A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: rvcontes et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

Etre soi


Où s'exhale un parfum que le vent ne dissipe,
Où se savoure un met que la voracité ne réduit,
Où se noue une étreinte que la satiété ne desserre.
Oui, voilà ce que j'aime,
Lorsque j'aime mon Dieu.

AUGUSTIN (354-430) Les Confessions



dimanche 25 janvier 2015

Pour prendre patience aux heures de pointe

Le jeu de l'île déserte...

Nombre de joueurs : 2, de sexe autant que possible opposé.
Accessoires: un wagon de métro de 2° classe**** aux heures de pointe..

Les joueurs entrent séparément dans le wagon de métro, chacun par une des portes située aux extrémités du wagon. Ils se trouvent donc séparés par toute la longueur du wagon. L'un des joueurs est le naufragé sur l' île déserte. L'autre est la belle jeune fille qui se noie dans la mer cruelle. Les voyageurs en masse compacte sont les requins sanguinaires.
Le jeu commence quand la belle jeune fille crie:" Au secours! je me noie!" Le naufragé plonge dans les flots pour la sauver. Il doit nager jusqu'à elle en écartant les requins sanguinaires. Pour cela, il dit:" Vous descendez à la prochaine?" 
Si le requin s'écarte, le naufragé avance. S'il ne s'écarte pas, le naufragé force le passage d'un bon coup de talon sur le mufle hideux de la bête.Si, après cela, le requin se le tient pour dit, le naufragé avance. Si le requin se rebiffe, le naufragé improvise. Il faut tenir compte aussi des mouvements de flux et de reflux qui se produisent à chaque station.
Parvenu à la belle jeune fille, le naufragé la sauve, la prend sur son dos et la ramène sur son île déserte par le même chemin.
S'il réussit à faire tout ça avant le terminus, il a gagné. Il fait alors à la belle jeune fille ce que les naufragés font dans ces cas-là. S'il ne réussit pas avant le terminus, il a perdu. Ce sont les requins qui ont gagné. Ils ont le droit d'aller s'acheter une boîte de cachou au machin du quai s'ils ont vingt centimes à foutre en l'air.
François CAVANNA

*** Pour les plus jeunes: si, si il y avait bien des premières classes dans le métro . Qui a dit que le démocratie ne faisait pas de progrès: voici au moins un endroit où la lutte des classes a cessé- Note de la chroniqueuse.

samedi 24 janvier 2015

Dans l'éclaircie au milieu de la neige


au hasard j'ouvre un livre de poèmes, ce matin devant la fenêtre de neige
dedans, un pétale de fleur de pêcher, encore frais
je me souviens d'avoir emporté ces poèmes pour lire sous les fleurs
c'était au printemps, il y a bientôt une année déjà

Yang Wan-li (1127-1206)

vendredi 23 janvier 2015

Cul

T'es quand même pas assez conne pour avoir pris pour argent comptant mes beuglements comme quoi tu n'es pour moi que cul, cul et cul, non? Tu sais bien tout ce que je mets là-dedans, comprends la pudeur du mâle, merde! Cul, ça veut dire mon amour mon amour mon amour, ça veut dire yeux, âme, lumière, ciel, flamme, tout le bazar, bon dieu! Tu connais un mot plus beau pour dire tout ça, toi?

François CAVANNA

jeudi 22 janvier 2015

Pour changer un peu de sujet



Lu et approuvé


C'est encore Antoinette et Claude qui ont fait le job....
Signé :"La feignasse"

