A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

dimanche 19 mai 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (7)


C’était compter sans la comète ! Une comète d’une grosseur prodigieuse, dont la longue queue balaya le ciel de 1664 pendant quinze jours. Tout le monde était épouvanté et l’on ne pouvait que prévoir de funestes événements.
Pourtant la Fronde s'éloignait, Mazarin était mort depuis trois ans, Fouquet emprisonné. Louis XIV s’affirmant comme monarque absolu, commençait la transformation de Versailles et allait faire  du modeste rendez-vous de chasse de son père, un des plus beaux palais d’Europe. Colbert devenait ministre d’état et surintendant des Bâtiments Royaux, tandis que Louvois était nommé secrétaire d’Etat à la Guerre et Dieu sait qu’il allait avoir à faire. Une révolte contre la gabelle éclatait dans les Landes tandis que chez nous, on apprenait pourquoi monsieur de Majenville, vice-bailly de Chartres n’avait pu porter secours à son ami Saint-Bonnet. Homme d’esprit, fort intelligent, adroit aux armes , bon et intrépide cavalier, apprécié de la Cour, bref, ce parfait homme de qualité était accusé de vol et pire de fabriquer de la fausse monnaie.
Voici comment on découvrit l’affaire.
Monsieur de Majenville avait une servante qui allait à confesse. Le prêtre, dénommé Lair à qui elle confia savoir que son maître trafiquait les monnaies refusa de lui donner l’absolution. Furieuse, elle ne put s’empêcher de s’en plaindre de telle sorte que Majenville apprit que le prêtre était au courant de ses manigances.
Le Vice-Bailly, prenant prétexte que Lair tirait sur ses pigeons et détenait des armes sans autorisation, le fit emprisonner. Et comme un prisonnier peut encore parler, Majenville paya le geôlier pour qu’il assassine en douceur le malheureux prêtre. Mais le pauvre homme avait des amis ; on commença à beaucoup parler, du sort du curé et des raisons pour lesquelles il en était là. Majenville allait employer les grands moyens ; un nuit, alors que toute la ville dormait, il fit enfumer le cachot et Lair mourut asphyxié. Mais avant de trépasser, il eut le temps de dénoncer le vice-bailly et de clamer qu’il mourait pour avoir dit la vérité. Il fut entendu de prisonniers des cellules voisines et d’autres témoins. Le lendemain matin, on le trouva mort, à genoux et serrant son bréviaire. Il eut droit à d’honorables funérailles et quelqu’un sur sa tombe fit mémoire d’une prophétie de Nostradamus qui disait :
En l’an 1664,
Lair sera étouffé en prison de Chartres
Le geôlier assassin fut arrêté, mis aux fers et soumis à la torture il avoua toute l’affaire , après quoi, il fut condamné à être rompu.
Majenville donc, fut découvert et obligé de fuir au plus vite ; sa fausse monnaie circulait un peu partout et l’affaire portée devant le Roi, le monarque le fit poursuivre par le Prévôt fortement escorté. Des barrages furent établis avec ordre de vérifier les identités de tous les voyageurs ; on placarda des affiches avec outre le nom de Majenville, celui de son beau-frère, le Sieur de Sainte-Agnès et d’encore un autre beau-frère. Tous furent pendus en effigie. Peine perdue, on ne revit jamais aucun des trois compères. Ce qui se montra souvent en revanche, ce sont leurs faux louis de trente sols chacun qu’on appela des « Vice-Bailly ».
Si ce vice-bailly avait disparu, on entendit encore parler de lui et pour apprendre d’autres de ses exploits.
Son successeur, un nommé La Louvery arrêta un de ses anciens valets nommé Courville . Torturé et condamné à être rompu vif en place publique à Chartres confessa cette histoire.
Majenville et ses complices avaient attaqué un chariot convoyant de l’argent royal dans a région de Lyon. Le coup fait, le vice-bailly galopa à bride abattue et réussit à arriver à Paris avant le messager de la mauvaise nouvelle. Il était donc à la cour pour entendre le récit de l’échauffourée et c’est à lui, le chef des voleurs, que fut donné l’ordre d’enquêter et de poursuivre les brigands.


samedi 18 mai 2013

Le bouquet du samedi


D'autres bouquets, d'autres fleurs, d'autres images chez AMARTIA

jeudi 16 mai 2013

On a retrouvé le squelette de Henri IV




En effet le "Bon Roi Henri " affirmait que:  "jusqu'à 40 ans, j'ai cru que c'était un os!"

