A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

lundi 20 avril 2020

Le chat et le merle


Les merles sifflent à cœur joie et sautillent de trilles en roulades. Le jeune Mimile tapi dans l’herbe les observe ; ce sont de beaux jouets, il voudrait bien en attraper un mais le merle est malin. Il anticipe le bond du petit fauve et va le narguer sur une branche basse du noisetier. Mimile saute, le merle saute aussi plus haut. Mimile grimpe sur les branches de plus en plus frêles et je me souviens de Pompon.

Pompon je ne l’ai pas connu mais il fut un des ces chats légendaires dont les familles gardent la mémoire. Il était noir et très poilu. Les gens du quartier l’avaient surnommé le « Chat en Culottes de Golf ». Il avait coutume de somnoler sur le rebord de la fenêtre de la cuisine. Si je n’ai pas connu Pompon, j’ai bien connu les lieux.

Donc Pompon dormait au soleil, comme dorment les chats avec vigilance. Un merle, toujours le même venait lui siffler aux oreilles,  perché sur la rambarde de la fenêtre. Pompon frémissait des moustaches, dressait les oreilles mais avant qu’il ait pu ouvrir les yeux, le merle avait sauté sur le mur qui séparait notre jardin de celui des voisins, à peine un mètre plus bas. Pompon bien réveillé ajustait un bond mais avant qu’il ait atterri, le merle avait reculé. Alors, le merle sautant et le chat rampant les deux progressaient jusqu’à un érable au feuillage panaché jaune et vert. Oui l’arbre, je l’ai connu. Un arbre vit plus longtemps qu’un chat.

Et là commençait une lente progression de branche en branche vers les hauteurs jusqu’au moment où le chat, prédateur oubliant toute prudence et son poids qui était m’a-t-on raconté respectable pour un chat, atteignait les branches trop minces et dégringolait jusqu’au pied de l’arbre tandis que le merle s’envolait en sifflant un air de victoire.

mardi 25 juin 2019

Violence

Sur l'espace d'un ami, je découvre qu'il existe une sorte de baromètre de la violence "envers les femmes". C'est sans nul doute fort utile mais la violence est reversible. Il existe des hommes battus ou martyrisés moralement; il en existe aussi qu'on prive du droit de voir leurs enfants sans aucune cause légitime autre que l'acrimonie d'une ex épouse.
Alors si les femmes veulent l'équité et elles ont bien raison qu'elles prennent garde à l'injustice et qu'elles apprennent à régler leurs comptes ailleurs que dans les médias.
J'ai coutume de dire que je suis féministe depuis mon arrière grand-mère. Dans ma famille les hommes ont brillé par leur absence, qu'ils en aient été ou non responsables et les femmes ont du vivre et élever leurs enfants seules et fort bien, sans les droits qui ont été acquis depuis.
En moins d'un siècle, nous les femmes avons eu le droit de vote, de disposer d'un compte en banque , d'exercer un métier sans l'accord du conjoint . Ces deux derniers droits, ma mère ne les avait pas... mais elle a su

Bonne et heureuse Nouvelle Année!


Non, non, je n'ai pas fumé la pelouse. C'est juste que; alors que nous allons le 21 fêter la Saint Jean , la nuit la plus longue de l'année, les Amérindiens du Nord avec un grand bon sens ont constaté qu'à partir de cette date les jours raccourcissent et en conséquence , c'est le dernier jour de l'année.
Nous entrerons dès le 22, dans la Lune de la Grande Force du Soleil avec pour totem le Chevreuil...
Marchons dans l'Harmonie...

Philosophie du soir...



