dimanche 21 avril 2019

Le Vautour de la Sierrra (6)

Une fois de plus, don Quebranta dévisagea l’Anglais, dont ses yeux perçants fouillèrent les prunelles.
Sir Gevil soutint le regard, froidement, sans crainte ni curiosité.
Le Quebranta avait vu tant de loques humaines trembler sous cet examen, que la sérénité de sir Gevil finit par l’intéresser.
Son œil s’adoucit et il reprit après une pause :
- Jamais je ne suis revenu sur ce que j’ai dit… Je m’en fais gloire. Je vous laisserai écrire à tous ceux qui s’intéressent à vous et dès que j’aurai reçu votre rançon, vous serez libre.
- Si vous voulez de l’argent, il me faut du temps, répondit sir Gevil. Je n’ai que ma pension, je vous ‘ai dit… Tout ce que je puis faire, c’est de demander à mon paus de l’échanger contre un capital…
- Cela arrange tout et votre gouvernement paiera, dit le Quebranta visiblement satisfait. L’Angleterre se ferait scrupule de perdre un de ses bons serviteurs.
- Un gouvernement se soucie d’un retraité comme vous d’un vieux vêtement. Mais qu’importe ! Si je suis ici, c’est par ma faute. J’étais prévenu et j’accepte les conséquences de ma maladresse.
-Dirons-nous cent mille francs ? interrogea don Quebranta comme pour attendre le marchandage du prisonnier.
-Oui, et restons-en là, dit l’Anglais d’un ton qui arrêtait toute discussion. Mais je crains fort que vous ne voyiez jamais cette somme. On calculera la durée probable de ma vie et le chiffre que vous fixez ne sera pas atteint. Vous en aurez peut-être les trois quarts.
-J’espère pour vous, dit l’Espagnol en martelant ses mots, j’espère, sir Gevil, que j’aurai tout. Ma désillusion aurait de graves conséquences… de redoutables conséquences.
L’Anglais ne dit pas un mot, ne fit pas un geste, laissant entendre que l’entretien devait se terminer. Don Quebranta se dressa alors, salua d’un coup de tête et rentra brusquement dans sa caverne.
Resté seul, Gevil Haye réfléchit un moment ; puis il écrivit au consul anglais de Malaga qui l’avait si bien mis en garde contre le tourisme dans la Sierra et il lui conta l’aventure.
« Proposez la combinaison que j’ai offerte, disait-il, et pressez les choses. J’espère vous revoir et vous serrer la main. »
Il cacheta sa lettre et attendit en rêvant.
Il s’était assis au seuil de la caverne et son regard perdu vers le lointain, suivait la molle ondulation des sapins qu’agitait la brise du soir.
Sir Gevil souhaitait autre chose que d’attendre le problématique résultat de sa démarche auprès du gouvernement anglais.
Il était dans la souricière, comment en sortir ?
Il songeait, non sans amertume, qu’il était faible, maintenant,  et que ses années d’action étaient passées… Son cerveau pensait et combinait avec la même puissance qu’autrefois ; mais il savait que pour un effort physique ses forces le trahiraient… Dure épreuve pour un homme de valeur, quand le corps trahit l’esprit !
Sir Gevil sentait son âme se révolter sourdement contre cette inéluctable impuissance. Il savair son cœur désormais incapable d’aimer ou de haïr et il connaissait encore l’angoisse des longs renoncements et des regrets impérissables.