mercredi 15 mai 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (6)


Montreuil sûr de lui, les mains aux hanches s’avança dans la cour prétendant parvenir à amener La Noë et les siens à se rendre : mal lui en prit. La Noë retranché dans le grenier, visant par un trou du toit, d’un seul coup de pistolet resté fameux, cassa la tête de Montreuil, le bras d’un sieur Defern et creva l’œil d’un troisième.
Chateaudacier, quand on vint lui apprendre la mort de Monsieur de Monteuil entra dans une rage folle que l’épouse de Pronsac ne contribua guère à calmer. « J’en suis bien aise ! » dit-elle en entendant le messager. Chateaudacier lança une bordée de jurons et lui répliqua :  « Mon neveu et mort et ton mari va y passer ! » Là-dessus, il s’empare d’un pistolet et le décharge dans la tête du malheureux Pronsac toujours lié et garrotté dans une chambre voisine.
Pronsac liquidé, le tour de La Noë était venu. Retranché sous les toits dont plus une tuile n’était entière, il était devenu une cible facile. Il ne trouva pour bouclier qu’une sorte de grand plat d’étain ; un seul coup en vint à bout.
Comme il ne tirait plus ni ne se montrait, les assaillant s’enhardirent, cassèrent les portes et mirent la maison à feu et à sang. Seuls réchappèrent un nommé Vaugrain et un nommé Lejouffac, qui parvinrent à s’enfuir.
Un certain Dumoulin se laissa tuer comme un crapaud, sans se défendre ; les frères Duprez, Lafleur, cuisinier de monsieur de Manou et un nommé Lalandre, restèrent sur le terrain. On entassa les corps avec ceux de la Noë et Pronsac dans une charrette. Ils furent conduits à Dreux puis à Paris où on les enterra au cimetière des Innocents.
Après qu’ils eurent fini de ramasser les morts, force fut aux conjurés de constater que l’affaire pour eux n’était pas terminée : Saint Bonnet l’aîné courait toujours et allait certainement chercher à venger ses frères.
Le maréchal de Senneterre désireux de remettre un peu d’ordre dans la pays et ayant appris que Saint Bonnet était parti aux trousses de Chateaudacier, réfugié à Marville, se rendit sur place pour tenter une médiation. Il présenta d’abord ses condoléances à Saint Bonnet et lui demanda de tourner la page ; continuer la lutte ne lui rendrait pas ses frères. Saint Bonnet lui représenta la douleur où il était d’avoir les avoir perdu si brutalement, l’un au gué des Graviers et l’autre froidement exécuté par Chateaudacier. Senneterre alors, prit l’engagement d’obliger ses adversaires à le laisser en paix, si lui-même faisait un geste de conciliation. Seul désormais, il ne pouvait qu’accepter ; on fit alors sortir Chateaudacier de la chambre où il s’était calfeutré. Les deux adversaires se donnèrent l’accolade et on put espérer que l’affaire terminée, le pays allait retrouver un peu de calme.



Sidney Bechet - Rose de Picardie

lundi 13 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (5)


Vous trouverez les premiers épisodes, colonne de droite, rubrique "Quelle Histoire", libellé Saint-Bonnet.

