vendredi 19 juin 2015

Texte écrit par Fred Vargas en 2009


Nous y voilà, nous y sommes.
Depuis cinquante ans que cette tourmente menace dans les hauts-fourneaux de l'incurie de l'humanité, nous y sommes. Dans le mur, au bord du gouffre, comme seul l'homme sait le faire avec brio, qui ne perçoit la réalité que lorsqu'elle lui fait mal.
Telle notre bonne vieille cigale à qui nous prêtons nos qualités d'insouciance.
Nous avons chanté, dansé.
Quand je dis « nous », entendons un quart de l'humanité tandis que le reste était à la peine. Nous avons construit la vie meilleure, nous avons jeté nos pesticides à l'eau, nos fumées dans l'air, nous avons conduit trois voitures, nous avons vidé les mines, nous avons mangé des fraises du bout du monde, nous avons voyagé en tous sens, nous avons éclairé les nuits, nous avons chaussé des tennis qui clignotent quand on marche, nous avons grossi, nous avons mouillé le désert, acidifié la pluie, créé des clones, franchement on peut dire qu'on s'est bien amusés.
On a réussi des trucs carrément épatants, très difficiles, comme faire fondre la banquise, glisser des bestioles génétiquement modifiées sous la terre, déplacer le Gulf Stream, détruire un tiers des espèces vivantes, faire péter l'atome, enfoncer des déchets radioactifs dans le sol, ni vu ni connu.
Franchement on s'est marrés. Franchement on a bien profité. Et on aimerait bien continuer, tant il va de soi qu'il est plus rigolo de sauter dans un avion avec des tennis lumineuses que de biner des pommes de terre. Certes. Mais nous y sommes.
la Troisième Révolution. Qui a ceci de très différent des deux premières ( la Révolution néolithique et la Révolution industrielle, pour mémoire) qu'on ne l'a pas choisie. « On est obligés de la faire, la Troisième Révolution ? » demanderont quelques esprits réticents et chagrins.
Oui.
On n'a pas le choix, elle a déjà commencé, elle ne nous a pas demandé notre avis.
C'est la mère Nature qui l'a décidé, après nous avoir aimablement laissés jouer avec elle depuis des décennies.
La mère Nature, épuisée, souillée, exsangue, nous ferme les robinets.
De pétrole, de gaz, d'uranium, d'air, d'eau.
Son ultimatum est clair et sans pitié :
Sauvez-moi, ou crevez avec moi (à l'exception des fourmis et des araignées qui nous survivront, car très résistantes, et d'ailleurs peu portées sur la danse).
Sauvez-moi, ou crevez avec moi.
Evidemment, dit comme ça, on comprend qu'on n'a pas le choix, on s'exécute illico et, même, si on a le temps, on s'excuse, affolés et honteux. D'aucuns, un brin rêveurs, tentent d'obtenir un délai, de s'amuser encore avec la croissance.
Peine perdue.
Il y a du boulot, plus que l'humanité n'en eut jamais.
Nettoyer le ciel, laver l'eau, décrasser la terre, abandonner sa voiture, figer le nucléaire, ramasser les ours blancs, éteindre en partant, veiller à la paix, contenir l'avidité, trouver des fraises à côté de chez soi, ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes, en laisser au voisin, relancer la marine à voile, laisser le charbon là où il est, - attention, ne nous laissons pas tenter, laissons ce charbon tranquille - récupérer le crottin, pisser dans les champs (pour le phosphore, on n'en a plus, on a tout pris dans les mines, on s'est quand même bien marrés).
S'efforcer. Réfléchir, même. Et, sans vouloir offenser avec un terme tombé en désuétude, être solidaire. Avec le voisin, avec l'Europe, avec le monde. Colossal programme que celui de la Troisième Révolution. Pas d'échappatoire, allons-y.
Encore qu'il faut noter que récupérer du crottin, et tous ceux qui l'ont fait le savent, est une activité foncièrement satisfaisante. Qui n'empêche en rien de danser le soir venu, ce n'est pas incompatible.
A condition que la paix soit là, à condition que nous contenions le retour de la barbarie -une autre des grandes spécialités de l'homme, sa plus aboutie peut-être. A ce prix, nous réussirons la Troisièmerévolution.
A ce prix nous danserons, autrement sans doute, mais nous danserons encore.
Fred Vargas
Archéologue et écrivain


