lundi 8 septembre 2014

De la part de Claude


Il y a bien des façons de ne pas être pauvre. Ne pas payer ses impôts par exemple et n'en avoir pas honte au point de trouver normal de figurer au nombre de ceux qui nous dirigent. Ou bien encore exposer sans vergogne ses déboires conjugaux et "faire " des centaines de milliers d'euros en trempant sa plume dans la bile et dans la boue. Pendant ce temps, il y en a qui rament...
(Commentaire de la Chroniqueuse)

://jeanzin.fr/2014/09/07/les-salauds-au-pouvoir/

Extrait du blog :


Les salauds au pouvoir

C'est une tendance bien connue dans les moments de crise de rechercher des boucs émissaires et de rendre les pauvres et précaires responsables de leur propre sort. La montée du chômage qui en fait un phénomène social, macro-économique, le rend aussi forcément trop lourd à financer, charge qu'on va imputer aux chômeurs eux-mêmes, devenus une surpopulation indésirable dont on aimerait bien se débarrasser.
Il y a toute une tradition anglo-saxonne complètement décomplexée qui va dans ce sens, de Malthus et Spencer à Thatcher et ses successeurs qui en rajoutent sur la culpabilisation des pauvres même si on ne va plus jusqu'à prôner ouvertement leur élimination au nom de la science lugubre que serait l'économie !

Chez nous, cette brutalité était moins bien admise par notre égalitarisme républicain, restant l'apanage de l'extrême-droite ou de petits salauds ambitieux genre Wauquiez. C'est pourquoi il faut s'alarmer de voir ces discours repris par un gouvernement, censé de plus être de gauche !

Certes, il n'y a là rien de neuf, dira-t-on. Les pauvres ont constamment été soumis à l'état d'exception, l'oppression et le mépris : ce sont les perdants, les loosers, une race inférieure que les winners, très contents d'eux-mêmes et de leur réussite sociale, contemplent de haut.
Il faudrait bien faire changer la honte de camp, rendre plus honteux ces véritables salauds qui nous accablent de leur morgue et de leurs petits esprits mais, par définition, on ne pourra jamais mettre les perdants (prolétariat) au pouvoir.
La seule force des pauvres est le nombre - ce qui ne veut pas dire hélas qu'il suffirait de faire nombre pour ne pas se croire du côté des dominants, mettre encore plus salauds au pouvoir et chercher d'autres boucs émissaires : juifs, musulmans, immigrés, étrangers. Le ressentiment peut être ravageur, mieux vaudrait ne pas l'attiser par la haine des chômeurs.

Si je reviens avec retard sur les menaces de François Rebsamen envers les chômeurs, c'est que je trouve qu'il s'en est un peu trop bien tiré et n'a pas eu le retour de bâton mérité, qu'on a été finalement bien trop indulgent avec cette raclure qui met en jeu des vies, ses propos ayant été minorés voire justifiés alors que ce sont ceux d'un minable qui fait porter aux plus faibles le poids de ses propres échecs.

C'est tout de même un peu fort un gouvernement qui enfonce le pays dans la crise, entretient un chômage de masse et accuse les chômeurs ensuite de ne pas rechercher assez activement un emploi ! Il y a de quoi rendre fou.
Le problème n'est pas, comme le prétend bêtement Dominique Schnapper, de contrôler la fraude et les droits des chômeurs comme tout autre droit, mais bien de vouloir faire dépendre l'indemnisation de la recherche active d'un emploi introuvable.
Le problème ce n'est pas seulement qu'il n'y a rien de plus cruel que d'accuser ceux dont personne ne veut et qui ne reçoivent que des lettres de refus, quand on daigne leur répondre, mais que cela perpétue l'incroyable illusion qu'on pourrait passer son temps à chercher un travail qu'il n'y a pas !
Au début, bien sûr, même si c'est en prenant son temps pour reprendre son souffle, on suit les pistes qui nous semblent les plus naturelles et favorables, on sollicite ses réseaux, on consulte quelques sites voire quelques associations quand on ne tombe pas dans le panneau des formations à la recherche d'emploi... Mais au bout de quelques mois ou années, on finit forcément par s'épuiser à un moment ou un autre, ne sachant plus où chercher, ayant besoin sans doute d'une aide, de propositions adaptées mais surtout qu'il y ait moins de chômage et certainement pas de sanctions supprimant un revenu vital !
Des contrôleurs prétendent qu'en leur foutant une belle peur ça "redynamise" les chômeurs découragés, mais pour combien de temps ?
On peut toujours consulter chaque matin les rares offres de pôle emploi, assaillies de lettres de candidatures dans lesquelles on sait bien que la nôtre fera pâle figure (trop jeune, trop vieux, trop diplômé, pas assez, trop atypique ou basané, etc.). Cela ne sert à rien qu'à vous déprimer un peu plus à chaque fois. Rien là dedans, en tout cas, qui crée un seul emploi et puisse faire diminuer le nombre de chômeurs en dehors de radiations arbitraires qui sont parfois de véritables condamnations à mort, absolument inacceptables !

Il y a des mesures urgentes à prendre, pour favoriser notamment le travail autonome et trouver un débouché local à des compétences inemployées mais il faut être un véritable salaud pour vouloir priver des gens de tout revenu sous prétexte que les politiques de rigueur européennes ont détruit tous les d'emplois disponibles.
C'est cette réalité que ce gouvernement ne veut pas reconnaître : que sa politique produit un chômage de masse - dont il est le seul coupable, pas les chômeurs qui en sont les victimes - et qu'on ne peut laisser personne sans revenu, ce qui est à la fois inhumain et ne ferait qu'aggraver la crise.

Si on avait des hommes politiques à la hauteur de notre situation, au lieu de nous conduire au désastre qui s'annonce, de se défausser sur les plus faibles de leur propre incompétence, faire mine de hausser le ton devant une réalité qui leur échappe et surtout d'entretenir de faux espoirs, comme si le chômage dépendait de notre bonne volonté, c'est bien plutôt la nécessité d'une garantie du revenu pour tous à laquelle il faudrait se résoudre ainsi qu'à un véritable service de l'emploi qui ne laisse pas les gens se débrouiller tout seuls mais les aide à valoriser leurs compétences et accéder au travail autonome. La gauche, hélas, est moribonde, gangrénée par la tête, et laisse déjà place au pire...


1 commentaire:

Patrick Lucas a dit…

Oui entièrement ok avec toi
il n'y a plus rien de social dans cette gauche scandaleuse et pitoyable qui laisse entrevoir une situation bien pire…!