mardi 16 avril 2019

Incendie


Voir la cathédrale en flammes et la flèche embrasée s’écrouler c’est une catastrophe qui bouleverse, qui sidère et pourtant … plus le malheur est grand moins il faut s’y complaire…
Dans la pensée des indiens Navajo, tout mal, toute maladie, toute douleur, toute destruction est une rupture de l’ « hozro », l’harmonie universelle à laquelle nous participons, dans laquelle nous baignons, qui nous fait vivre. Et quand cette harmonie est détruite, endommagée, il est urgent de la rétablir. Plus urgent que de trouver et punir qui est coupable de cette rupture.
Devant ce symbole de notre culture pas seulement chrétienne puisque la figure de la Vierge Marie est ce que nous avons fait des anciennes divinités représentant la terre nourricière. Le voile bleu et les épis de blé sont aussi les attributs de Déméter. Ne serait-ce pas cette Terre que nous maltraitons tant que nous avons vu brûler hier au soir ? Incendie qui frappe comme un avertissement ? Un avertissement indulgent puisqu’ il n’y a eu aucun mort et un seul blessé chez ceux qui se sont portés à son secours… indulgent car la cathédrale n’est pas détruite et elle pourra être réparée.
Elle sera réparée et aussi l’harmonie car on voit que nos responsables loin de chercher un coupable ne parlent que des moyens de restaurer Notre-Dame. On voit alors se profiler des chantiers, des emplois, des artisans, des artistes, tous unis pour travailler en beauté. L’argent  des plus modestes viendra grossir le fleuve de celui offert spontanément par les très riches.
Puisse cet incendie réchauffer les cœurs que notre civilisation pousse à l’indifférence aux autres. Alors on comprendra pourquoi il est bon de prier Notre-Dame.


Illustration : Céres par Simon Vouet

lundi 8 avril 2019

Mots d'auteur

"C'est d'autant plus rare que c'est pas fréquent..."



Moi

L'Âme des Poètes



image Jérôme Bosch

Epitaphe de Villon en forme de ballade


Frères humains, qui après nous vivez,
N'ayez les coeurs contre nous endurcis,
Car, se pitié de nous pauvres avez,
Dieu en aura plus tôt de vous mercis.
Vous nous voyez ci attachés cinq, six:
Quant de la chair, que trop avons nourrie,
Elle est piéça dévorée et pourrie,
Et nous, les os, devenons cendre et poudre.
De notre mal, personne ne s'en rie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Se frères vous clamons, pas n'en devez
Avoir dédain, quoique fûmes occis
Par justice. Toutefois, vous savez
Que tous hommes n'ont pas bon sens rassis,
Excusez-nous, puisque sommes transis,
Envers le fils de la Vierge Marie:
Que sa grâce ne soit pour nous tarie,
Nous préservant de l'infernale foudre.
Nous sommes morts: âme ne nous harie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

La pluie nous a débués et lavés
Et le soleil desséchés et noircis;
Pies, corbeaux nous ont les yeux cavés
Et arraché la barbe et les sourcils.
Jamais nul temps nous ne sommes assis;
Puis çà, puis là, comme le vent varie,
A son plaisir sans cesser nous charrie,
Plus becquetés d'oiseaux que dés à coudre.
Ne soyez donc de notre confrérie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre!

Prince Jésus, qui sur tous a maîtrie,
Garde qu'Enfer n'ait de nous seigneurie:
A lui n'ayons que faire ne que soudre.
Hommes, ici n'a point de moquerie;
Mais priez Dieu que tous nous veuille absoudre.

François VILLON

mardi 5 mars 2019

Le Bouddha que j’aime


Hilare, le bedon rebondi, il danse joyeux ! Il me fait penser à Silène le … tiens c’est étrange, il n’y a pas de masculin pour nounou… donc, de Dionysos : deux joyeux drilles…
Pas comme l’autre les yeux baissés, un doigt levé réprobateur et indulgent parce que m’asseoir comme lui me fait mal aux genoux, mal au dos. Il me fait penser à ce Nablement qui a égratigné mon enfance parce qu’il faisait tout bien et pas moi : tiens-toi comme Nablement, parle comme Nablement, marche comme Nablement, mange comme Nablement !
Qui était donc ce Nablement si parfait ? On répondait à cette question dans le meilleur cas par le sarcasme : comment peut-on être si cruche ?... soit par la punition pour insolence : « et en plus tu te fous de nous ? »
Faute d’avoir rencontré Nablement, j’ai fait comme j’ai pu avec un arrière- ressenti de culpabilité permanente qu’une éducation plus ou moins catholique n’a pas atténuée…
Les pensées orientales m’ont attirée, mais là encore tout un tas d’interdits m’ont gâché la vie. Pourquoi la spiritualité doit-elle s’accompagner de privations de toutes natures ?
A présent, même la vie quotidienne est semée d’interdits. Tout ce qu’il faut faire ou ne pas faire pour sauver la planète ! Respirer même pollue et péter, je n’en parle pas… Ca de toute façon c’est interdit en société quelles que soient les chapelles.
Ne plus manger ci mais plutôt ça, un vrai casse-tête en cuisine sans compter le déchirement quand on réalise que ce saucisson qui fait tant envie fut il y a peu un charmant cochon ! Et quand on a une fois et même plusieurs (toujours ce sentiment de n’en pas faire assez) tenté de cuisiner et manger du tofu on se dit qu’après tout l’Enfer est bien chauffé et que ce n’est pas pour toute suite.
Alors, sur le chemin de la perdition, on rencontre ce joyeux Bouddha qui danse, on réalise que la vie peut encore être belle et on poursuit le chemin avec ce chant de guérison des amérindiens Navajo :
Avec la beauté devant moi, je marche.
Avec la beauté derrière moi, je marche.
Avec la beauté au-dessus de moi, je marche.
Avec la beauté tout autour de moi, je marche.