Le billet d'Alain Rémondde ce lundi 19 janvier




Éloge de  l'échalote

Mercredi dernier, 300 tracteurs ont déversé
3 000 tonnes d’échalotes sur la RN12, près de Morlaix.
Pourquoi Morlaix ?
Parce que,
sur les 500 producteurs d’authentiques échalotes,
plus de 300 sont bretons.
Et pourquoi ce coup de sang ?
Parce que la vraie de vraie échalote,
au goût inimitable,
fait face à la scandaleuse concurrence
de prétendues échalotes
qui ne sont que des oignons trafiqués,
inventés en Hollande et massivement
adoptés par les céréaliers beaucerons.
Résultat : une dramatique chute des prix.
Et, conséquemment, une menace
pour la survie des producteurs d’échalotes.
Françaises, Français, amoureux de l’échalote,
ne laissez pas faire ce scandaleux tour de passepasse !
L’échalote est l’échalote, l’oignon est l’oignon.
Mais l’oignon n’est pas l’échalote.
Soutenez le juste combat des planteurs d’échalotes
(car l’échalote se plante, alors que l’oignon se sème) :
exigez de Hollande qu’il interdise la commercialisation,
sous le nom d’échalotes,
des oignons trafiqués de Hollande !
En vérité je vous le dis :
quand il sera trop tard,
nous n’aurons plus que nos yeux pour pleurer.

Commentaire de Blaise (Pas moi, l'autre)
A ce propos Fanfan la Tulipe a gonflé de 21%.
Tarte à con,piège à l'oignon

mercredi 21 janvier 2015

L'opinion d'Yvonne

C'est Yvonne FIRINO cette fois qui s'y colle... merci

Mercredi 7 janvier 2015 à 14 heures

Au-delà de la tombe.

Où es-tu Gérard de Villiers, où est ton héros Malko Linge ? Morts tous les deux en même temps !

Mais vous aviez témoigné, vous aviez fait le tour des problèmes actuels de notre univers, mais qui
vous a entendus ? Monsieur le Président de la République a-t-il le temps de lire des romans policiers,
qui n’ont de « romans » que le nom, puisque c’est la dure réalité qui y est décrite. C’était un des
moyens de savoir, de comprendre, de réfléchir. Le rôle de SAS a été immense dans le monde, cela
faisait des décennies que son auteur faisait apparaître la vraie vie, les attentats, la montée du
terrorisme, partout où il se manifestait et frappait.

Monsieur HOLLANDE et les « autres » chargés de notre sécurité, asseyez-vous à vos bureaux,
procurez-vous quelques exemplaires de SAS, lisez et ouvrez les yeux sur le monde, en quelques pages
vous comprendrez la vraie situation, bien mieux qu’au cours de vos voyages qui nous coûtent cher et
ne vous apportent rien, protégés que vous êtes par la barrière de l’éternelle sécurité rapprochée !

La sécurité, parlons-en, à Charlie Hebdo dont les journalistes ont été tués à bout portant et leurs
« protecteurs » avec eux !

Belle protection en vérité. Déjà douze morts et sans doute davantage parmi les blessés graves et
ceci en plein Paris.

La guerre n’est plus seulement en Afrique dans la zone subsaharienne, au Moyen-Orient, en Syrie,
en Iran, en Irak, en Palestine, en Israël, etc… loin de nous, trop loin sans doute, mais en France, au
coeur de Paris.

Alors « ils » bougent (ils : nos hommes et femmes politiques, nos chers médias). Ils bougent, ils
parlent, ils s’agitent, à quoi cela peut-il servir ? Je n’entends à la radio que du bavardage, on tourne
autour des problèmes, personne n’évoque les vrais, par un manque évident de réactivité intellectuelle
pris de cours dans des pensées toujours teintées de leur angélisme habituel. Non, Jean-Jacques
Rousseau, tu n’es pas mort, mais toi Voltaire, où es-tu avec ton ardent désir de chasser celui que tu
appelais « l’Infâme », toi qui criais bien haut les vertus de la tolérance.

Que sont devenus les « écrits » d’une civilisation évoluée, instruite, sinon érudite ? Les nouveaux
auteurs ont reculé devant le retour à la barbarie intégrale et nous ont offert une civilisation nouvelle
capable seulement de jouissance et de légèreté, incapable de comprendre le monde réel du troisième
millénaire.

Dimanche soir, 11 janvier 2015.

