jeudi 19 août 2010

Plus fort que les violons...

Le musicien de rue était debout dans l'entrée de la station « Enfant Plaza » du métro de Washington DC. Il a commencé à jouer du violon. C'était un matin froid, en janvier dernier. Il a joué durant quarante-cinq minutes. Pour commencer, la chaconne de la 2ème partita de Bach, puis l'Ave Maria de Schubert, du Manuel Ponce, du Massenet et à nouveau, du Bach. A cette heure de pointe, vers 8h du matin, quelque mille personnes ont traversé ce couloir, pour la plupart en route vers leur travail. Après trois minutes, un homme d'âge mûr a remarqué qu'un musicien jouait. Il a ralenti son pas, s'est arrêté quelques secondes puis a démarré enaccélérant. Une minute plus tard, le violoniste a reçu son premier dollar : en continuant droit devant, une femme lui a jeté l'argent dans son petit pot. Peu après, un quidam s'est appuyé sur le mur d'en face pour l'écouter mais il a regardé sa montre et a recommencé à marcher. Il était clairement en retard. Celui qui a marqué le plus d'attention fut un petit garçon qui devait avoir trois ans. Sa mère l'a tiré, pressé mais l'enfant s'est arrêté pour regarder le violoniste. Finalement sa mère l'a secoué et agrippé brutalement afin que l'enfant reprenne le pas. Toutefois, en marchant, il a gardé sa tête tournée vers le musicien. Cette scène s'est répétée plusieurs fois avec d'autres enfants. Et les parents, sans exception, les ont forcés à bouger. Durant les trois quarts d'heure de jeu du musicien, seules sept personnes se sont vraiment arrêtées pour l'écouter un temps. Une vingtaine environ lui a donné de l'argent tout en en continuant leur marche. Il a récolté 32 dollars. Personne ne l'a remarqué quand il a eu fini de jouer. Personne n'a applaudi. Sur plus de mille passants, seule une personne l'a reconnu. Ce violoniste était Joshua Bell, actuellement un des meilleurs musiciens de la planète. Il a joué dans ce hall les partitions les plus difficiles jamais écrites, avec un Stradivarius valant 3,5 millions de dollars.Deux jours avant de jouer dans le métro, sa prestation future au théâtre de Boston était « sold out » avec des prix avoisinant les 100 dollars la place. C'est une histoire vraie. L'expérience a été organisée par le « Washington Post » dans le cadre d'une enquête sur la perception, les goûts et les priorités d'action des gens. Les questions étaient : dans un environnement commun, à une heure inappropriée, pouvons-nous percevoir la beauté ? Nous arrêtons-nous pour l'apprécier ? Reconnaissons-nous le talent dans un contexte inattendu ? Une des possibles conclusions de cette expérience pourrait être : si nous n'avons pas le temps pour nous arrêter et écouter un des meilleurs musiciens au monde, jouant pour nous gratuitement quelques-unes des plus belles partitions jamais composées, avec un violon Stradivarius valant 3,5 millions de dollars, à côté de combien d'autres choses passons-nous ? A méditer ...


Cette histoire me fait souvenir d'un autre violoniste... Il n'était pas célèbre, son instrument n'était pas un Stradivarius et très vraisemblablement, aucune grande salle de concert n'avait fait ni ne ferait jamais appel à lui.Il faisait la manche dans Central Park. Son répertoire n'était pas bien compliqué, mais il jouait bien, avec émotion dans ce matin froid et ensoleillé de Mars à New-York et lui, nous l'avons écouté... parce que nous étions "en vacances"; nous avions le temps. Et je me demande en lisant cette histoire, si au temps où je courais dans les couloirs du métro parisien -et à Franklin D. Roosevelt, ils sont longs et propices aux concerts improvisés- si, Ivry Gitlis ou Ishtac Perlmann avaient joué les mêmes morceaux, aussi amoureuse de la musique que je sois, j'aurais pris le temps de m'arrêter et d'écouter au risque de commencer ma journée detravail en retard Le vrai problème, n'est pas l'indifférence des passants mais l'état de stress dans lequel la société les conduit au point de ne pas s'accorder le temps d'un plaisir innocent et vrai. Et plus grave encore, celui de ces enfants a qui des parents aimants et attentionnés inculquent l'idée que n'importe quelle obligation quotidienne est plus important pour eux que le cadeau imprévu que leur fait la vie.

P.

1 commentaire:

Patrick Lucas a dit…

Voilà une grande question... la perception de la beauté !
je ne pense pas qu'elle soit une question de rareté ni de prix ni même d'exceptionnalité mais plutôt une question de disponibilité et de sensibilité.
Pas facile en effet d'être réceptif en état de stress et c'est bien dommage tant le stress fait des ravages.

Notre société en mettant en avant le matériel ne favorise pas l'apaisement. A chacun d'en prendre conscience et de mettre en place un système de vie pour le réduire...

Quant à la beauté elle est partout... dans un regard, une fleur, un geste, un horizon, une oeuvre d'art ou un sourire... elle est partout... il suffit de la voir

Bonne journée : Kisses