samedi 3 mars 2018

Entre chiens et loups-



Dans les friches industrielles et le long des voies de chemin de fer à Moscou, vivent des bandes de chiens errants qui cherchent leur pitance dans les décharges et les ordures ménagères.
Des observateurs ont constaté qu’au fil du temps et des générations, ils perdent peu à peu les caractéristiques que la sélection humaine leur a imposée. Leur pelage perd ses taches et ses couleurs pour devenir uniformément brun ou gris voire fauve, leurs yeux s’allongent en amande et ils ressemblent de plus en plus à leur ancêtre le loup.
De plus, comme chiens et loups ont un patrimoine génétique commun, ils peuvent se reproduire entre eux, ce qui engendre des « chiens-loups ». Ce n’est pas nouveau ; qui a lu Jack London se souvient de Croc-Blanc, fils d’une louve et d’un chien de traîneau (ou l’inverse, je ne sais plus).
Ces chiens métis sont dangereux car contrairement au loup, ils ne craignent pas l’homme auquel ils sont habitués. Un loup préférera toujours chercher sa subsistance dans la faune sauvage plutôt que de s’aventurer près de nous et de nos chiens qu’il craint et qui le détestent.
Pourquoi je vous raconte tout ça ?
A cause des problèmes que pose le retour du loup aux éleveurs de moutons. On ne peut que comprendre leur désarroi et leur colère à la vue de leurs moutons égorgés.
D’un autre côté, nous autres qui nous réjouissons de voir que la nature ne se laisse pas faire et qu’elle remet à sa place ce qu’on supprime trop radicalement, sommes heureux du retour d’un prédateur qui a son utilité. Sans rappeler les épidémies qu’il a évitées jadis en nettoyant les champs de bataille, il est gardien de la bonne santé des hardes de cervidés, des chevreuils en prélevant les moins armés pour la vie. Il régule aussi la prolifération de divers rongeurs. Les si gracieux lapins sont pour nos jardins un fléau que je ne crains pas de comparer au loup dans les parcs à moutons.
Et si le vrai coupable n’était pas le loup mais bien plutôt ces métis, ces « chiens-loup » qui ne peuvent pas quitter radicalement les facilités auxquelles l’homme les a habitués ?
Eleveurs, vous allez vous écrier : Voyons ! nous surveillons nos chiens !
Ce dont nous ne doutons pas !  Cependant les refuges de la SPA regorgent de chiens abandonnés et qui, livrés à eux-mêmes n’arrivent pas tous dans ces refuges. Nous autres qui soignons, aimons et surveillons nos chiens ne sommes jamais à l’abri d’une fugue dès lors que la nature parle trop fort. Ceux qui me connaissent savent que je veille mais je me souviens avoir couru et appelé des heures entières des épagneules King Charles. Vous me direz qu’il faudra du temps et de sérieux croisements pour qu’un King Charles puisse être pris pour un loup !
Deux border- collies vivent ici ; des chiens particulièrement obéissants et attachés à la maison. Pourtant la plus jeune des deux a fait un jour une fugue assez longue pour que je juge utile d’avertir la gendarmerie. A mon retour, la vagabonde était tranquillement couchée devant la porte. Elle était en chaleurs, et s’il y avait eu un loup dans les parages, elle aurait eu largement le temps de se faire engrosser et j’aurais été bien avancée avec des chiots « si mignons » mais potentiellement dangereux.
J’ai aussi le souvenir d’avoir été suivie en plein Paris, rue François 1°, dans le 8° arrondissement, par un griffon korthal épuisé, demi mort de faim et de soif, aux coussinets en sang. Grâce au tatouage, on a pu retrouver à Rueil Malmaison, sa famille qui le cherchait depuis 48 heures. Lui aussi aurait pu engendrer des métis… Heureusement les loups (enfin ceux dont il est question ici) sont encore loin de Paris.
Ces exemples pour montrer que la surveillance des chiens n’est pas toujours évidente.
Aussi il me semble qu’avant de statuer sur le devenir du loup dans notre pays, il faudrait peut-être se poser la question du chien retourné à l’état sauvage.
Et si c’était lui le vrai coupable ?


