jeudi 17 mai 2012

Une ferme fortifiée


A 30 km environ au nord de Chartres, on rencontre le Thymerais. Ce qui ne laisse pas de surprendre puisqu’on ignore généralement l’existence de ce bailliage établi par Henri IV en 1589 et dont le siège se trouve à Châteauneuf .
Le Thymerais n’est plus l’Ile de France et pas encore la Normandie ; il est moins plat que la Beauce et pas tout à fait aussi vallonné que le Perche.
Il comprend, outre Châteauneuf et Thimert, Maillebois, Brezolles, Senonches, Belhomert, la Loupe, La Ferté-Vidame et entre Senonches et Maillebois , Louvilliers les Perche
Sa limite avec le Perche se situe à la lisière sud des bois de la Ferté et de Senonches.
Le Thymerais comme le Perche relevait de l’intendance d’Alençon.
On rencontre dans cette région un grand nombre de fermes fortifiées telles le Plessis à Pontgouin la Grand’Maison au Favril ou le Romphay à Digny pour n’en citer que quelques une. Cette architecture particulière s’est développée au cours de la guerre de cent ans, les bâtiments ayant une vocation défensive, protectrice et nourricière des populations.
Schéma rapide : les Anglais tenaient Verneuil et la Normandie ; le roi de France , Charles VII était réfugié à Chinon ; la Beauce, sans obstacle naturel fleuve ou montagne était donc un couloir aisé pour amener les Anglais de Normandie jusqu’aux bords de Loire, d’où l’utilité de ces forteresses du Thymerais. Et parmi elles, le Rouvray.
Situé au bord de la route de Verneuil, sur le Plateau, la ferme du Rouvray réunit autour d'une vaste cour, un ensemble de bâtiments de diverses époques, isolés par de larges douves, maintenues en eau par l’inclination naturelle du terrain qui permet aux eaux de pluie de ruisseler dans le bon sens.
Le nom de Rouvray, vient du chêne rouvre, commun au temps des Gaulois, devenu très rare et qui portait le gui sacré des druides. Ce gui n’a rien à voir avec celui qui parasite nos pommiers et auquel on ne peut guère trouver d’autre utilité que celle du bouquet de fin d’année sous lequel embrasser nos amoureux.
Le Rouvray, habité depuis fort longtemps, de par son nom revendique une origine celtique et probablement fut un lieu sacré. Les traces de cette civilisation sont nombreuses dans le périmètre : Mainterne, village voisin dont le nom a pour origine maën-tal (extrémité de la roche) et la ferme proche de la Lucazière , lieu vraisemblablement dédié au culte de Lug , dieu de la lumière.
On peut supposer qu’au temps des Gaulois une forteresse était établie sur l’emplacement du Rouvray.. Mais des constructions en bois des Gaulois, il ne reste plus rien, sauf le nom d’un hameau voisin : La Plesse. Une Plesse était une fortification avancée, défendue par un maillage de branches, de ronces et d’aubépine. Le mot de plesse désigne toujours dans le Perche une clôture végétale de préférence épineuse. Il en est resté le plessis qui désigne la défense avancée d’une forteresse.
En suivant l’ordre logique des choses, le Rouvray, situé à deux kilomètres de la voie romaine qui passe à Blévy, fut probablement une villa Gallo-Romaine.
Vers 960, le Rouvray est une véritable forteresse enceinte de murailles en silex renforcés de puissants contreforts et entourée de fossés alimentés par les eaux de pluie et maintenus en eau par la pente naturelle du sol. Ces douves sont toujours en état. En été , en période de sécheresse, on peut en se promenant le long des douves, voir des traces de ces constructions, en particulier sur la face nord.
Une seule tour subsiste -peut-être du XII° -et on distingue encore les fondements des autres.
Place forte pendant la guerre de cent ans, les bâtiments actuels supportés par une charpente du XVI°, datent dans leur ensemble du XVII° siècle, sauf bien entendu, les bergeries dont on peut situer la construction vers le début du XIX°.
Toujours est-il que de ce passé, nous n’avons aucune preuve formelle.
En 1460, un an avant la mort de Charles VII, le Rouvray dont la suzeraineté dépassait largement les limites de Maillebois, devint un simple manoir. François de Courseulles bailli et capitaine de Dreux, épouse Jacqueline Le Barrier, fille d’un écuyer, seigneur du Rouvray qui lui apporte en dot, outre d’autres seigneuries : le Rouvray.
Les terres, alors d’une étendue considérable, jouissaient de droits seigneuriaux dont Maillebois dépendait. Plus tard, vers la fin du règne de Louis XV, les seigneurs du Rouvray en difficulté, furent expropriés et les seigneurs de Maillebois réunirent les terres à leur domaine ce qui leur donna les droits de haute, moyenne et basse justice.
En 1552, Pierre de Courseulles achète le domaine de Dampierre.
En 1587, Jean de Courseulles est valet de chambre ordinaire du roi Henri III et possède un important patrimoine.
Son fils François devient conseiller du roi Louis XIII, achète les domaines de Fortisle et de Tréon. Il meurt en 1649( la Fronde). Il est inhumé à Dampierre qui est resté le lieu de sépulture de la famille de Courseulles.
Sous le règne de Louis XIV, commence une période de difficultés. Les forges de Dampierre sont vendues au duc d’Enghien.
Son acquisition par le marquis de Maillebois , vers 1740.
S’ensuit une longue période de fermage jusqu’au rachat en 1860 par Mr Paris maire de Saint-Maixme.
Le destin du Rouvray fut dernièrement  lié à celui du domaine voisin de Maillebois. C’est à cette époque qu’ eut lieu le tournage en 1966 tant à Maillebois qu’au Rouvray, des « Illusions perdues » d’après Balzac ; téléfilm en quatre épisodes , réalisé par Maurice Cazeneuve, avec Anne Vernon, la duchesse de Langeais ; Bernard Noël, Vidocq ; Elisabeth Wiener, Coralie ; Yves Rénier, Lucien de Rubempré ; François Chaumette, Mr du Châtelet.
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1 commentaire:

claude a dit…

Superbe article historique, vous êtes la Phénix des hôtes du Thymerais !

Ce récit des fermes fortifiées du Thymerais a toute sa place dans LA GAZETTE Beauce, Perche, Thymerais.
Seriez-vous d'accord pour qu'il y paraisse.

Je le communique au rédacteur en chef