dimanche 8 mars 2009

Carnets de voyage - Malte avril 2008 copié



Jour 2-
Malte est un caillou biscornu aux rivages échancrés de nombreuses criques plus ou moins profondes, dont une seule porte le nom de port : Le Grand Port.
Guy mon mari, ancien marin au long cours, qui plus tard a souvent voyagé pour Air France et donc posé son sac (léger) un peu partout dans le monde, m’a enseigné que si on se perd dans une ville portuaire, il faut toujours prendre les rues qui descendent car elles mènent au port d’où l’on peut s’orienter.
C’est vrai partout, sauf à Malte où les rues qui descendent, souvent remontent. En tout cas elles finissent toujours par mener à la mer, voire à un port, mais lequel ?
Suivre les lignes de bus est également hasardeux ; car si le trajet, pendant un temps, suit scrupuleusement le front de mer, il arrive que lassé des nombreux détours que cette route comporte, il prend un raccourci par une rue transversale qui coupe un cap, ou un pont qui traverse un bras de mer.
Ce qu’il faut en tout cas éviter absolument, c’est demander son chemin ; surtout à deux messieurs en conversation. Ils seront enchantés de vous rendre service, mais si l’un vous indique la droite, l’autre vous recommandera la gauche. Comme ils sont volubiles, à la voix bien timbrée, ils attireront l’attention d’un troisième et tous seront d’accord pour vous indiquer une autre direction.
Pendant que vous tenterez de reprendre vos esprits égarés, car la conversation se déroule en Malto-britannique, de nombreux participants quitteront le pas de la porte d’où ils contemplaient le monde paisiblement, pour apporter leur concours à grand renfort de gestes indicatifs ;
Quand vous aurez saisi qu’au coin de la rue que vous cherchez se trouve un reposoir où loge une statue de la Vierge ou d’un saint quelconque, ne vous croyez pas tiré d’embarras : il y a des reposoirs presque à chaque carrefour.
Vous me direz, à Malte comme ailleurs, les rues portent des noms, Certes, mais gravés discrètement dans un pierre blonde et tendre et encore, pas des deux côtés. Parfois, ce sera en revenant sur vos pas que vous pourrez enfin lire le nom après lequel vous courez.
Vous ne courez pas, d’ailleurs, car les rues furent jadis pavées par les Chevaliers. Ils étaient porteurs de bottes et célibataires et comme La Vallette est construite sur un rocher – dans certaines rues la déclivité est telle qu’on les déconseille aux véhicules- les rues sont aussi dures à descendre qu’à remonter. ;
Mais il fait doux, les géraniums sont géants et les orangers en fleurs. Leurs senteurs se mêlent à celle du crottin frais. On entend le joyeux piticlop des légers pur-sang arabes qui tirent les « karozins ».
Dans bien des pays , les chevaux préposés à ce boulot sont misérables, mais ici non ; ils sont soignés avec amour, leur robe est luisante et leur peau bien tendue sur des muscles élastiques. On voit parfois leurs cochers échanger avec eux des propos affectueux ou leur offrir en cas de réclamation proférée d’un sabot impérieux, un morceau du pain de leur imposant sandwich.