vendredi 2 mars 2018

Les Trois Bigoudis de Clémentine-



Les cheveux châtain clair, quand on vieillit sont une bénédiction (à la condition toutefois de ne pas les avoir bricolés à coups de teintures plus ou moins toxiques et elles le sont toutes !). Ils éclaircissent progressivement en passant par tous les tons de blond jusqu’au platine et souvent ne vont pas au-delà.
L’envers de la médaille, ce sont les copines qui veulent savoir comment on a fait pour obtenir cette couleur-là et qui prennent un air pincé quand on répond « Rien ! », genre la fille qui ne veut pas donner ses tuyaux. Et en vérité il n’y a vraiment rien d’autre à faire que de laisser agir la nature.
Dans ma famille, c’est une propriété transmise de génération en génération depuis l’arrière- grand-mère.
La « Mémère Clémentine » qui vivait la plupart du temps avec trois mèches entortillées sur de gros bigoudis, l’un au sommet du crâne et les deux autres au-dessus de chaque oreille. Ce qui lui donnait l’allure d’un être arrivant d’une autre planète et qui nous faisait bien rigoler, moi, mon frère et nos quatre cousins, augmentés des « gamins de la place ».
Notre maison donnait en effet sur une vaste place plantée d’arbustes et de massifs qui lui donnait l’aspect d’un square. Cette place nous servait surtout de terrain de jeux…. Bruyants souvent.
Vacarme qui faisait surgir de la fenêtre mansardée du second étage une tête de Clémentine furieuse, nous sommant d’une voix que la colère rendait « pincharde » de cesser immédiatement de brailler tout en ravageant la place.
« Gibier de potence ! piaillait-elle. Vous finirez sur l’échafaud ! » puisque de toute évidence nous allions la « faire mourir à petit feu » et de surcroît « avant l’âge ! ».
L’apparition de Clémentine ornée de ses trois bigoudis était si réjouissante que la plupart du temps, nous n’hésitions pas à la provoquer. Les arbustes de la place résistaient tant bien que mal et d’ailleurs ils sont toujours là. On peut vérifier : c’est à Nancy, place des Ducs de Bar. On a mis sous son ventre un parking, protégé les massifs de grilles et notre maison a changé de propriétaires et d’aspect…
Mais je m’égare et nous voici loin des trois bigoudis de Clémentine. C’est bigoudis qu’elle ôtait pour aller « en ville ». Et quel spectacle de voir ces splendides ondulations blond platine enfin libérées se dérouler sur ses épaules. Pas pour longtemps car au moyen de trois grosses épingles à chignon (trois étant sans doute son nombre fétiche), elle ramassait ses boucles en un volumineux chignon sur lequel elle posait un gracieux bibi noir et emplumé. Sa fille était modiste !
Clémentine à la chevelure magique était pour nous la « Mémère Clémentine » en un temps où l’on acceptait de se faire appeler Mémère la quarantaine à peine révolue. Sa fille la modiste qui se prénommait Lucienne, était devenue dès que nous éructions nos premières syllabes la « Mémère Lulu ». Qui cependant restait Madame Humbert pour ses clientes, ses fournisseurs et son personnel…. La Mère Humbert aussi pour pas mal d’autres qui avaient eu la malheur de la contrarier et en avaient subi les conséquences .