Tout est terminé. Chacun est rentré chez soi. Le monde entier a défilé. Les grands chefs d’état ou
leur représentant étaient là. Ils ont battu le pavé. Oh ! juste ce qu’il fallait pour se montrer. Ils ont tous
défendu la liberté de la pensée, la liberté tout court. Ils ont pleuré les morts, ceux qui n’étaient pour
rien dans la vengeance des terroristes, dans l’affaire des caricatures de Mahomet. Ils ont mal exprimé
leur douleur de la mort de quatre citoyens français de confession juive. En somme, comme souvent,
les pieds ont marché mais la tête non, ou peut-être pour faire croire à une pensée. En fait, autant de
personnes interrogées, autant d’interprétations différentes, mais peu d’idées générales pour décrire les
faits. Je crois que les gens n’ont pas compris la dimension de ces deux drames et ne pensent pas à la
suite. Gouverner, c’est prévoir. Nos gouvernants ont beau répéter qu’ils connaissaient le danger, ils
n’ont rien su prévoir et c’est à chaque fois comme cela. Il ne nous reste plus que l’espoir – il paraît
qu’il fait vivre, mais pour combien de temps ? Wolinski et les autres n’ont pas voulu comprendre
qu’ils n’étaient qu’en sursis, car pour les djihadistes il y avait très longtemps qu’ils étaient condamnés
à mort.




mardi 20 janvier 2015

L'école Charlie et les autres; entrer dans la boîte noire des classes.#école


Pour ceux que ça intéresse, il y a 50 témoignages d'enseignants à découvrir sur :

Témoignage N°47  Nanterre
J'ai pris ma classe de seconde samedi matin. Une classe qui condense à elle seule une misère sociale comme j'en avais rarement vu depuis 18 ans à Nanterre. Des mômes "insupportables" (me dit-on) souvent, dédoublés dans toutes les matières sauf la mienne, et dont j'ai le privilège d'être la professeure principale.
J'avais demandé à mes collègues de me laisser aborder le sujet avec eux.
Ce samedi donc, ils sont arrivés l'air d'être déjà passés à autre chose pour eux, et, moi, saisie par une immense tendresse.
j'ai commencé par leur expliquer ce que je souhaitais qu'il se passe :"nous allons essayer ensemble de mettre des mots sur un évènement, simplement parce que la conviction d 'être au cœur d'un évènement qui se joue n'est pas si fréquente dans une existence, et que, dans la panique et l'urgence, partager des mots, identifier, nommer, aide un peu mieux à saisir des enjeux".
Je leur ai promis une totale liberté d'expression, ils sont assez grands pour identifier les frontières de ce qui peut ou ne peut pas se dire. Je leur ai simplement rappelé la présence de la loi qui elle aussi fait barrage ; que je pourrais faire un "rappel à la loi" mais il ne serait qu'une manière de les ramener sur le chemin du dicible.
Je n'ai interdit que le rire, sans morale ; juste en leur expliquant que ça, c'est moi qui ne pourrais pas le supporter.
J'ai donc proposé à celles et ceux qui le souhaitaient de sortir s'ils avaient envie de rire. Tout le monde est resté.
Nous avons installé les tables en cercles rectangulaires (jamais compris cette image du cercle :-) ) et je me suis placée comme eux, dans le rectangle.
I. s'est désigné comme distributeur de la parole.
I. a fait l'objet de deux signalements ASE depuis le début de l'année. C'est le seul dont je n'arrive pas à voir les parents. J'en suis à croire qu'il n'en a pas.
Je leur ai d'abord proposé un moment écrit, pour quelques minutes. Comme eux, j'ai écrit sur ma page blanche. Puis, j'ai triché aussi, j'ai regardé la feuille de mon voisin où il n'y avait qu'une seule ligne : "C'est un complot".
Le débat a commencé. 10 premières minutes où je me suis cramponnée à la table, silencieuse. Tous en unisson m'expliquent pourquoi "c'est bizarre"… Je laisse dire, impuissante.
Ayant lu la veille tous les sites conspirationnistes, je savais exactement quels allaient être leurs arguments.
Mais j'avais promis la liberté d'expression.
20 gamins convaincus, 5 silencieux.
J'ai demandé la parole, expliqué calmement que moi je ne pensais pas qu'il s'agisse d'un complot. Je n'ai pas démonté un à un leurs arguments, ce sera pour plus tard, j'ai préféré tenter un pas de côté en leur faisant part de ma surprise de toute leur méfiance. Méfiance vis à vis de qui ? De quoi ? pourquoi ? Puis j'ai introduit un petit paramètre supplémentaire dans le débat : "ne pas dire "on", ne pas dire "ils", se forcer à nommer les acteurs.
Alors le débat s'est poursuivi sur la stigmatisation. "Regardez l'image que les médias donnent de nous madame !"
[NB : moment savoureux où je redemande la parole en leur demandant quelle image des journalistes auraient donné d'eux s'ils n'avaient assisté qu'aux dix premières minutes de débat ?]
Le racisme, l'islamophobie etc. Tout ça illustré par de très nombreux témoignages. Rien de bien nouveau, j'ai évidemment très souvent entendu ce genre de choses.
 Nous nous sommes entendus sur un petit dénominateur commun : "Personne ne méritait la mort".
Puis, la religion, la comparaison avec Dieudonné, l'humour, etc.
 1h30 de débat que j'ai enregistré intégralement. Je ne sais pas encore ce que j'en ferai. Je le retravaillerai avec eux sans doute. Des passages sont tellement forts. Je me suis aperçue que j'oubliais les silencieux-ses.
 S. l'un des grands bavards, les yeux rouges (pourquoi ? je ne sais pas, shit ou larmes, impossible de distinguer) a juste dit cette phrase si troublante :
"Mais moi madame, je ne sais pas quoi en penser".
Oui, comme si tout le monde devait savoir quoi en penser hein.
 Je suis sortie vidée et assommée surtout par leur sentiment d'impuissance. Ils sont convaincus d'un fatalisme qui fonctionne sur une tautologie assez inextricable : l’État (ils ne savent pas ce qu'est l’État, il faudra y réfléchir) ment mais l’État fait. Donc eux n'ont rien d'autre à faire qu'à attendre que l’État fasse mais l’État ne fera rien d'autre que mentir. CQFD. Inertie.
 Voilà, c'est à réfléchir. Ce n'est qu'un début mais ça pose de solides jalons du chemin qui reste à parcourir.
 Bonne journée
Laurence De Cock, lycée, Nanterre, 92

