lundi 15 juin 2015

Un poète: Gentil Bernard




Gentil Bernard était poète, mais était-il vraiment « gentil » ? Avait-il mérité ce surnom que lui avait donné Voltaire ?
Pierre Joseph Bernard est né à Grenoble le 26 août 1708. Son père sculpteur, l’envoie faire ses études chez les Jésuites à Lyon.
Puis, comme tous les jeunes gens ambitieux, il «monte » à Paris et gagne sa vie comme clerc chez un procureur où il s’ennuie ferme. Il rêve d’aventures et en 1733, il s’enrôle dans l’armée qui part en Italie. Le général marquis de Pezay le prend comme secrétaire . Content de ses services, de Pezay recommande Bernard au maréchal de Coigny.
Le jeune homme ne se contente pas de gratter du papier ; il se bat aussi et se distingue à Parme et à Guastalla. A ses moments perdus, il fait des vers. Ce qui déplaît au Maréchal ; un secrétaire n’est après tout qu’un domestique qu’il n’admet pas à sa table ; Bernard est interdit de poésie.
En 1736, il a quitté le Maréchal et l’armée et publie quelques vers dans l’Almanach des Muses. En 1737, il écrit un livret d’Opéra tiré de Castor et Pollux , une tragédie de Quinault. Jean Philippe Rameau en compose la musique. Bernard le dédie à Madame de Pompadour.
La favorite le fait nommer bibliothécaire du cabinet du Roi au château de Choisy. Pour la jolie somme de30000 livres par an, il n’a pas grand’chose à faire.
Le vieux maréchal de Coigny avant de mourir le recommande à son fils et en 1740, le duc le fait nommer Secrétaire Général des Dragons, pour 20000 livres par an. En mai de cette année-là, il avait commencé d’écrire l’Art d’Aimer pour lequel Voltaire le félicite et le baptise « Secrétaire de l’Amour ».
Bernard a grandi au temps de la Régence et de la morale . Le règne de Louis XV n’impose pas plus de rigueur et notre poète, désormais fort riche, fêté dans la meilleure société, membre de la libertine Société du Caveau, ne songe qu’aux plaisirs et à la débauche. Il fait la fête jusqu’à en devenir Gâteux. Il meurt à Choisy en 1771.
Son ouvrage principal et presque unique est cet Art d’Aimer auquel il travailla pendant 30 ans. C’est un long poème licencieux qui bénéficia d’une grande réputation… tant qu’il ne fut pas publié. Bon diseur, Bernard en faisait lecture dans les salons, mais on trouva l’ouvrage publié assez médiocre et, après la mort du poète, Voltaire à la plume acérée écrivit à St Lambert qu’il avait bien fait de tarder à publier son œuvre.
Le Prince de Ligne fit de « Gentil Bernard » un portrait peu flatteur affirmant qu’il n’était gentil ni de figure ni de manières. Il le décrit pourtant comme « Grand, assez beau, brun, aimable, facile, complaisant, homme de bonne compagnie, aimé de tout le monde, ne faisant ni esprit ni compliment, bien gourmand et lisant à merveille son « Art d’aimer ».

L'amant frivole et volage
Chante partout ses plaisirs;
Le berger discret et sage
Cache jusqu'à ses désirs.
Telle est mon ardeur extrême:
Mon coeur, soumis à ta loi,
Te dit sans cesse qu'il aime
Pour ne le dire qu'à toi....

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