dimanche 26 septembre 2010

Méditation

J'aime à méditer; c'est un droit strict que personne au monde ne peut m'empêcher d'exercer; je dois, à la vérité, reconnaître que nul jusqu'à ce jour ne s'est placé en travers de mes méditations, et c'est tant mieux, car s'il en était autrement, je réagirais de manière terrible; enfin, la question ne se pose pas puisqu'on me laisse méditer à ma guise. Donc, je médite, car je considère la méditation comme une excellente chose, mais aussi comme un dérivatif indispensable à l'équilibre tant physique que moral.
Remarquez que je ne médite pas à tout bout de champ, hors de propos, et n'importe comment; la bonne méditation demande, pour être profitable, une sorte d'état de grâce et un cadre approprié à l'état méditatif. Personnellement, il faut que je médite au bord de quelque chose; la chose importe peu; l'essentiel est qu'il y ait un bord; ah! j'en ai déja eu de charmantes méditations: au bord de la mer, d'un ruisseau, d'un coteau, d'une fenêtre, d'un chapeau, d'une assiette creuse, etc.
Une des plus jolies méditations dont j'aie gardé souvenance est celle à laquelle je me livrai un soir de juin prématuré, c'est à dire vers le 22 mai, d'une année strictement de série; c'était au bord d'un simple bord; d'un brave et honnête bougre de bord qui ne donnait sur rien; un bord, quoi, un bord individuel que je dénichai au hasard d'une promenade en wagonnet Decauville; je m'installai là et regardai un long moment le firmament criblé d'étoiles, malheureusement voilé, ce soir-là, par d'énormes potées de gros nuages d'autant plus visibles que le nuit n'était pas encore tombée, étant donné que la chose se passait vers les 15h45 de relevée et à proximité d'une manufacture de biscottes tièdes pour personnes atteintes de consomption digitale. je revois ce charmant tableau comme si j'y étais encore, je m'allongeai sur le sol encore humide de la dernière avalanche; un cover-coat à poils durs, sorti subrepticement d'une proche vallée forestière vint se coucher à mes pieds pour quémander un morceau d'ardoise que j'avais fort à propos emporté avec moi. Et petit à petit je m'enfonçai à perte de vue dans la plus profonde et la plus fertile des méditations; je laissai errer ma pensée par delà les méandres de la spéculation spirituelle et en arrivai bientôt à aborder le grave et universel problème du prix de revient du rouleau de papier peint ignifugé livré en cave, question non résolue, qui a passionné et passionnera encore longtemps des générations d'hommes de chevaux.
Je ne saurais trop recommander à mes contemporains de pratiquer comme moi la méditation; ils se sentiront devenir meilleurs et leur âme, au fur et à mesure de la marche du temps, s'évadera progressivement des étroites limites dans lesquelles nous tiennent enfermés les contingences quotidiennes d'une civilisation rétrograde, sinueuse et tronquée.

Pierre DAC

1 commentaire:

FRANKIE PAIN a dit…

bonne méditation
je ne te vois plus sur les blog
donne un peu de traces de toi
gros bisous