Donc à Blévy, le manoir des Saint-Bonnet était en état de siège. Monsieur le maréchal de Senneterre fit amener deux pièces de canon ce qui épouvanta les assiégés. Mr de Pronsac voyant cela perdit courage ; seul le chevalier de la Noë semblait continuer à vouloir à se défendre comme un diable. Cependant, profitant de l’abattement de Pronsac déconcerté, il prit conseil des autres assiégés. Ils s’entendirent pour soint livrer Pronsac, soit le jeter par la fenêtre. Mme de Pronsac qui les avait entendus dit à son mari prostré , la tête entre les mains :
-« Mon mari, le chevalier de la Noë conspire votre mort ; rendez vous et faites confiance en la justice du Roi »
Pronsac se rendit à son avis et sortit avec elle, sa sœur, sa belle-sœur et ses enfants dont un qu’il portait dans ses bras. A peine dehors, il fut lié et garrotté comme un criminel et emprisonné dans la maison d’une demoiselle Fons. Quatre hommes furent postés pour le garder et les autres continuèrent le siège.
Tout ceci n’était que fourberie. Bien avant que Pronsac n’envisage de se rendre, les assiégeants voyant qu’ils allaient manquer de poudre et de boulets avaient offert à La Noë la vie sauve pour lui et ses pairs s’il livrait Pronsac.
Aussi, une fois Pronsac hors de combat, La Noë leur dit :
-«  Hé bien ! Messieurs, vous avez Pronsac ; tenez votre parole ! »
Ils refusèrent au motif que l’un d’entre eux, Boisclair n’était pas d’accord. Il avait ses raisons : La Noë lui avait enlevé sa femme ! Aussi dès le début de l’échauffourée, il avait offert au président de Dreux, à Chateaudacier et aux autres conjurés 3000 livres pour que La Noë soit tué au cours de l’affaire
Ulcéré La Noë se barricada dans le manoir et aidé des valets qui restaient se mit à tirer sur les assiégeants. Comme ces derniers étaient  à cours de munitions, ils mirent le feu à la grange, aux bergeries, aux écuries, dans tous les corps de bâtiment à l’exception de ceux où ils étaient retranchés à l’abri des coups d’arquebuse.
La Noë bien muni de poudre, de plomb et de vivres pouvait tenir un bon moment.
Il fallait pour en venir à bout donner l’assaut et parvenir au logis principal. A coup de pics, de houes et de tous les instruments qui leur tombaient sous la main, les assaillants ouvrirent un brèche dans la muraille.

samedi 11 mai 2013

Le Chat sur un toit pas trop chaud


Pour une fois, ce n'est pas moi qui ai pris la photo; je vous présente un des chats de mon frère surpris par son papa...




jeudi 9 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (4)


Pendant l’échauffourée, Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné se trouvait à Maillebois. Un gentilhomme de ses amis vint l’avertir qu’un de ses frères était tombé au gué des Graviers et que l’autre était en fuite. Il sauta à cheval et, suivi de son valet Lachapelle, partit au galop en direction de

Blévy. Avant d’arriver à son manoir, il se retourna et vit six cavaliers lancés à sa poursuite ; il obliqua et prit la fuite en direction de Chateauneuf, sans parvenir à semer ses poursuivants. Arrivé près d’Hauterive, il ordonna à son valet de faire volte-face.
Les assaillants, se virent face à deux hommes résolus et armés de mousquets. Ils connaissaient l’adresse et la bravoure proverbiales de Saint-Bonnet, aussi jugèrent-ils plus prudent de faire demi-tour et de les laisser gagner la forêt.
Cependant les conjurés constataient que leur projet d’assassiner les trois frères ne se déroulait pas comme prévu. Deux restaient qui allaient certainement chercher à venger la Hillière, celui qui était tombé au gué des Graviers. Ils les savaient trop forts et trop adroits pour espérer les vaincre s’ils n’étaient pas en nombre, aussi résolurent-ils de ne les affronter que  groupés.
Pourtant, une dizaine de jours plus tard, l’un d’entre eux, un  fils de Monsieur de La Chaussée, eut affaire au Rouvray. Les Saint- Bonnet qui le guettaient, le poursuivirent et lui donnèrent bien de l’épouvante. Il avait un bon cheval, aussi parvint-il à s’enfuir et à sauver sa vie. Mais l’aventure servit de leçon aux autres qui plus que jamais se jurèrent de ne pas se séparer.
Monsieur de Saint-Bonnet, son frère Pronsac et le chevalier de la Noë, pour leur part se préparaient à tenir bon, retranchés dans leur maison de Blévy.
 Montreuil, qui était cornette dans un régiment de cavalerie, partit un vendredi chercher du renfort dans la garnison proche, pour venir soutenir les assiégeants. Voyant arriver la troupe,  les gentilshommes des alentours surgirent en nombre et de tous côtés. Ils étaient bien trois cent pour assiéger huit hommes, maîtres et valets confondus, retranchés dans la maison Saint-Bonnet.
Saint-Bonnet l’aîné, qui avait plus d’esprit et de conduite que les autres, avait pu sortir  discrètement et gagner Manou, près de Belhomert où il avait pour ami Monsieur de Majenville, vice-bailly de Chartres. Il espérait avec son aide, faire lever le siège de sa maison et délivrer son frère et le chevalier de la Noë.
Saint-Bonnet et Majenville réunirent près de deux cents hommes. Ils se mettaient en route pour Blévy, quand un ordre intervint interdisant au vice-bailly de se mêler de cette affaire qui empêchait la levée des deniers du Roi. La troupe dut se disperser. Il faut dire que Saint-Bonnet, avait mal choisi son allié ; Majenville entamait un période de disgrâce qui le conduirait moins d’un an plus tard à de graves accusations, dont celle de faire de la fausse monnaie… mais ceci est une autre histoire.