En réponse à Fred Vargas

Oui, la Terre est malade ; la Nature souffre et moi qui croyais l’aimer j’ai contribué par négligence, insouciance, ignorance à lui faire du mal. Un examen de conscience s’impose:
Ai-je souillé son eau de pesticides ? non, ce n’est pas moi ; ce sont les agriculteurs ! Mais n’est-ce pas moi qui voulais des fruits, des légumes, gros, impeccables, sans taches, sans vers et sans limaces ???
Ai-je envoyé des fumées nocives dans l’air ? non, ce n’est pas moi, ce sont les usines, les industriels ! Mais n’ai-je jamais rien voulu de ce que produisent ces usines ?
Ai-je conduit trois voitures ? pas en même temps en tout cas et s’il n’avait tenu qu’à moi j’aurais un âne et une charrette. Et j’ai toujours voulu des voitures sobres, que j’ai soignées de façon qu’elles polluent le moins possible. Pas de rouge sur ce point là !
Ai-je vidé les mines ? De charbon, j’y ai contribué ; je suis si frileuse !
Ai-je mangé des fraises venues du bout du monde ? Oh, probablement et les Tagada qui font ma joie ne sont sans doute pas non plus bien écologiques..
Ai-je voyagé en tous sens ? Pas trop, certes, mais oui quand même…
Ai-je éclairé la nuit ? Pas moi , mais j’ai aimé les lieux où on le fait.
Ai-je porté des tennis qui clignotent ? Ah, non ! Quelle faute de goût !
Ai-je grossi ? Hélas oui !
Ai-je mouillé le désert ? Je ne pense pas .. la seule fois où j’y suis allée, j’étais étroitement surveillée…
Ai-je acidifié la pluie ? Je ne pense pas.
Ai-je crée des clones ? Même si je l’avais pu, je ne l’aurais pas fait !
Ai-je fait fondre la banquise ?? peut-être par ignorance y ai-je contribué.
Ai-je glissé sous terre des bestioles génétiquement modifiées ? J’espère bien que non !
Ai-je déplacé le Gulf Stream ? non, j’aurais bien trop peur qu’il nous abandonne.
Ai-je détruit des espèces vivantes ? jamais volontairement ! même les araignées qui parfois squattent la baignoire ont droit à mon respect.
Ai-je fait péter l’atome ? C’est pas moi !!!!
Ai-je enfoui dans le sol des déchets radio actifs ? Non, et même je trie consciencieusement mes poubelles et ce n’est pas toujours facile.
Ai-je biné des pommes de terre ? Oui, souvent. C’est aussi efficace que le gym en salle et les patates sont meilleures.

Et maintenant….
Que vais-je faire ???

Nettoyer le ciel ? Oui, si je peux.
Laver l’eau ? pourquoi pas.
Décrasser la terre ? Bien entendu si on m’en donne les moyens.
Abandonner la voiture ? Là, tout de suite, ce n’est guère possible. Réduire encore les déplacements, oui.
Figer le nucléaire ? Je suis pour.
Ramasser les ours blancs ? Dès que j’en vois un, je l’adopte.
Eteindre en partant ? Oui, mais là, il y a un gros effort à faire. C’est curieux comme ce qui semble le plus simple est parfois difficile à exécuter.
Veiller à la paix ? oui, en commençant tout près et là aussi ce sera dur !
Contenir l’avidité ? ah, oui, qui voudrait se dire avide ? Mais quelquefois…..
Trouver des fraises à côté de chez soi ? Parfaitement d’accord, mais prévenir aussi les oiseaux de mon jardin, pour qu’ils acceptent de partager.
Ne pas sortir la nuit pour les cueillir toutes… Pas de danger, le voisin n’en cultive pas !
En laisser au voisin ? Là encore c’est du ressort des oiseaux !
Relancer la marine à voile ? oui, et même le cheval pour les labours…
Laisser le charbon là où il est ? je me chauffe au bois… est-ce mal ?
Récupérer le crottin ? Bien entendu ! rien n’est meilleur pour toutes sortes d’usages !
Pisser dans les champs ? Oui, mais pour les filles, c’est moins facile !

Et voilà le travail ! J’ai mis en rouge ma culpabilité et en vert ma bonne conscience…
Eh, bien, les copains… Y’a encore du boulot !!





1 commentaire:

LOU a dit…

Hihigolo mais pas toujours après réflexions.