Le Bouddha que j’aime : hilare, le bedon rebondi, il danse joyeux ! Il me fait penser à Silène le … tiens c’est étrange, il n’y a pas de masculin pour nounou… donc, de Dionysos : deux joyeux drilles…
Pas comme l’autre les yeux baissés, un doigt levé réprobateur et indulgent parce que m’asseoir comme lui me fait mal aux genoux, mal au dos. Il me fait penser à ce Nablement qui a égratigné mon enfance parce qu’il faisait tout bien et pas moi : tiens-toi comme Nablement, parle comme Nablement, marche comme Nablement, mange comme Nablement !
Qui était donc ce Nablement si parfait ? On répondait à cette question dans le meilleur cas par le sarcasme : comment peut-on être si cruche ?... soit par la punition pour insolence : « et en plus tu te fous de nous ? »
Faute d’avoir rencontré Nablement, j’ai fait comme j’ai pu avec un arrière- ressenti de culpabilité permanente qu’une éducation plus ou moins catholique n’a pas atténuée…
Les pensées orientales m’ont attirée, mais là encore tout un tas d’interdits m’ont gâché la vie. Pourquoi la spiritualité doit-elle s’accompagner de privations de toutes natures ?
Pourquoi faut-il méditer dans certaines positions, à certains moments ? Tout comme Mr le Curé qui prétendait nous faire prier le dimanche à 10 heures dans une église sombre alors que le soleil brille dehors ? Mais le Sacré est partout, et à toute heure : le jour, la nuit, en été en hiver… dès qu’on est disponible, il se montre.
A présent, même la vie quotidienne est semée d’interdits. Tout ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour sauver la planète ! Respirer même pollue et péter, je n’en parle pas… Ca de toute façon c’est interdit en société quelles que soient les chapelles.
Ne plus manger ci mais plutôt ça, un vrai casse-tête en cuisine sans compter le déchirement quand on réalise que ce saucisson qui fait tant envie fut il y a peu un charmant cochon ! Et quand on a une fois et même plusieurs (toujours ce sentiment de n’en pas faire assez) tenté de cuisiner et manger du tofu,on se dit qu’après tout l’Enfer est bien chauffé et que ce n’est pas pour toute suite.
Alors, sur le chemin de la perdition, on rencontre ce joyeux Bouddha qui danse, on réalise que la vie peut encore être belle et on poursuit le chemin avec ce chant de guérison des amérindiens Navajo :
Avec la beauté devant moi, je marche.
Avec la beauté derrière moi, je marche.
Avec la beauté au-dessus de moi, je marche.
Avec la beauté tout autour de moi, je marche

dimanche 21 avril 2019

Le Vautour de la Sierrra (6)

Une fois de plus, don Quebranta dévisagea l’Anglais, dont ses yeux perçants fouillèrent les prunelles.
Sir Gevil soutint le regard, froidement, sans crainte ni curiosité.
Le Quebranta avait vu tant de loques humaines trembler sous cet examen, que la sérénité de sir Gevil finit par l’intéresser.
Son œil s’adoucit et il reprit après une pause :
- Jamais je ne suis revenu sur ce que j’ai dit… Je m’en fais gloire. Je vous laisserai écrire à tous ceux qui s’intéressent à vous et dès que j’aurai reçu votre rançon, vous serez libre.
- Si vous voulez de l’argent, il me faut du temps, répondit sir Gevil. Je n’ai que ma pension, je vous ‘ai dit… Tout ce que je puis faire, c’est de demander à mon paus de l’échanger contre un capital…
- Cela arrange tout et votre gouvernement paiera, dit le Quebranta visiblement satisfait. L’Angleterre se ferait scrupule de perdre un de ses bons serviteurs.
- Un gouvernement se soucie d’un retraité comme vous d’un vieux vêtement. Mais qu’importe ! Si je suis ici, c’est par ma faute. J’étais prévenu et j’accepte les conséquences de ma maladresse.
-Dirons-nous cent mille francs ? interrogea don Quebranta comme pour attendre le marchandage du prisonnier.
-Oui, et restons-en là, dit l’Anglais d’un ton qui arrêtait toute discussion. Mais je crains fort que vous ne voyiez jamais cette somme. On calculera la durée probable de ma vie et le chiffre que vous fixez ne sera pas atteint. Vous en aurez peut-être les trois quarts.
-J’espère pour vous, dit l’Espagnol en martelant ses mots, j’espère, sir Gevil, que j’aurai tout. Ma désillusion aurait de graves conséquences… de redoutables conséquences.
L’Anglais ne dit pas un mot, ne fit pas un geste, laissant entendre que l’entretien devait se terminer. Don Quebranta se dressa alors, salua d’un coup de tête et rentra brusquement dans sa caverne.
Resté seul, Gevil Haye réfléchit un moment ; puis il écrivit au consul anglais de Malaga qui l’avait si bien mis en garde contre le tourisme dans la Sierra et il lui conta l’aventure.
« Proposez la combinaison que j’ai offerte, disait-il, et pressez les choses. J’espère vous revoir et vous serrer la main. »
Il cacheta sa lettre et attendit en rêvant.
Il s’était assis au seuil de la caverne et son regard perdu vers le lointain, suivait la molle ondulation des sapins qu’agitait la brise du soir.
Sir Gevil souhaitait autre chose que d’attendre le problématique résultat de sa démarche auprès du gouvernement anglais.
Il était dans la souricière, comment en sortir ?
Il songeait, non sans amertume, qu’il était faible, maintenant,  et que ses années d’action étaient passées… Son cerveau pensait et combinait avec la même puissance qu’autrefois ; mais il savait que pour un effort physique ses forces le trahiraient… Dure épreuve pour un homme de valeur, quand le corps trahit l’esprit !
Sir Gevil sentait son âme se révolter sourdement contre cette inéluctable impuissance. Il savair son cœur désormais incapable d’aimer ou de haïr et il connaissait encore l’angoisse des longs renoncements et des regrets impérissables.