C'est Claude encore qui a fait la une aujourd'hui...
La Chroniqueuse est au jardin.

lundi 19 janvier 2015

L'opinion de Claude

Non à l'union sacrée !

Malgré l'horreur, il est impossible de se ranger
derrière certains " pompiers pyromanes "
qui divisent nos sociétés

La sidération, la tristesse, la colère face à l'attentat odieux contre Charlie Hebdo, mercredi 7  janvier,
puis la tuerie ouvertement antisémite, vendredi 9  janvier, nous les ressentons encore.
Voir des artistes abattus en raison de leur liberté d'expression, au nom d'une idéologie réactionnaire, nous a révulsés.
Mais la nausée nous vient devant l'injonction à l'unanimisme et la récupération de ces horribles assassinats.

Nous partageons les sentiments de celles et ceux qui sont descendus dans la rue.
Mais ces manifestations ont été confisquées par des pompiers pyromanes
qui n'ont aucune vergogne à s'y refaire une santé sur le cadavre des victimes.
Manuel Valls, François Hollande, Nicolas Sarkozy, Brice Hortefeux, Jean-François Copé,
Angela Merkel, David Cameron, Jean-Claude Juncker, Viktor Orban, Benyamin Nétanyahou,
Avigdor Lieberman, Naftali Bennett, Petro Porochenko, les représentants de Recep Tayyip Erdogan,
Vladimir Poutine, Omar Bongo… :
Quel défilé d'abjecte hypocrisie.

Cette mascarade indécente masque mal les bombes que les Occidentaux ont larguées sur l'Irak depuis une semaine ;
les milliers de morts à Gaza, où Avigdor Lieberman, le ministre israélien des affaires étrangères,
imaginait employer la bombe atomique quand Naftali Bennett (économie et diaspora)
se rengorgeait d'avoir tué beaucoup d'Arabes ;
le million de victimes que le blocus en Irak a provoquées.

Ceux qu'on a vus manifester en tête de cortège à Paris ordonnent ailleurs de tels carnages.

" Tout le monde doit venir à la manifestation ", a déclaré M. Valls en poussant des hauts cris sur la " liberté " et la " tolérance ".
Le même qui a interdit les manifestations contre les massacres en Palestine,
fait asperger de gaz lacrymogène des cheminots en grève
et matraquer des lycéens solidaires de sans-papiers expulsés
nous donne des leçons de liberté d'expression.
Celui qui déplorait à Evry, quand il était maire PS, de ne pas voir assez de " Blancos " nous jure son amour de la tolérance.
Le même qui fanfaronne de battre des records dans l'expulsion des Roms se gargarise de " civilisation ".

