupations en matière d’environnement, on n’a jamais connu une telle urgence à ce que les choses soient récupérées, recyclées, réparées…
jeudi 12 août 2010
LA BATAILLE DE BLENHEIM
mercredi 11 août 2010
Astrud Gilberto - Manha De Carnabal
dimanche 8 août 2010
La paix chez les bêtes
vendredi 6 août 2010
AOUT- Semaine 1- Jour 5- LE PANIER DE LA GLANEUSE-
Laisse reposer 48 heures, puis soutire le jus et ajoute-lui son poids en eau. Reverse ce liquide sur le marc qui est resté dans le tonneau et attend quatre ou cinq jours.
Extrait du site : http://www.protection-palestine.org/spip.php?article9225
Des lycéens israéliens aident
à raser une ville bédouine
- Quelques instants avant la destruction du village bédouin d’al-Arakib, de jeunes volontaires de la police israélienne s’installent dans les meubles pris de la maison d’une famille.
- De jeunes volontaires de la police israélienne fouillent dans les biens d’une famille d’al-Arakib
- Selon les habitants d’al-Arakib, les jeunes volontaires vandalisaient les maisons dans tout le village.
- Les jeunes volontaires sortent des affaires des maisons du village à mesure que les bulldozers arrivent
jeudi 5 août 2010
AOUT – Semaine 1 – Jour 4 – MOTS D’AUTEUR
mardi 3 août 2010
Georgius - Au lycée Papillon (1936)
lundi 2 août 2010
Que veulent dire les mots Roms, Tsiganes et Gens du voyage ?
Qui sont les Roms?
L’Union européenne utilise le terme de Roms (ou Roma en anglais), qui signifie «homme» en hindi en «référence à divers groupes d'individus qui se décrivent eux-mêmes comme Roms, Gitans, Gens du voyage, Manouches, Ashkali, Sinti, etc.», une population à laquelle elle a déjà consacré deux sommets depuis 2008 pour favoriser son inclusion dans les différents pays membres.Marcel Courthiade, titulaire de la chaire de langue et civilisation romani à l'Institut national des langues et civilisations orientales, approuve cette dénomination générale de Roms pour désigner les populations qui ont en commun une origine et la langue romani, ou du moins le souvenir de l’usage de cette langue. D’un point de vue historique, les Roms au sens large ont été déportés au XIe siècle de la vallée du Gange, en Inde, et a migré progressivement à travers l’Asie occidentale puis l’Europe jusqu’au début du XXe siècle. Les premiers Roms sont arrivés en France autour du XVe siècle.
Si l’on accepte cette définition, il y aurait actuellement en France entre 350.000 à 500.000 Roms, dont la quasi totalité est de nationalité française, sur un total de 10 à 12 millions dans l’Union européenne. Une idée reçue répandue voudrait que les Roms soient des nomades, pourtant seulement 2% d’entre eux sont du voyage en Europe.
Tsiganes, manouches, gitans…
L’Union romani internationale, une organisation reconnue par les Nations Unies qui défend les droits, la culture et le langage des peuples romanis, a été crée en 1978 et témoigne d’une volonté de revendiquer un patrimoine commun. Mais dans plusieurs pays comme la France, l’Allemagne ou le Brésil, certains Tsiganes ne veulent pas d’une identité transnationale rom et revendiquent, au contraire, l’accès à la pleine citoyenneté de la nation qui leur donne leur identité légale, comme l’explique Marc Bordigoni, ingénieur de recherche CNRS à l’Institut d’ethnologie méditerranéenne et comparative. Jérôme Weinhard, animateur du pôle juridique de la Fédération nationale des associations solidaires d'action avec les Tsiganes et les Gens du voyage (Fnasat), confirme que le choix du terme que l’on utilise pour désigner cette population est aussi souvent un choix politique.Plutôt que «Roms», c’est ainsi le terme «Tsiganes» qui est utilisé et accepté en France pour désigner cette population qui a en commun la langue romani, et que nous utiliserons pour cet article. Selon Marcel Courthiade, le mot «tsigane» désignait à l’origine une secte comprenant de nombreux Arméniens en Asie mineure, disparue au début du XIe siècle, à la même époque de l’arrivée des Roms, d’où la confusion entre les deux populations. Mais le terme s’étant vraiment développé lors de l’esclavage des Roms en Moldavie, et est péjoratif dans de nombreux pays balkaniques et slaves. Il est réapparu en France après la Seconde guerre mondiale, car il était utilisé par les nazis.
Les universitaires et les Tsiganes français font une distinction en limitant le mot «Gitans» aux Tsiganes de la péninsule ibérique et du sud de la France. Le terme est lui aussi souvent utilisé ou perçu de manière péjorative. Comme le rappelle Jérôme Weinhard, les mots changent souvent de sens selon ceux par qui ils sont prononcés ou le contexte dans lequel ils sont utilisés. Les manouches sont eux une branche de Tsiganes principalement présents dans l’est de la France depuis le début du XIXe siècle. Le terme romanichel signifie «le peuple Rom» en romani et serait théoriquement le meilleur terme à utiliser, mais encore une fois il a acquis une connotation très péjorative en France.
