dimanche 26 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (7)



Tant et si bien que, couché et ayant éteint ma lampe, je continuai à l’imaginer, là. Et, si violente était mon envie physique que je m’assoupis, lèvres pressées sur mon oreiller.
La chance devait être attentive à mon besoin car, après un espace de temps que je ne sus mesurer, j’entendis, tamisé par mon demi-sommeil, bruire le doux sifflement des gonds de ma porte : Jasmine !… Ma discrète et jeune servante venait comme souvent, lorsque, par quel secret avertissement ! elle sentait que l’homme désirait la femme. Une senteur, une onde quittant nos sens et allant à celle qu’il nous faut et qui accourt ? C’est certainement cela.
Je me réveillai mais je continuai à feindre de dormir, afin d’ajouter à mon plaisir berceur. Jasmine se glissa à côté de moi avec cette retenue inquiète que j’aimais d’elle : la crainte de courroucer son maître en le tirant du sommeil, d’être chassée, et, en même temps, le désir d’être caressée par la même force changée en de tendres affleurements qui la feraient frémir d’une sourde jouissance, autant que, rejetée et mise à la porte, elle aurait frémi de peur et de regrets.
Jasmine venait s’offrir avec une telle envie que son ventre et ses cuisses, que je touchai comme par mégarde en faisant celui qui se retourne pour mieux garder le sommeil, me parurent sortir de quelque four magique où l’on enfourne les amantes afin de les chauffer au degré propice à une passagère mais violente luxure. Aussi ne résistai-je pas longtemps à son appel.
Me retournant vers elle, je l’étreignis, joignant mon désir au sien au point de me sentir étinceler d’une jouissance désordonnée, encore jamais ressentie, nouvelle, inventive et interminable d’un subtil cheminement qui aboutissait partout dans mon corps offert.
Et je fus voluptueusement épuisé, détruit, mort.
Revenu à la réalité, je louai le hasard béni qui m’avait fait engager Jasmine, adroite servante, pour le service général du château et qui me servait mieux encore en particulier. Discrète Jasmine, aux vingt ans à fleur de peau, qui, cette nuit-là, parvint à tout me faire oublier derrière une étamine de plaisir : soucis, dettes, conflits et même… même l’Isabelle !
Jasmine m’ayant offert le meilleur de sa sève et de sa jeunesse, je voulus également me réjouir l’œil en la regardant embellie , elle, silencieuse et peut-être évanouie de m’avoir trop donné. Je me dressai pour allumer la lampe posée sur ma table de chevet.
Elle dut comprendre mon intention et sa main retint mon bras.
C’était bien la première fois qu’elle osait s’opposer à un geste autre que ceux de l’amour. Mais je n’y attachai aucune importance, et ce nouveau contact de nos peaux fit qu’encore nous flambâmes de l’envie de l’autre.
Cette fois je restai, me sembla-t-il, des heures anéanti et, ayant enfin retrouvé ma volonté, je pensai que Jasmine était depuis longtemps repartie.
Non, je la sentis toujours là, mais en profond sommeil.
Je voulus la voir et parfaire ainsi les merveilleuses sensations qu’elle m’avait prodiguées.
J’allumai et me tournai vers elle.

A suivre...

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Aîe ! à mon humble avis c'était pas la chose à faire !