En France, la liberté d'expression serait sacrée, on y aurait le droit de blasphémer.
Blasphème à géométrie variable,
l'" offense au drapeau et à l'hymne national " étant punie d'amendes et de prison.

Que le PS et l'UMP nous expliquent la compatibilité entre leur condamnation du fondamentalisme et la vente d'armes à Riyad,
où les femmes n'ont aucun droit, l'apostasie est punie de mort et les immigrés subissent un sort proche de l'esclavage.

Chantage

Nous ne participerons pas à l'union sacrée. On a déjà vu à quelle boucherie elle peut mener.
En attendant, le chantage à l'unité nationale sert à désamorcer
les colères sociales et la révolte contre les politiques conduites depuis des années.
M.  Valls nous a asséné que " Nous sommes tous Charlie " et " Nous sommes tous des policiers ".
Non, nous ne sommes pas Charlie.
Si nous sommes attristés par la mort de ses dessinateurs et journalistes,
nous ne pouvons reprendre à notre compte l'obsession qui s'était enracinée dans le journal contre les musulmans,
assimilés à des terroristes, des " cons ", des assistés.
On n'y voyait plus l'anticonformisme, sinon celui, conforme à la norme, qui stigmatise les plus stigmatisés.

Nous ne sommes pas des policiers. La mort de trois d'entre eux est un événement tragique.
Mais elle ne nous fera pas entonner l'hymne à l'institution policière.
Les contrôles au faciès, les rafles de sans-papiers, les humiliations quotidiennes,
les tabassages parfois mortels dans les commissariats, les Flash-Ball qui mutilent,
les grenades offensives qui assassinent, nous l'interdisent à jamais.

Et, s'il faut mettre une bougie à sa fenêtre pour pleurer les victimes,
nous en ferons briller aussi pour Eric, Loïc, Abou Bakari, Zied, Bouna, Wissam, Rémi,
victimes d'une violence perpétrée en toute impunité.

Dans un système où les inégalités se creusent de manière vertigineuse,
où des richesses éhontées côtoient la plus écrasante misère,
sans que nous soyons encore capables massivement de nous en indigner,
nous en allumerons aussi pour les six SDF morts en France la semaine de Noël 2014.

Nous sommes solidaires de celles et ceux qui se sentent en danger,
depuis que se multiplient les appels à la haine, les " Mort aux Arabes ",
les incendies de mosquées.

Nous nous indignons des incantations faites aux musulmans de se démarquer ;
demande-t-on aux chrétiens de se désolidariser des crimes, en  2011,
d'Anders Behring Breivik perpétrés au nom de l'Occident chrétien et blanc ?

Nous sommes aussi aux côtés de celles et ceux qui subissent le regain d'antisémitisme,
dramatiquement exprimé par l'attaque de vendredi  9.

Notre émotion face à l'horreur ne nous fera pas oublier combien les indignations sont sélectives.
Non, aucune union sacrée.
Faisons en sorte que l'immense mobilisation se poursuive en toute indépendance de ces gouvernements
entretenant des choix géopolitiques criminels en Afrique et au Moyen-Orient
et ici chômage, précarité, désespoir.
Que cet élan collectif débouche sur une volonté subversive, contestataire, révoltée, inentamée,
d'imaginer une autre société, comme Charlie l'a longtemps souhaité.

collectif
Ludivine Bantigny, historienne,
Emmanuel Burdeau, critique de cinéma,
François Cusset, historien et écrivain,
Cédric Durand, économiste,
Eric Hazan,éditeur,
Razmig Keucheyan, sociologue,
Thierry Labica,historien,
Marwan Mohammed, sociologue,
Olivier Neveux, historien de l’art,
Willy Pelletier, sociologue,
Eugenio Renzi, critique de cinéma,
Guillaume Sibertin-Blanc, philosophe,
Julien Théry, historien,
Rémy Toulouse, éditeur,
Enzo Traverso, historien