lundi 22 avril 2013

Charles d'Orléans

Comment s'occupe un poète prisonnier? Il observe le temps, car il en a beaucoup; ce lui qui passe, celui qu'il fait; la couleur du ciel et la forme des nuages... "Le ciel est par-dessus le toit..." chantait Verlaine emprisonné...
L'enfermement de Charles d'Orléans était certes moins étroit. A la cour d'Angleterre où il était retenu, il était plus otage que détenu et traité avec tous les égards dûs à un prince de sang royal, proche de al couronne de France. Cepedant un exil reste un exil et pendant les vingt-cinq ans que dura sa captivité, Charles d'Orléans eût le temps de mettre en vers les saison, le regret de ses amours perdues et la nostalgie du "doux pays de France". Un quart de siècle pendant lequel il a composé 131 chansons, 102 ballades, 7 complaintes (il se plaignait peu, finalement), 400 rondeaux et quelques pièces en langue anglaise.


Pourquoi une si longue captivité?
La Guerre de Cent Ans n'a pas été une suite ininterrompue de combats; elle fut entrecoupée de longues trèves. C'est en 1415, à la fin de l'une d'elles que l'armée française essuya le désastre d'Azincourt. Presqeu toute la noblesse française resta sur le champ de bataille, et Charles, cousin de roi de France , fut fait prisonnier; un prisonnier de choix qui valait une forte rançon. Rançon si énorme qu'il ne se trouva personne pour la payer. Peut-être en eut-il été autrement, s'il ne s'était agi d'un aussi proche parent d'un roi de France dont la propre mère contestait la légitimité.
Né à Paris, en l'hôtel Saint-Paul, résidence du roi Charles VI, un 24 novembre 1394, son père Louis1° d'Orléans était frère du roi; il avait épousé la séduisante Valentine Visconti , fille du duc de Milan.
Triste anniversaire, celui de ses treize ans: la veille, son père, en sortant de l'hôtel Barbette, situé rue Vieille-du-Temple, où il venait de rendre visite à la reine Isabeau de Bavière, est assassiné par une quinzaine de spadassins à la solde de son cousin Jean sans Peur, duc de Bourgogne.
Il s'en console dans les bras d'Isabelle sa cousine, fille du roi Charles VI et veuve de Richard II d'Angleterre qu'il avait épousée l'année précédente.
Malheureusement, comme c'était le lot de bien des femmes en ces temps, Isabelle meurt en donnant le jour à une fille. Elle avait vingt ans.
En 1410, il épouse en secondes noces Bonne d'Armagnac. Les Armagnac sont de grands féodaux bien décidés à venger la mort de Louis d'Orléans. Ils engendrent une guerre civile qui ravage la France, laissant les Anglais libres de reprendre la guerre qui se solde pour cet épisode par le désastre d'Azincourt.
Charles d'Orléans a vingt et un ans quand il est emmené en Angleterre, laissant en France son épouse qui meurt à la fin de la même année.
On pourrait s'étonner du fair-play anglais, qui n'ont fait aucune pression sur leur prisonnier lors du siège  d'Orléans en 1420, pour qu'il leur donne les clefs d'une ville qui faisait partie de ses possessions. Toujours est-il que la victoire de Jeanne d'Arc et de Dunois, demi-frère de Charles, marque le début des  revers anglais. Cependant, il faudra encore vingt ans et nombre de tractations diplomatiques, pour que l'otage soit libéré le 5 novembre 1440 contre une rançon tout de même coquette: 222000 écus..
Il a 46 ans et épouse Marie de Clèves âgée de 13 ans, qui lui donnera en 1462 un fils, le futur Louis XII. Loin de la Cour et de la politique, il s'installe au château de Blois et s'entoure de poètes, de jongleurs et de ménestrels.
Charles d'Orléans meurt  à Amboise le 5 janvier 1465 âgé de 71 ans , ce qui est un bel âge pour cette époque.

En regardant vers le pays de France,
Un jour m'advint, à Douvres sur la mer,
Qu'il me souvint de la douce plaisance
Que je soulais audit pays trouver;
Et commençai de coeur à soupirer,
Combien certes que grand bien me faisoit
De voir France que mon coeur aimer doit.

Je m'avisais que c'était non savance
De tels soupirs dedans mon coeur garder,
Vu que je vois que le voie commence
De bonne paix, qui tous biens peut donner;
Pour ce, tournai en confort mon penser.
Mais non pourtant mon coeur ne se lassoit
De voir France que mon coeur aimer doit.

Alors chargeai en la nef d'Espérance
Tous mes souhaits, en leur priant d'aller
Outre la mer, sans faire demeurance,
Et à France de me recommander.
Or nous doint Dieu bonne paix sans tarder!
Adonc aurai loisir, mais qu'ainsi soit,
De voir France que mon coeur aimer doit.

Pais est trésor qu'on ne peut trop louer.
Je hais guerre, point ne la doit priser;
Destourbé m'a longtemps, sois tort ou droit,
De vois France que mon coeur aimer doit!


Vautour dans les Contes 
Poireaux au Jardin

1 commentaire:

solveig a dit…

Par Saint Georges, le beau poème !