vendredi 1 août 2014

Bon anniversaire


La comtesse de Ségur n'a pas raconté que des histoires de petites filles qui ne peuvent plus guère servir de modèles aujourd'hui. Elle a décrit à peu près toutes les couches de la société de son temps: le Second Empire. Elle avait des préoccupations qui sont encore les nôtres aujourd'hui, le travail le dimanche par exemple.

Sophie de Ségur, (née Rostopchine, elle n'avait garde de nous le laisser oublier), s’est toujours sentie étrangère au « grand monde » qui ne l’a acceptée qu’avec condescendance. Elle admet que ces gens se sentent supérieurs sans comprendre vraiment en quoi. En revanche, ce qu’elle déteste absolument, ce sont les bourgeois et les parvenus ; les gens dont la seule valeur est la richesse. Elle a ce snobisme suprême de préférer un paysan ou un ouvrier au grand cœur et au raisonnement droit, à un riche sans finesse ni éducation. En réaction contre la bourgeoisie d’argent, l’extrême droite chrétienne à laquelle elle appartient, se préoccupe du sort des classes défavorisées. Dans Diloy le Chemineau, le général d’Alban, un des avatars de Fédor Rostopchine son père, et aussi de Philippe de Ségur, (l'oncle de son mari qui fut aide de camp de Napoléon1°),fulmine contre « Messieurs les fabricants » qui ne respectent pas les jours de repos de leurs ouvriers, les empêchant ainsi, et c’est le plus grave, d’aller à la messe.

« - Voyons, mon brave garçon, assois-toi et dis moi quelle est la place qu’on t’a offerte ?
C’est chez un fabricant de chaussons, monsieur le comte ; on m’offre le logement, le chauffage et deux francs cinquante par journée de travail.
-De combien d’heures la journée ?
-Douze heures, monsieur le comte.
-C’est deux de trop. As-tu les dimanches et fêtes ?
-Ce n’est pas de droit. On peut exiger que je travaille dans les temps pressés.
-Et c’est toujours temps pressés pour MM. Les fabricants. Et les enfants, les occupe-t-on ?
-Quand ils ont dix ans, monsieur le comte, on leur donne de l’ouvrage à cinquante centimes par jour.
-Le travail est-il fatigant, difficile ?
-Sauf qu’on est assis tout le temps du travail, ce n’est pas trop dur.
-Et les enfants, travaillent-ils dehors ?
-Non, monsieur le comte, à l’atelier ; ils ne sortent pas.
-Et ont-ils leur dimanche ? peuvent-ils aller au catéchisme, à l’école, dans la semaine ?
-Pas quand on a besoin d’eux.
- Et on aura toujours besoin d’eux….Surtout quand le chef est un homme sans foi ni loi. Je connais ce chef de fabrique, M. Bafont. C’est un gueux qui ne croit à rien, qui ne songe qu’à gagner de l’argent. Il se moque de l’ouvrier et de sa moralité… »


Sophie l'aristocrate fut la grande amie - et peut-être davantage- d'Eugène Sue. Quand ses convictions socialistes envoyèrent en prison l'auteur des Mystères de Paris, elle fut contrainte sous la pression de son entourage de cesser de le recevoir . Que seraient devenues les Petites Filles Modèles si la Comtesse de Ségur avait osé laisser parler son coeur???

Elle aurait aujourd'hui 215 ans. Bon anniversaire, chère Sophie.


3 commentaires:

Binchy a dit…

Enfant, je me suis régalée avec les ouvrages de la comtesse de Ségur, c'est bien de lui rendre hommage.
Je vous souhaite un agréable week-end.
Amitiés.
Bernadette.

Gine Proz a dit…

La compagne de mes premières lectures... Bel hommage!

LOU a dit…

Du coup, avec tes explications, tu me donnes l'envie de la lire...