mardi 16 avril 2019

Incendie


Voir la cathédrale en flammes et la flèche embrasée s’écrouler c’est une catastrophe qui bouleverse, qui sidère et pourtant … plus le malheur est grand moins il faut s’y complaire…
Dans la pensée des indiens Navajo, tout mal, toute maladie, toute douleur, toute destruction est une rupture de l’ « hozro », l’harmonie universelle à laquelle nous participons, dans laquelle nous baignons, qui nous fait vivre. Et quand cette harmonie est détruite, endommagée, il est urgent de la rétablir. Plus urgent que de trouver et punir qui est coupable de cette rupture.
Devant ce symbole de notre culture pas seulement chrétienne puisque la figure de la Vierge Marie est ce que nous avons fait des anciennes divinités représentant la terre nourricière. Le voile bleu et les épis de blé sont aussi les attributs de Déméter. Ne serait-ce pas cette Terre que nous maltraitons tant que nous avons vu brûler hier au soir ? Incendie qui frappe comme un avertissement ? Un avertissement indulgent puisqu’ il n’y a eu aucun mort et un seul blessé chez ceux qui se sont portés à son secours… indulgent car la cathédrale n’est pas détruite et elle pourra être réparée.
Elle sera réparée et aussi l’harmonie car on voit que nos responsables loin de chercher un coupable ne parlent que des moyens de restaurer Notre-Dame. On voit alors se profiler des chantiers, des emplois, des artisans, des artistes, tous unis pour travailler en beauté. L’argent  des plus modestes viendra grossir le fleuve de celui offert spontanément par les très riches.
Puisse cet incendie réchauffer les cœurs que notre civilisation pousse à l’indifférence aux autres. Alors on comprendra pourquoi il est bon de prier Notre-Dame.


Illustration : Céres par Simon Vouet

lundi 8 avril 2019

Mots d'auteur

"C'est d'autant plus rare que c'est pas fréquent..."