mardi 7 mai 2013

Ces Messieurs De Saint -Bonnet (3)



Les Saint-Bonnet, fêtards et bons garçons, mais hâbleurs, outrecuidants, tapageurs en un mot, ne comptaient pas que des amis dans leur paroisse et celles des environs.
Or, il arriva, -c’était en 1662 dit la chronique-,  Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné étant absent, que ses deux frères plus jeunes,  messieurs de Pronsac et de la Hillière, étaient réunis chez leur ami, le chevalier de la Noë. On les avertit qu’un parti d’environ quarante gentilshommes étaient rassemblés à Fontaine les Ribouts, chez le sieur Chateaudacier, dans la ferme intention d’en découdre avec ces messieurs et de les envoyer rejoindre ceux, parfois de leur parentèle, qui, à leur contact, avaient été frappés de « mort subite ».
Un des fils du chevalier de la Noë, Monsieur de Montreuil, s’était rangé aux côtés des conjurés ; il se mit en embuscade à Blévy, près de la maison des Saint Bonnet. Les autres prirent le chemin du manoir de la Noë, qui était situé un peu avant le village, sur la route de Dreux
Monsieur de Pronsac comprit aussitôt que son adresse et sa vaillance ne pourraient rien contre le nombre.  Son cheval et celui de son frère étaient des meilleurs de leur écurie qui était une des meilleures de la région.
-« A cheval, mon frère, dit-il à la Hillière, c’est notre seule chance ! »
Leur adresse et leur fougue les aidèrent à forcer le passage tenu par Mr de Montreuil  à l’entrée de Blévy.
 Cependant le reste des assaillants tenaient toutes les rues du village. Il ne leur restait qu’une issue non gardée car pratiquement infranchissable : le gué du Moulin des Graviers sur la Blaise et la côte presque à pic qui se trouvait derrière. Pronsac passa le gué sans encombre, mais le cheval de La Hillière, affolé sans doute par les coups de mousquet regimba et se démena tant que son cavalier tomba à l’eau.
Les poursuivants, rejoints par ceux qui venaient de Fontaine ne lui laissèrent aucune chance. L’infortuné, criblé de balles perdit la vie au milieu du gué.
Pendant ce temps, Pronsac avait réussi l’exploit de faire gravir la côte à son cheval, espérant de là gagner la plaine. Mais arrivé en haut, des hommes l’attendaient ; il demanda quartier ; il lui fut refusé. Alors, d’un habile coup d’éperon, il fit cabrer et pirouetter son cheval. Les sabots menaçants lui ouvrirent un passage. Sous l’affolante pétarade des mousquets, cheval et cavalier prirent  la plaine au grand galop en direction de Jaudrais et disparurent à l’horizon.




samedi 4 mai 2013

Blévy


Quelques vues de Blévy où ont sévi "Ces Messieurs de Saint Bonnet". Le portail rouge est celui de ce qui fut leur manoir; près du lavoir, c'est le gué où le premier d'entre eux a perdu la vie. La maison à colombages date du XVI° siècle, comme l'église qu'a peint Utrillo... d'après carte postale, il n'est jamais venu ici. Le petit oratoire se nomme une "mariette". Il faudra qu'un jour je vous parle de ces "mariettes"...


vendredi 3 mai 2013

Araignée du plafond



 
Pour ceux qui ont peur des araignées, ouvrir avec précautions... car celle qui court sur l'écran, on la croirait vivante... Ouvrez le site ci-dessous et vous  aurez une surprise. Lisez les instructions ci-dessous d'abord...
(1) Attrapez l'araignée avec la souris et amenez la oùvous voulez, aussi vous pouvez la tenir par une de ses pattes et la tirer n'importe où sur l'écran. Dites moi que cette araignée n'est pas vivante !!!
(2) Placez la souris n'importe où sur la carte et appuiez sur la barre d'espace, un petit insecte sera posé. Regardez l'araignée aller manger ces insectes qui disparaissent (en présence de plusieurs insectes elle commence par le plus rapproché)!!! (Vous pouvez aussi donner des insectes à manger par double clic)…

John Lennon - Give Peace A Chance

dimanche 28 avril 2013

Silvio Berlusconi renversé par Giuseppe Verdi

Claude nous informe..


