dimanche 25 novembre 2012

Le viol en question...

Qui peut se prévaloir de n'avoir jamais été violé? J'ai longtemps cru avoir cette chance. 

Ce qui revient le plus souvent quand on parle du viol, c'est la honte et la culpabilité qu'éprouvent les victimes, qui mettent un temps fou à se libérer de la peur, de la souillure, bref du choc de l'agression.
Le viol est parfaitement défini par la loi, mais un truc bien crade, bien dégeueu, tellement sale qu'on n' ose pas le raconter et qui n'entre pas dans cette définition, qu'est-ce que c'est?
Je n'ai jamais été violée au sens où la loi l'entend; cependant, il y a bien longtemps,il m'est arrivé une chose dont je n'ai pu parler que des années après et il faut cette campagne anti-viol pour que je me résolve à l'écrire. Espérons que ce mouvement aidera à faire crever d'autres abcès.
J'habitais dans ces années-là Boulogne Billancourt, au pont de Sèvres, terminus de la ligne N°9 du métro. Une rame sur deux seulement allait jusque-là; l'autre s'arrêtait à la porte de Saint-Cloud. Et dans cette rame qui allait jusqu'au bout, la plupart des voyageurs descendaient à Marcel Sembat, deux stations avant. Si bien que le wagon était la plupart du temps désert en arrivant au terminus. Déjà , on avait supprimé l'employé qui, en tête de rame, surveillait le convoi et la bonne fermeture des portes. Le conducteur, dans sa cabine était de dos.
Et donc ce soir-là, je dis ce soir mais il ne devait guère être plus de 20h, puisque je quittais mon job vers la Concorde autour de 19h. J'avais quinze ans et je portais un foulard. C'était la mode alors de recouvrir nos hauts chignons bouclés d'un carré de soie ou de mousseline noué sous le menton; le mien était bleu marine.
Je me trouvais dans le wagon de tête, au plus près de la cabine du conducteur et je tournais le dos aux autres voyageurs. Plongée dans la lecture d'un magazine, je ne prêtais aucune attention aux mouvements qui accompagnaient chaque arrêt. Je ne suis pas d'un naturel craintif et j'étais habituée à ces voitures à peu près désertes; de plus, comme je l'ai dit, il n'était pas vraiment tard. Et il aurait peut-être mieux valut que ce fut plus tard: les usines Renault fonctionnaient encore au Pont de Sèvres et aux heures de changement d'équipe, il y avait du monde dans le métro. 
On approchait du terminus et au moment où sortant du tunnel, la rame allait s'arrêter, deux mains se sont posées sur mon visage, me barbouillant d'une substance visqueuse à l'odeur inconnue pour moi. Pourtant, élevée dans des ateliers de femmes aux propos décomplexés, je n'étais plus assez innocente pour ignorer ce qui  venait de m'arriver. Je n'ai pas vu qui m'avait fait çà; les portes se sont ouvertes, quelques silhouettes marchaient à vive allure sur le quai. Je n'ai pas crié, je n'ai pas songé à me plaindre. J'ai arraché mon foulard, lui aussi maculé, avec un coin sec je me suis essuyée et j'ai jeté mon beau carré de soie dans la poubelle du quai. Puis je suis rentrée chez moi, pour me précipiter à la salle de bain. Là je me suis récuré la face avec l'éponge à gratter de la baignoire.
Ma mère est rentrée peu après, nous avons dîné en nous racontant nos journées; j'ai omis mon retour en métro.... et la vie a repris.

5 commentaires:

anne des ocreries a dit…

Y a vraiment des dégueulasses.....

solveig a dit…

C'est moche ... Anne a raison.
Quel dégoût.

solveig a dit…
Ce commentaire a été supprimé par l'auteur.
Marité a dit…

Et bien sûr tu n'as rien dit... de peur d'être mise en cause !!! Un traumatisme qui ne s'efface pas d'un coup d'éponge à récurer...
GROS BECS pomme..

almanachronique a dit…

Non, ce n'était pas cette crainte Marité; je ne me sentais aucunement responsable ou coupable. Simplement,je n'avais pas de mots pour raconter un truc aussi dégoûtant, et longtemps je ne les ai pas eu...