Moi

samedi 3 mars 2018

Entre chiens et loups-



Dans les friches industrielles et le long des voies de chemin de fer à Moscou, vivent des bandes de chiens errants qui cherchent leur pitance dans les décharges et les ordures ménagères.
Des observateurs ont constaté qu’au fil du temps et des générations, ils perdent peu à peu les caractéristiques que la sélection humaine leur a imposée. Leur pelage perd ses taches et ses couleurs pour devenir uniformément brun ou gris voire fauve, leurs yeux s’allongent en amande et ils ressemblent de plus en plus à leur ancêtre le loup.
De plus, comme chiens et loups ont un patrimoine génétique commun, ils peuvent se reproduire entre eux, ce qui engendre des « chiens-loups ». Ce n’est pas nouveau ; qui a lu Jack London se souvient de Croc-Blanc, fils d’une louve et d’un chien de traîneau (ou l’inverse, je ne sais plus).
Ces chiens métis sont dangereux car contrairement au loup, ils ne craignent pas l’homme auquel ils sont habitués. Un loup préférera toujours chercher sa subsistance dans la faune sauvage plutôt que de s’aventurer près de nous et de nos chiens qu’il craint et qui le détestent.
Pourquoi je vous raconte tout ça ?
A cause des problèmes que pose le retour du loup aux éleveurs de moutons. On ne peut que comprendre leur désarroi et leur colère à la vue de leurs moutons égorgés.
D’un autre côté, nous autres qui nous réjouissons de voir que la nature ne se laisse pas faire et qu’elle remet à sa place ce qu’on supprime trop radicalement, sommes heureux du retour d’un prédateur qui a son utilité. Sans rappeler les épidémies qu’il a évitées jadis en nettoyant les champs de bataille, il est gardien de la bonne santé des hardes de cervidés, des chevreuils en prélevant les moins armés pour la vie. Il régule aussi la prolifération de divers rongeurs. Les si gracieux lapins sont pour nos jardins un fléau que je ne crains pas de comparer au loup dans les parcs à moutons.
Et si le vrai coupable n’était pas le loup mais bien plutôt ces métis, ces « chiens-loup » qui ne peuvent pas quitter radicalement les facilités auxquelles l’homme les a habitués ?
Eleveurs, vous allez vous écrier : Voyons ! nous surveillons nos chiens !
Ce dont nous ne doutons pas !  Cependant les refuges de la SPA regorgent de chiens abandonnés et qui, livrés à eux-mêmes n’arrivent pas tous dans ces refuges. Nous autres qui soignons, aimons et surveillons nos chiens ne sommes jamais à l’abri d’une fugue dès lors que la nature parle trop fort. Ceux qui me connaissent savent que je veille mais je me souviens avoir couru et appelé des heures entières des épagneules King Charles. Vous me direz qu’il faudra du temps et de sérieux croisements pour qu’un King Charles puisse être pris pour un loup !
Deux border- collies vivent ici ; des chiens particulièrement obéissants et attachés à la maison. Pourtant la plus jeune des deux a fait un jour une fugue assez longue pour que je juge utile d’avertir la gendarmerie. A mon retour, la vagabonde était tranquillement couchée devant la porte. Elle était en chaleurs, et s’il y avait eu un loup dans les parages, elle aurait eu largement le temps de se faire engrosser et j’aurais été bien avancée avec des chiots « si mignons » mais potentiellement dangereux.
J’ai aussi le souvenir d’avoir été suivie en plein Paris, rue François 1°, dans le 8° arrondissement, par un griffon korthal épuisé, demi mort de faim et de soif, aux coussinets en sang. Grâce au tatouage, on a pu retrouver à Rueil Malmaison, sa famille qui le cherchait depuis 48 heures. Lui aussi aurait pu engendrer des métis… Heureusement les loups (enfin ceux dont il est question ici) sont encore loin de Paris.
Ces exemples pour montrer que la surveillance des chiens n’est pas toujours évidente.
Aussi il me semble qu’avant de statuer sur le devenir du loup dans notre pays, il faudrait peut-être se poser la question du chien retourné à l’état sauvage.
Et si c’était lui le vrai coupable ?