Le 12 mars dernier, Silvio Berlusconi a dû faire face à la réalité. L’Italie fêtait le 150ème anniversaire de sa création et à cette occasion fut donnée, à l’opéra de Rome, une représentation de l’opéra le plus symbolique de cette unification : Nabucco de Giuseppe Verdi, dirigé par Riccardo Muti.


Nabucco de Verdi est une œuvre autant musicale que politique : elle évoque l'épisode de l'esclavage des juifs à Babylone, et le fameux chant « Va pensiero » est celui du Chœur des esclaves opprimés. En Italie, ce chant est le symbole de la quête de liberté du peuple, qui dans les années 1840 - époque où l'opéra fut écrit - était opprimé par l'empire des Habsbourg, et qui se battit jusqu'à la création de l’Italie unifiée.

Avant la représentation, Gianni Alemanno, le maire de Rome, est monté sur scène pour prononcer un discours dénonçant les coupes dans le budget de la culture du gouvernement. Et ce, alors qu’Alemanno est un membre du parti au pouvoir et un ancien ministre de Berlusconi.
  Cette intervention politique, dans un moment culturel des plus symboliques pour l’Italie, allait produire un effet inattendu, d’autant plus que Sylvio Berlusconi en personne assistait à la représentation…

   Repris par le Times, Riccardo Muti, le chef d'orchestre, raconte ce qui fut une véritable soirée de révolution : « Au tout début, il y a eu une grande ovation dans le public. Puis nous avons commencé l’opéra. Il se déroula très bien, mais lorsque nous en sommes arrivés au fameux chant Va Pensiero, j’ai immédiatement senti que l’atmosphère devenait tendue dans le public. Il y a des choses que vous ne pouvez pas décrire, mais que vous sentez. Auparavant, c’est le silence du public qui régnait. Mais au moment où les gens ont réalisé que le Va Pensiero allait démarrer, le silence s’est rempli d’une véritable ferveur. On pouvait sentir la réaction viscérale du public à la lamentation des esclaves qui chantent : « Oh ma patrie, si belle et perdue ! ».


  Alors que le Chœur arrivait à sa fin, dans le public certains s’écriaient déjà : « Bis ! » Le public commençait à crier « Vive l’Italie ! » et « Vive Verdi ! » Des gens du poulailler (places tout en haut de l’opéra) commencèrent à jeter des papiers remplis de messages patriotiques – certains demandant « Muti, sénateur à vie ».

Bien qu’il l’eut déjà fait une seule fois à La Scala de Milan en 1986, Muti hésita à accorder le « bis » pour le Va pensiero. 

  Pour lui, un opéra doit aller du début à la fin. « Je ne voulais pas faire simplement jouer un bis. Il fallait qu’il y ait une intention particulière.  », raconte-t-il.


   Mais le public avait déjà réveillé son sentiment patriotique. Dans un geste théâtral, le chef d’orchestre s’est alors retourné sur son podium, faisant face à la fois au public et à M. Berlusconi, et voilà ce qui s'est produit :


   [Après que les appels pour un "bis" du "Va Pensiero" se soient tus, on entend dans le public : "Longue vie à l'Italie !"]

   Le chef d'orchestre Riccardo Muti : Oui, je suis d'accord avec ça, "Longue vie à l'Italie" mais...

    [applaudissements]



   Muti : Je n'ai plus 30 ans et j'ai vécu ma vie, mais en tant qu'Italien qui a beaucoup parcouru le monde, j'ai honte de ce qui se passe dans mon pays. Donc j'acquiesce à votre demande de bis pour le "Va Pensiero" à nouveau. Ce n'est pas seulement pour la joie patriotique que je ressens, mais parce que ce soir, alors que je dirigeais le Choeur qui chantait "O mon pays, beau et perdu", j'ai pensé que si nous continuons ainsi, nous allons tuer la culture sur laquelle l'histoire de l'Italie est bâtie. Auquel cas, nous, notre patrie, serait vraiment "belle et perdue".

