mercredi 24 octobre 2012

Depuis le temps qu'on vous le dit

On calcule que, pour procurer aux modistes les plumes et les cadavres entiers d'oiseaux que les femmes veulent sur leurs chapeaux, il faut tuer chaque année près de trois cent millions de créatures inoffensives, de créatures charmantes, de créatures utiles. Sans compter bien entendu, tout ce qu'on tue pour manger, tout ce qu'on tue pour le plaisir de tuer, de tendre un piège , de tirer un coup de fusil.
Il y a donc, parmi les animaux, un animal qui n'a pas de plus absorbante occupation que d'exterminer les autres. Le chat n'est cruel qu'aux souris; le tigre, symbole de férocité, ne déchire une proie que de temps en temps; l'homme tue sans arrêt.
Cependant,il n'arrivera pas à se trouver seul sur la terre, les oiseaux qu'il détruit, par exemple, cessent de détruire les insectes. Un chapeau de belle dame, qui représente la mort de trois ou quatre oiseaux, représente le salut de quelques milliards de bêtes nuisibles. Pour le plaisir d'empanacher nos femmes et nos filles, nous préparons les famines de l'avenir. Quand il aura fait disparaître ses meilleurs auxiliaires, l'homme disparaître lui-même devant la vermine, qui restera finalement maîtresse de globe.

NOS LOISIRS - 9 juin 1907


1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

L'Homme ne serait-il lui-même qu'une variété spécifique de vermine ?....