vendredi 2 mars 2018

Les Trois Bigoudis de Clémentine-



Les cheveux châtain clair, quand on vieillit sont une bénédiction (à la condition toutefois de ne pas les avoir bricolés à coups de teintures plus ou moins toxiques et elles le sont toutes !). Ils éclaircissent progressivement en passant par tous les tons de blond jusqu’au platine et souvent ne vont pas au-delà.
L’envers de la médaille, ce sont les copines qui veulent savoir comment on a fait pour obtenir cette couleur-là et qui prennent un air pincé quand on répond « Rien ! », genre la fille qui ne veut pas donner ses tuyaux. Et en vérité il n’y a vraiment rien d’autre à faire que de laisser agir la nature.
Dans ma famille, c’est une propriété transmise de génération en génération depuis l’arrière- grand-mère.
La « Mémère Clémentine » qui vivait la plupart du temps avec trois mèches entortillées sur de gros bigoudis, l’un au sommet du crâne et les deux autres au-dessus de chaque oreille. Ce qui lui donnait l’allure d’un être arrivant d’une autre planète et qui nous faisait bien rigoler, moi, mon frère et nos quatre cousins, augmentés des « gamins de la place ».
Notre maison donnait en effet sur une vaste place plantée d’arbustes et de massifs qui lui donnait l’aspect d’un square. Cette place nous servait surtout de terrain de jeux…. Bruyants souvent.
Vacarme qui faisait surgir de la fenêtre mansardée du second étage une tête de Clémentine furieuse, nous sommant d’une voix que la colère rendait « pincharde » de cesser immédiatement de brailler tout en ravageant la place.
« Gibier de potence ! piaillait-elle. Vous finirez sur l’échafaud ! » puisque de toute évidence nous allions la « faire mourir à petit feu » et de surcroît « avant l’âge ! ».
L’apparition de Clémentine ornée de ses trois bigoudis était si réjouissante que la plupart du temps, nous n’hésitions pas à la provoquer. Les arbustes de la place résistaient tant bien que mal et d’ailleurs ils sont toujours là. On peut vérifier : c’est à Nancy, place des Ducs de Bar. On a mis sous son ventre un parking, protégé les massifs de grilles et notre maison a changé de propriétaires et d’aspect…
Mais je m’égare et nous voici loin des trois bigoudis de Clémentine. C’est bigoudis qu’elle ôtait pour aller « en ville ». Et quel spectacle de voir ces splendides ondulations blond platine enfin libérées se dérouler sur ses épaules. Pas pour longtemps car au moyen de trois grosses épingles à chignon (trois étant sans doute son nombre fétiche), elle ramassait ses boucles en un volumineux chignon sur lequel elle posait un gracieux bibi noir et emplumé. Sa fille était modiste !
Clémentine à la chevelure magique était pour nous la « Mémère Clémentine » en un temps où l’on acceptait de se faire appeler Mémère la quarantaine à peine révolue. Sa fille la modiste qui se prénommait Lucienne, était devenue dès que nous éructions nos premières syllabes la « Mémère Lulu ». Qui cependant restait Madame Humbert pour ses clientes, ses fournisseurs et son personnel…. La Mère Humbert aussi pour pas mal d’autres qui avaient eu la malheur de la contrarier et en avaient subi les conséquences .

mardi 13 février 2018

L’avis de la kiosquière- posé sur 2021



Les exhibitionnistes et autres frotteurs du métro, ce sont en fait de pauvres malades, comme me l’avait fort bien expliqué la kiosquière du Pont de Sèvres à qui j’avais certain matin, confié mes émotions.
Car il y a des satyres matinaux.
J’étais encore adolescente, disons quinze ou seize ans. Depuis le Pont de Sèvres, terminus de la ligne 9 du métro parisien jusque St Philippe du Roule ma destination, il y a environ trois quarts d’heure de trajet.
Quand on part du terminus, il y a forcément des places assises et du temps pour la lecture. Aussi j’achetais un magazine chaque matin ; ça crée des liens. Et donc la brave dame remarquant mon agitation s’enquit de son origine. Renseignée, elle me dit benoîtement : « Ah ! Il est revenu ? mais n’ayez pas peur, il n’est pas méchant. Il montre ; il ne touche pas ! C’est un pauvre malade vous savez. »
Rassurée, j’ai poursuivi ma journée et les jours suivants, ma foi, quand je voyais de loin la silhouette du « pauvre malade », je fixais mes chaussures. Si bien qu’il n’est resté pour moi qu’une silhouette informe et grisâtre qui n’a jamais forcé la porte de mes rêves.
Ma mère un jour, comme la plupart du temps assistée de ses copines « Haute-Couture » dans la bonne marche de mon éducation m’a demandé à quoi il ressemblait. « Oh ! Je n’ai pas vu sa tête ! » répondit l’innocente, sous les éclats de rire de ces dames distinguées.
Beaucoup, beaucoup plus tard, j’ai le souvenir d’un autre dîner d’après Yoga dans un bistrot chinois à l’enseigne de « Chez Gérard ». Dîner entre filles auquel participait Virginie notre professeur. Comment les histoires d’exhibitionnistes étaient-elles venues s’installer entre nos bols et nos baguettes, allez-savoir. A mon tour j’ai raconté mes aventures métropolitaines et devant leur nombre, j’ai vite été déclarée gagnante toutes catégories. Il est vrai que les autres n’avaient aucune chance : elles ne demeuraient pas près du terminus d’une ligne de métro !
Nos éclats de rire ont attiré l’attention des « jeunes cadres » de la table voisine qui visiblement auraient bien aimé partager notre joie de vivre. Tant d’années après, entre filles, on en rit encore.
Sans doute amies qui portez haut le droit des femmes à n’être pas importunées, cette légèreté vous indisposera. C’est pourtant elle, cette légèreté qui m’a permis, qui me permet encore de considérer ces épisodes comme des mésaventures et non des agressions.
Le rire ! ce grand thérapeute…
Ma grand-mère la modiste, quand je vivais de ces drames enfantins ou adolescents qui font douter de la nécessité de vivre, me disait en consolation : « Puisque un jour, bientôt, cette histoire te fera rire, commence donc par en rire tout de suite ». Un conseil que je n’ai jamais regretté de suivre.
Mais alors, vont me rétorquer les Justicières, tous ces agresseurs resteront impunis ? Ils courront toujours continuant leurs méfaits ?
Certes c’est un risque, mais on sait bien qu’une fois la peine purgée, l’amende payée, rien ne les empêchera de recommencer puisque le forfait est inscrit dans leur nature dévoyée. On sait qu’il n’est pas de cas unique et que si on en écarte un il en surgit d’autres.
Je connais bien le métro parisien ; l’exhibitionniste du Pont de Sèvres a encore des collègues sur toutes les lignes. Et puisqu’il est bien difficile de modifier leur comportement, modifions le nôtre et celui de nos filles. Apprenons à ne pas faire un drame de ce qui finalement ne porte pas atteinte à notre intégrité physique et pour ne pas attenter à notre intégrité morale, ne culpabilisons pas. Après tout, celui (ou celle) qui m’a tiré mon porte-monnaie dans un bus m’a causé plus d’embarras que le « pauvre malade » du Pont de Sèvres.
Jeunes filles, jeunes femmes, quand ces choses vous arrivent, parlez-en, parlez-nous. On a toutes en mémoire un ou plusieurs épisodes semblables. Apprenez avec nous à en rire.
Après… le viol, les coups ce sont d’autres problèmes beaucoup plus graves et qu’il faut aborder autrement, mais ne mélangeons pas tout.