mardi 13 février 2018

L’avis de la kiosquière-



Les exhibitionnistes et autres frotteurs du métro, ce sont en fait de pauvres malades, comme me l’avait fort bien expliqué la kiosquière du Pont de Sèvres à qui j’avais certain matin, confié mes émotions.
Car il y a des satyres matinaux.
J’étais encore adolescente, disons quinze ou seize ans. Depuis le Pont de Sèvres, terminus de la ligne 9 du métro parisien jusque St Philippe du Roule ma destination, il y a environ trois quarts d’heure de trajet.
Quand on part du terminus, il y a forcément des places assises et du temps pour la lecture. Aussi j’achetais un magazine chaque matin ; ça crée des liens. Et donc la brave dame remarquant mon agitation s’enquit de son origine. Renseignée, elle me dit benoîtement : « Ah ! Il est revenu ? mais n’ayez pas peur, il n’est pas méchant. Il montre ; il ne touche pas ! C’est un pauvre malade vous savez. »
Rassurée, j’ai poursuivi ma journée et les jours suivants, ma foi, quand je voyais de loin la silhouette du « pauvre malade », je fixais mes chaussures. Si bien qu’il n’est resté pour moi qu’une silhouette informe et grisâtre qui n’a jamais forcé la porte de mes rêves.
Ma mère un jour, comme la plupart du temps assistée de ses copines « Haute-Couture » dans la bonne marche de mon éducation m’a demandé à quoi il ressemblait. « Oh ! Je n’ai pas vu sa tête ! » répondit l’innocente, sous les éclats de rire de ces dames distinguées.
Beaucoup, beaucoup plus tard, j’ai le souvenir d’un autre dîner d’après Yoga dans un bistrot chinois à l’enseigne de « Chez Gérard ». Dîner entre filles auquel participait Virginie notre professeur. Comment les histoires d’exhibitionnistes étaient-elles venues s’installer entre nos bols et nos baguettes, allez-savoir. A mon tour j’ai raconté mes aventures métropolitaines et devant leur nombre, j’ai vite été déclarée gagnante toutes catégories. Il est vrai que les autres n’avaient aucune chance : elles ne demeuraient pas près du terminus d’une ligne de métro !
Nos éclats de rire ont attiré l’attention des « jeunes cadres » de la table voisine qui visiblement auraient bien aimé partager notre joie de vivre. Tant d’années après, entre filles, on en rit encore.
Sans doute amies qui portez haut le droit des femmes à n’être pas importunées, cette légèreté vous indisposera. C’est pourtant elle, cette légèreté qui m’a permis, qui me permet encore de considérer ces épisodes comme des mésaventures et non des agressions.
Le rire ! ce grand thérapeute…
Ma grand-mère la modiste, quand je vivais de ces drames enfantins ou adolescents qui font douter de la nécessité de vivre, me disait en consolation : « Puisque un jour, bientôt, cette histoire te fera rire, commence donc par en rire tout de suite ». Un conseil que je n’ai jamais regretté de suivre.
Mais alors, vont me rétorquer les Justicières, tous ces agresseurs resteront impunis ? Ils courront toujours continuant leurs méfaits ?
Certes c’est un risque, mais on sait bien qu’une fois la peine purgée, l’amende payée, rien ne les empêchera de recommencer puisque le forfait est inscrit dans leur nature dévoyée. On sait qu’il n’est pas de cas unique et que si on en écarte un il en surgit d’autres.
Je connais bien le métro parisien ; l’exhibitionniste du Pont de Sèvres a encore des collègues sur toutes les lignes. Et puisqu’il est bien difficile de modifier leur comportement, modifions le nôtre et celui de nos filles. Apprenons à ne pas faire un drame de ce qui finalement ne porte pas atteinte à notre intégrité physique et pour ne pas attenter à notre intégrité morale, ne culpabilisons pas. Après tout, celui (ou celle) qui m’a tiré mon porte-monnaie dans un bus m’a causé plus d’embarras que le « pauvre malade » du Pont de Sèvres.
Jeunes filles, jeunes femmes, quand ces choses vous arrivent, parlez-en, parlez-nous. On a toutes en mémoire un ou plusieurs épisodes semblables. Apprenez avec nous à en rire.
Après… le viol, les coups ce sont d’autres problèmes beaucoup plus graves et qu’il faut aborder autrement, mais ne mélangeons pas tout.