mardi 13 février 2018

L’avis de la kiosquière-



Les exhibitionnistes et autres frotteurs du métro, ce sont en fait de pauvres malades, comme me l’avait fort bien expliqué la kiosquière du Pont de Sèvres à qui j’avais certain matin, confié mes émotions.
Car il y a des satyres matinaux.
J’étais encore adolescente, disons quinze ou seize ans. Depuis le Pont de Sèvres, terminus de la ligne 9 du métro parisien jusque St Philippe du Roule ma destination, il y a environ trois quarts d’heure de trajet.
Quand on part du terminus, il y a forcément des places assises et du temps pour la lecture. Aussi j’achetais un magazine chaque matin ; ça crée des liens. Et donc la brave dame remarquant mon agitation s’enquit de son origine. Renseignée, elle me dit benoîtement : « Ah ! Il est revenu ? mais n’ayez pas peur, il n’est pas méchant. Il montre ; il ne touche pas ! C’est un pauvre malade vous savez. »
Rassurée, j’ai poursuivi ma journée et les jours suivants, ma foi, quand je voyais de loin la silhouette du « pauvre malade », je fixais mes chaussures. Si bien qu’il n’est resté pour moi qu’une silhouette informe et grisâtre qui n’a jamais forcé la porte de mes rêves.
Ma mère un jour, comme la plupart du temps assistée de ses copines « Haute-Couture » dans la bonne marche de mon éducation m’a demandé à quoi il ressemblait. « Oh ! Je n’ai pas vu sa tête ! » répondit l’innocente, sous les éclats de rire de ces dames distinguées.
Beaucoup, beaucoup plus tard, j’ai le souvenir d’un autre dîner d’après Yoga dans un bistrot chinois à l’enseigne de « Chez Gérard ». Dîner entre filles auquel participait Virginie notre professeur. Comment les histoires d’exhibitionnistes étaient-elles venues s’installer entre nos bols et nos baguettes, allez-savoir. A mon tour j’ai raconté mes aventures métropolitaines et devant leur nombre, j’ai vite été déclarée gagnante toutes catégories. Il est vrai que les autres n’avaient aucune chance : elles ne demeuraient pas près du terminus d’une ligne de métro !
Nos éclats de rire ont attiré l’attention des « jeunes cadres » de la table voisine qui visiblement auraient bien aimé partager notre joie de vivre. Tant d’années après, entre filles, on en rit encore.
Sans doute amies qui portez haut le droit des femmes à n’être pas importunées, cette légèreté vous indisposera. C’est pourtant elle, cette légèreté qui m’a permis, qui me permet encore de considérer ces épisodes comme des mésaventures et non des agressions.
Le rire ! ce grand thérapeute…
Ma grand-mère la modiste, quand je vivais de ces drames enfantins ou adolescents qui font douter de la nécessité de vivre, me disait en consolation : « Puisque un jour, bientôt, cette histoire te fera rire, commence donc par en rire tout de suite ». Un conseil que je n’ai jamais regretté de suivre.
Mais alors, vont me rétorquer les Justicières, tous ces agresseurs resteront impunis ? Ils courront toujours continuant leurs méfaits ?
Certes c’est un risque, mais on sait bien qu’une fois la peine purgée, l’amende payée, rien ne les empêchera de recommencer puisque le forfait est inscrit dans leur nature dévoyée. On sait qu’il n’est pas de cas unique et que si on en écarte un il en surgit d’autres.
Je connais bien le métro parisien ; l’exhibitionniste du Pont de Sèvres a encore des collègues sur toutes les lignes. Et puisqu’il est bien difficile de modifier leur comportement, modifions le nôtre et celui de nos filles. Apprenons à ne pas faire un drame de ce qui finalement ne porte pas atteinte à notre intégrité physique et pour ne pas attenter à notre intégrité morale, ne culpabilisons pas. Après tout, celui (ou celle) qui m’a tiré mon porte-monnaie dans un bus m’a causé plus d’embarras que le « pauvre malade » du Pont de Sèvres.
Jeunes filles, jeunes femmes, quand ces choses vous arrivent, parlez-en, parlez-nous. On a toutes en mémoire un ou plusieurs épisodes semblables. Apprenez avec nous à en rire.
Après… le viol, les coups ce sont d’autres problèmes beaucoup plus graves et qu’il faut aborder autrement, mais ne mélangeons pas tout.

3 commentaires:

Marité a dit…

J'aime ton billet ! Je me souviens d'un exhibitionniste aussi qui laissait apparaître son "objet" dans les trous d'un mur du parc du lycée... exclusivement dans la partie réservée aux filles, cela va de soit :-) On en riait...
GROS BECS Pomme

Marité a dit…

Euh, tite fôte... cela va de soi !!!

Clara a dit…

Quand j'étais adolescent et prenais mon métro pour aller et revenir de mes cours d'Electronique à la Porte Saint-Ouen, j’avoue que, dans le métro bondé du soir, je préférais quand même être collé contre une fille, jeune de préférence, que contre un mec....

Claude