Pourquoi le terme «Gens du voyage» s’est imposé dans le vocable administratif français
Les termes «Roms» au sens de l’Union européenne ou «Tsigane» ne sont pas utilisés par les autorités françaises, justement parce qu’il qualifie une population sur des bases ethniques, ce qui est contraire à la constitution. «Gens du voyage» est le terme juridique et administratif qui désigne une catégorie de personnes dans le droit français. Cette catégorie administrative recouvre une grande diversité de personnes avec des situations économiques et des origines très diverses, dont des Français qui n’ont rien à voir avec les Tsiganes, des gitans etc. Par contre on n’y compte pas les roms au sens français du terme, qui sont des ressortissants de l’Union européenne, majoritairement Roumains et Bulgares arrivés pour la plupart en France après la chute du Mur.Le terme de «Gens du voyage» est notamment utilisé dans la loi qui définit les obligations pour les communes de plus de 5.000 habitants de disposer d’aires d’accueil pour cette population.
La confusion entre les «gens du voyage» et les Tsiganes vient en partie de cette spécificité française qui interdit à l’administration de qualifier une partie de la population sur des critères ethniques. Au début du XXe siècle, le gouvernement français veut surveiller les Tsiganes qui sont alors victimes des pires préjugés, comme en témoigne cet extrait des débats au Sénat du 10 mars 1911 cité par le blog Combat pour les droits de l’homme du Monde, mais sans utiliser un terme ethnique.
L’appellation «nomades» est alors officiellement utilisée, et la loi du 16 juillet 1912 leur impose un carnet anthropométrique obligatoire qui contient des informations telles que l'envergure, la longueur et la largeur de la tête, la longueur de l'oreille droite, la longueur des doigts médius et auriculaires gauches, celle de la coudée gauche, celle du pied gauche, la couleur des yeux ou encore la forme du nez.
Plus tard, ce fichage a été utilisé par le régime de Vichy, qui a interdit le nomadisme et enfermé les nomades, soupçonnés d’espionnage, dans des camps d’internement un peu partout en France, alors que le régime nazi persécutait les Tsiganes à travers l’Europe. Après cette persécution, le mot «nomades» est devenu inutilisable, et remplacé par le néologisme «Gens du voyage» avec la loi du 3 janvier 1969, qui remplace également le carnet anthropomorphique par un livret de circulation.
Les «gens du voyage» pas d’accord entre eux sur le terme «gens du voyage»
Si le problème de la dénomination des populations tsiganes ou romani est si compliqué, c’est aussi parce qu’elles ne s’accordent pas entre elles sur les termes et leur définition.Dans une tribune coécrite dans les colonnes de Libération, Stéphane Lévêque, président de la Fnasat, explique également qu’il s’oppose à l’erreur faite par Nicolas Sarkozy, qui «consiste à identifier «gens du voyage» et «Roms». Or la première appellation renvoie à une classification administrative française relative à un mode d’habitat «constitué de résidences mobiles» (loi du 5 juillet 2000) ; tandis que les Roms sont des ressortissants des pays de l’Est, sédentaires dans leur grande majorité.»
Pourtant, un texte présenté par des représentants d’associations rroms et Tsiganes et des personnalités de cette communauté à l’Assemblée Nationale demandait l’abandon de l’utilisation du terme «gens du voyage»:
«En France, l'appellation « gens du voyage» désigne, dans le vocabulaire de l’administration et souvent de la population française, notre population. Nous ne nous reconnaissons pas nous-mêmes sous cette appellation d’un point de vue humain, culturel et identitaire. Tenant compte de ce qui précède, lorsque l’appellation “Gens du voyage” se substitue aux mots Tsiganes, Manouches, Gitans, Roms, Sinté ou Yéniches pour désigner nos populations respectives à des fins d’hostilité, dépréciatives, discriminatoires, ou racistes à notre égard, nous exigeons que cet acte soit considéré comme de l’antitsiganisme et/ou de la tsiganophobie, et soit systématiquement dénoncé et condamné publiquement par les autorités.»
Une partie des Tsiganes demande un statut officiel qui favoriserait «la promotion de notre patrimoine culturel et linguistique en tant que partie intégrante du patrimoine français», et que «la contribution de notre population, partie intégrante de la nation française depuis plusieurs siècles, et active sur les plans culturel, patrimonial, artistique, industriel, économique, sociologique, spirituel, écologique, agricole, celui du développement durable etc. soit dûment reconnue et mentionnée dans les livres scolaires.»
Les divisions au sein même de la population Rom se reflètent également dans l’attitude vis-à-vis des titres de circulation des «gens du voyage»: «certains veulent les conserver tandis que d’autres réclament une carte d’identité avec une adresse fixe», explique Pierre Hérisson, qui rajoute que «s’ils pouvaient se mettre d’accord entre eux cela nous arrangerait tous.»
Si la complexité de la question des vocables des Roms et des Tsiganes peut pousser à accorder éventuellement un peu d’indulgence aux politiques qui s’emmêlent les pinceaux dans les termes, elle n’explique pas tous les amalgames. Le gouvernement français a relayé au niveau européen ses préoccupations concernant la délinquance des Roms suite aux évènements de Saint-Aignan à travers son secrétaire d'Etat aux affaires européennes Pierre Lellouche lundi 26 juillet. «Il n'est pas question de stigmatiser une communauté ou des Etats, a indiqué le ministre. Mais nous sommes confrontés à un réel problème et le temps est venu de s'en occuper,» évoquant la forte progression («plus de 150 % à Paris») de certains faits de délinquance commis par des mineurs roumains. Pierre Lellouche a sans doute oublié que moins de 10% des Roms (au sens européen et de l’Union romani internationale) de France sont des Roumains, tandis que les Roms ne représentent qu’une minorité des 120.000 citoyens roumains habitant en France. Il y a encore du travail…
Grégoire Fleurot








