mardi 14 juillet 2009

Guilly le Terrible (Pour ceux qui ont manqué le début)


Les murs suintaient derrière les tapisseries, Umhilde était morose, elle avait froid aux pieds, la grisaille ambiante faisait monter des larmes à ses jolis yeux gris. Ce jour de printemps, si tant est qu’on puisse distinguer un printemps aux alentours de Gramouillay, ce jour de printemps donc, un timide rayon de soleil se faufilant dans la chapelle, vint se poser sur le visage chiffonné de la damoiselle. Un rayon de soleil ! On lui avait raconté ce que c’était mais Umhilde ne se rappelait pas en avoir jamais vu. Considérant cet événement comme un heureux présage, elle cessa de pleurer et sécha ses joues à cette nouvelle douceur. Un bonheur n’arrivant jamais seul, en tournant la tête pour offrir son visage à la lumière, elle vit le page agenouillé qui lui souriait. Au nombre de ses déplaisirs, la jouvencelle comptait le peu d’intérêt que lui portait Guilly. Il est vrai que toujours enrouée, elle ne pouvait chanter. Comme toutes les dames du château elle avait eu droit aux leçons de musique, mais bien vite sa mère la faisait taire et s’enfermait avec son page et sa guimolle. Umhilde soupirait et retournait pleurer au coin de la cheminée. Un sourire et un rayon de soleil, voilà de quoi remonter le moral d’une jeune fille et lui donner des idées. Elle ne pensait pas retenir l’attention de jeune musicien avec sa pauvre petite voix mais l’adolescent avait une autre fonction. Puisque le printemps s’annonçait, elle décida de monter à cheval et demanda que Guilly prit soin de sa jument et aussi qu’il lui servit d’escorte quand elle se promènerait aux alentours. On savait le damoiseau polisson, mais en principe un cheval tient les mains occupées et de ce fait, limite les occasions de sottises ; de plus, Guilly intrépide et bon cavalier était de tous les pages le mieux qualifié pour cet office. Lors, on laissa faire…Et le page, organisé comme il le sera sa vie durant, joignit à son équipement une longue corde et une couverture, car à cheval disait-il, on doit tout prévoir, incident comme accident et nul à cela n’aurait pu trouver à redire. Un jour donc, il sortit en compagnie de la damoiselle et, traversant un bosquet : « Demoiselle, lui dit-il, il semble que votre jument boite. Arrêtons, voulez-vous et mettons pied à terre. Je voudrais y regarder de plus près. » Lors, il aida la jouvencelle à descendre de sa monture de façon telle qu’elle en devint écarlate ; puis il attacha les chevaux, observa attentivement chaque pied, avoua ne rien remarquer d’anormal et déclara : « C’est la fatigue sans doute ! Et aussi la chaleur… n’allons pas plus loin ; descendons plutôt jusqu’au ruisseau, nous nous reposerons à l’ombre tandis que les chevaux se rafraîchiront dans le gué. » Ainsi firent-ils. La longue corde judicieusement fixée entre deux arbres empêchait les chevaux de s’éloigner et la couverture étendue sur la mousse fit à la damoiselle une couche moelleuse qu’elle invita Guilly à partager. Le page respectueux s’assit auprès d’elle, et puis… c’est bien connu… en été dans les bois, on trouve des fourmis, souvent… et des bruits sous les feuilles inquiètent les oreilles… un serpent peut-être… Guilly sut chasser le serpent, écarter les fourmis… pas seulement les fourmis… Mal lui en prit ! Le seigneur que nul n’attendait si tôt, rentrait ce même jour de la vile voisine. Passant près du ruisseau car lui aussi voulait faire boire son cheval, il vit sa fille et son page en position telle qu’aucun doute ne lui était permis sur la nature de leur occupation.

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