mardi 28 juillet 2009

L'Isabelle - Claude Seignolle (9)



Non, elle se trouvait toujours sur ma couche, assoupie, abandonnée au désir vainqueur.
Alors, fermant la porte sur elle, faisant double tour de serrure, je revins à l’incendie pour essayer de sauver cette demeure jusqu’ici vide et triste mais qui, maintenant, allait rayonner d’Isabelle, ma passion.
Mes domestiques chassaient déjà les flammes avec acharnement. Je m’opposai à ce qu’on alertât des étrangers car je ne voulais pas que ceux-ci, sous couvert de sécurité générale, visitant tout le château, ne découvrent et dérangent Isabelle, colportant partout son existence, alors qu’il m’était plus facile de museler mes gens par la menace.
L’incendie maîtrisé, je les congédiai, et, tant j’avais hâte de retrouver Isabelle enfin libre et à moi, j’exigeai qu’on me laissât en paix, quoi qu’il advienne.
Elle dormait toujours et, lorsque je fus à nouveau à côté d’elle, dans sa chaleur, je commençai à croire que j’avais rêvé le tableau.
A mon contact, elle se réveilla et, restant dans son silence d’enamourée, elle se pressa contre moi.
Nous nous aimâmes jusqu’à l’aube.
Et le drame fusa qui m’étreignit et faillit m’anéantir.
Avec la clarté du jour naissant, son désir cessa et elle montra une vive impatience. Je ne pus l’empêcher de se lever tant elle le fit rapidement et, , avant que je me sois précipité pour la retenir, elle était déjà partie.
Je ne doutais pas un instant qu’obéissant à son état diurne, elle voulait rejoindre sa toile d’immortalité. Aussi calmai-je mon désir de la suivre, trouvant plus prudent de l’attendre, là, dans cette chambre qui allait, par force, devenir son royaume nocturne. Et, m’empressant de tirer les doubles rideaux bord contre bord, je décidait de ne jamais plus y laisser passer le moindre trait du jour.
Ne doutant pas qu’elle reviendrait aussi vite qu’elle était partie, heureuse de trouver ma protection, je l’attendis avec la joie inquiète de celui qui vient de jouer un méchant tour mais qui compte sur l’humeur compréhensive et pardonnante de sa victime.
Je savais que, ne pouvant parler, Isabelle vivait par ses gestes et ses yeux. Aussi, à défaut de mots consolants à dire, je préparais des regards consolateurs et désireux d’un pardon que je savais mériter.
Elle revint…
Elle entra, affolée ; referma la porte et s’y appuya avec atterrement.
Son corps tremblait comme saisi de démence.
Son visage exprimait la colère la plus cruelle qu’il m’ait été donné de contempler.
Isabelle se tenait là, monstrueuse de dépit.
Enfin, elle s’apaisa et, les bras tendus, vint à moi qui l’espérais malgré et contre tout ; l’acceptant, qui fût-elle.

A suivre...

1 commentaire:

anne des ocreries a dit…

Là, il est dans la mouise !