mercredi 7 février 2018

Une habitude

L'habitude voluptueuse, quoique moins tyrannique que celle du tabac, arrive à s'imposer. Ô plaisir, bélier qui te fêles le front et qui recommences! C'est peut-être la seule curiosité déplacée, celle qui s'obstine à connaître en deçà de la mort, ce qu'il y a un peu au-delà de la vie...Les consumés des sens ont toujours commencé par s'élancer, en grand appareil d'énergumènes, dans un gouffre. Mais ils remontent. Et ils contractent une routine du gouffre.

Colette - Le pur et l'impur.

mardi 6 février 2018

Pensées félines

Lorsqu'on construit une maison, le site choisi compte.
Lorsqu'on réfléchit, la profondeur de pensée compte.
Dans la relation aux autres, bonté et générosité comptent.
Dans les paroles échangées, l'honnêteté compte.
Dans les rapports d'autorité, la justice compte.
Dans le travail,  le savoir faire compte.
Si tu n'es en rivalité avec personne,
Il importe peu de gagner ou de perdre.

Tao-Tô -King

lundi 5 février 2018

Nuit de neige

d'abord je m'étonne, la couverture et l'oreiller sont glacials
puis je m'aperçois que la fenêtre est lumineuse
dans la nuit profonde, la neige doit être abondante
de temps à autre, le bruit d'un bambou qui casse.

Po Chu-yi (772-846)

dimanche 4 février 2018


Feu qui couve

Telle une pauvre femme, ouvrière en tissage,
Entasse au soir, sur son foyer, des bouts de bois
Morts, rameaux secs, qui serviront, aux matins froids,
Lorsqu'elle se relèvera toute transie
Pour se mettre à l'ouvrage, à raviver le feu
Du brandon presque éteint, ainsi l'Amour, dur dieu
Destructeur, favorable à toute frénésie,
Met dans ce triste coeur un flamboiement sauvage,
Et tantôt rouge, et tantôt pâle....

Appolonius de Rhodes -III° siècle av.JC (Traduction Marguerite Yourcenar)

Rencontrer

Parce qu'il faut dépasser la colère et le chagrin; parce qu'il faut avancer;pour qu'ils ne soient pas morts pour rien:

"Notre identité, c'est notre façon de voir et de rencontrer le monde: notre capacité ou notre incapacité de le comprendre, de l'aimer, de l'affronter et de le changer"

Claudio MAGRIS

samedi 3 février 2018

A méditer...

