mercredi 20 janvier 2016

Mots d'auteurs

Comme je regardais ce papier blanc qui tombait, tombait, tombait continuellement, mon esprit se perdait en rêveries sur les usages curieux auxquels ces milliers de feuilles finiraient par être soumis. Toutes sortes d'écrits seraient rédigés sur ces choses encore vierges - sermons, mémoires d'hommes de loi, prescriptions médicales, lettres d'amour, certificats de mariage, actes de divorce, actes de naissance, certificats de décès, et ainsi de suite à l'infini... Puis, revenant aux feuilles blanches qui gisaient là,  je ne pus m'empêcher de penser à cette célèbre comparaison de John Locke, qui, pour démontrer sa théorie selon laquelle l'homme n'a pas d'idées innées, comparait l'esprit humain à sa naissance à une feuille de papier blanc, quelque chose qui était destiné à être noirci de lettres, mais de quelle sorte, cela, nul n'eût su le dire.



MELVILLE (1819-1891), Le Paradis des célibataires et le Tartare des jeunes filles.

4 commentaires:

Gine Proz a dit…

Un texte bien choisi... en hommage à cette fameuse feuille blanche!

FRANKIE PAIN a dit…

dis donc cela faisait longtemps que je ne suis pas venue beaucoup de perturbation de santé. mais quel changement c'est interressant gros bisous et très bonne année Françoise

Marité a dit…

Waouh le nouveau costume !!! Et c'est un patchwork de feuilles non blanches :-)
GROS BECS

OX Jerry a dit…

Un texte fort bien ciselé. Le mystère et l'angoisse de la page blanche ici bien restituée .Je vous souhaite un bon jeudi .