  [Applaudissements à tout rompre, y compris des artistes sur scène]

  Muti : Depuis que règne par ici un "climat italien", moi, Muti, je me suis tu depuis de trop longues années. Je voudrais maintenant... nous devrions donner du sens à ce chant ; comme nous sommes dans notre Maison, le théatre de la capitale, et avec un Choeur qui a chanté magnifiquement, et qui est accompagné magnifiquement, si vous le voulez bien, je vous propose de vous joindre à nous pour chanter tous ensemble.
    C’est alors qu’il invita le public à chanter avec le Chœur des esclaves. « J’ai vu des groupes de gens se lever. Tout l’opéra de Rome s’est levé. Et le Chœur s’est lui aussi levé. Ce fut un moment magique dans l’opéra. »
  « Ce soir-là fut non seulement une représentation du Nabucco, mais également une déclaration du théâtre de la capitale à l’attention des politiciens. »



vendredi 26 avril 2013

Jehanne


En Avril nuées
En Mai rosées.




Imaginons un instant qu’un adolescent de sexe indéterminé insiste pour être reçu à l’Elysée ; des messages intergalactiques lui seraient parvenus, lui enjoignant de communiquer au président en exercice les moyens efficaces de résoudre la crise financière, les problèmes d’emploi, la violence des banlieues et le réchauffement climatique.
Parviendrait-il à son but ?
Certainement pas !
Il serait sans doute reconduit à sa famille avec mission pour celle-ci de la garder soigneusement au calme en vérifiant bien les substances qu’il roule dans ses pétards.
Réjouissons-nous ! C’est que la France est beaucoup moins malade qu’au XV° siècle.
En ce temps-là, une jeune campagnarde répondant à des « voix », est parvenue – non sans insistance, il est vrai- jusqu’au roi de France ; elle se nommait Jeanne, elle n’avait pas vingt ans, aucune expérience du métier des armes.
Pourtant, le 29 avril 1429, avec l’armée royale rassemblée autour de sa bannière déployée représentant le Christ environné de fleurs de lys, et précédée du clergé chantant le Veni Créator, elle escorte un convoi de vivres destiné a ravitailler Orléans .
A la barbe des « godons » qui assiègent la ville depuis octobre de l’année précédente, elle franchit les lignes de défense et s’en va prier à la cathédrale.
Le 8 mai,  le siège est levé.
Christine de Pisan, réfugiée dans un couvent de Poissy pour fuir les massacres qui ensanglantent Paris qu’elle aimait tant et aussi pour n’avoir pas à choisir entre la France à laquelle elle est toujours restée fidèle et le duc de Bourgogne à qui elle doit sa notoriété, pourra juste avant sa mort écrire ses derniers vers à la gloire de celle qui rassemble  ce qu’elle a toujours chanté : la valeur des femmes et la chevalerie :

Ditié de Jeanne d’Arc

Moi, Christine, qui ai pleuré
Onze ans en abbaye fermée,…
…Maintenant pour la première fois je me prends à rire.

L’an mil quatre cent vingt et neuf
Reprit à luire le soleil ….


…Toi, Jehanne, à bonne heure née,
Béni soit qui te créa !
Pucelle de Dieu envoyée
En qui l’Esprit Saint rayonna
Sa grande grâce ; et qui eus et as
Toute largesse en son haut don,
Jamais quête ne refusas…

….Oh ! Comme alors cela bien parut
Quand le siège était à Orléans,
Où en premier lieu sa force apparut !
Jamais miracle, ainsi que je pense
Ne fut plus clair ; car Dieu aux siens
Vint tellement en aide, que les ennemis
Ne se défendirent pas plus que chiens morts.
Là furent pris ou à mort mis.

Hé ! Quel honneur au féminin
Sexe ! Que Dieu l’aime il parait bien,
Quand tout ce grand peuple misérable comme chien
Par qui tout le royaume était déserté
Par une femme est ressuscité et a recouvré ses forces
Ce que hommes n’eussent pas fait,
Et les traîtres ont été traités selon leur mérite,
A peine auparavant l’auraient-ils cru.

Une fillette de seize ans
(N’est-ce pas chose hors nature ?)
A qui armes ne sont pesant.
Mais il semble que son éducation
Ait été faite à cela, tant elle y est forte et dure ;
Et devant elle vont fuyant
Les ennemis que nul n’y dure
Elle fait ce maints yeux voyant.



Et d’eux va France désencombrant
Et recouvrant châteaux et villes
Jamais force ne fut si grand
Et de nos gens preux et habiles
Elle est principal capitaine ;
Telle force n’eut Hector ni Achille
Mais tout ce fait Dieu, qui la mène.


Christine eût la grâce de mourir avant de connaître le sort funeste réservé à son héroïne, par celui contre qui elle-même eût à lutter : l’évêque de Beauvais, Pierre Cauchon.

Pouvoirs dans les Contes
Chat au jardin.