Extrait  du "Code d'Amour" des troubadours de la cour d' Aquitaine au XII° siècle:

"ll n'y a pas de saveur aux plaisirs qu'un amant dérobe à l'autre sans son consentement."

En devançant les hirondelles et les cigognes

Heureux qui comme Ulysse a fait un beau voyage...
a dit le poète...
J'ai voyagé un peu sur les réseaux dits sociaux
et me voici revenue pleine d'usage et raison (enfin pas tant que ça, on va encore rigoler un peu)
Vivre avec mes amis, le reste de mon âge...



jeudi 9 novembre 2017

Clairvoyance....

Origine du mot "Viracocha"(G.Benzoni, History of the New World, P.252)

Lorsque les Indiens virent les très grandes cruautés que les Espagnols commettaient partout en entrant au Pérou, non seulement ils ne voulurent pas croire que nous étions des chrétiens, enfants de Dieu, comme nous nous en vantions, mais même que nous n'étions pas nés sur cette terre, engendrés par un homme et nés d'une femme. Un animal si féroce, disaient-ils, doit être le produit de la mer - aussi nous appelèrent-ils "Viracocchie", car dans leur langue, la mer se nomme "cocchie" et l'écume "vira". Ainsi ils pensent que nous sommes une congélation de la mer et avons été nourris de son écume; que nous sommes venus pour détruire le monde, et autres choses dans lesquelles la Toute puissance de Dieu ne pourrait les détromper. Ils disent que le vent fait crouler les maisons, renverse les arbres, et que le feu les consume; mais que les "Viracocchie" dévorent tout, ils détruisent la terre elle-même, ils détournent les fleuves; ils ne sont jamais tranquilles, jamais en repos; ils se précipitent toujours tantôt d'un côté, tantôt de l'autre pour chercher l'or et l'argent; cependant ils ne s'en contentent pas et le perdent au jeu; ils font la guerre, s'entretuent, volent, blasphèment; ce sont des rénégats qui ne disent jamais la vérité et nous dépouillent de notre subsistance. C'est pourquoi les Indiens maudissent la mer qui a jeté sur leur terre des êtres si méchants et si cruels.....

dimanche 5 novembre 2017

Pas vraiment triste l'automne!

Invitant le voisin à l'est...

un petit pichet, deux mesures de vin
une natte neuve, un lit de six pieds
peut-être pourrais-tu venir passer la nuit à converser avec moi
au bord de l'étang, bientôt la fraîcheur de l'automne.

Po Chu-yi (772-846)

lundi 25 septembre 2017

Pilule ou pas pilule?

Nouvel Obs cette semaine…
Les jeunes femmes qui ne veulent plus de la pilule au motif que c’est chimique et qu’il y a des méthodes naturelles…..
Première réaction : Non mais ! Ca va pas ? On les connaît les méthodes naturelles et leur efficacité qui nous a menées à nous battre  pour la méthode chimique certes, mais au moins efficace. Avoir tant lutté pour la contraception d’abord, l’IVG ensuite… ces écervelées n’ont pas connu nos angoisses à nous qui avons vécu le temps d’avant…
Et puis, à la réflexion… Les mœurs et les mentalités ont tellement évolué en un demi-siècle, grâce à nos combats c’est certain, mais nous vivons un temps où une grossesse hors couple – voyez, je ne dis même plus hors mariage- n’est plus l’indignité absolue qui stigmatisait la « fille-mère », la honte et la réprobation de toute une famille, un enfant que parfois il fallait cacher, faire passer pour un petit frère ou une petite sœur.
Les jeunes femmes d’aujourd’hui s’assument, ont des professions alors au fond, pourquoi tant de précautions ? Si la prise de température a ses failles, une femme peut accepter d’élever seule un enfant si le géniteur est défaillant. Leurs mères (nous autres) une fois le choc passé de se faire appeler Mémé , nous qui avons oublié de vieillir, ne les jugeront pas , prendrons le relais les mercredi et quand des obligations professionnelles l’exigeront.
Alors oui, deux générations plus tôt c’était la honte ; désormais c’est tout au plus une contrariété et plus souvent une joie. Et puis le géniteur n’est pas toujours défaillant.
Aussi effectivement, pourquoi se médicamenter ? D’autant plus que si j’ai bien lu jusqu’au bout, il existe des applis sur smartphones qui évitent les erreurs de calcul.

Le progrès passe souvent par des chemins imprévus !