samedi 3 mars 2018

Entre chiens et loups-



Dans les friches industrielles et le long des voies de chemin de fer à Moscou, vivent des bandes de chiens errants qui cherchent leur pitance dans les décharges et les ordures ménagères.
Des observateurs ont constaté qu’au fil du temps et des générations, ils perdent peu à peu les caractéristiques que la sélection humaine leur a imposée. Leur pelage perd ses taches et ses couleurs pour devenir uniformément brun ou gris voire fauve, leurs yeux s’allongent en amande et ils ressemblent de plus en plus à leur ancêtre le loup.
De plus, comme chiens et loups ont un patrimoine génétique commun, ils peuvent se reproduire entre eux, ce qui engendre des « chiens-loups ». Ce n’est pas nouveau ; qui a lu Jack London se souvient de Croc-Blanc, fils d’une louve et d’un chien de traîneau (ou l’inverse, je ne sais plus).
Ces chiens métis sont dangereux car contrairement au loup, ils ne craignent pas l’homme auquel ils sont habitués. Un loup préférera toujours chercher sa subsistance dans la faune sauvage plutôt que de s’aventurer près de nous et de nos chiens qu’il craint et qui le détestent.
Pourquoi je vous raconte tout ça ?
A cause des problèmes que pose le retour du loup aux éleveurs de moutons. On ne peut que comprendre leur désarroi et leur colère à la vue de leurs moutons égorgés.
D’un autre côté, nous autres qui nous réjouissons de voir que la nature ne se laisse pas faire et qu’elle remet à sa place ce qu’on supprime trop radicalement, sommes heureux du retour d’un prédateur qui a son utilité. Sans rappeler les épidémies qu’il a évitées jadis en nettoyant les champs de bataille, il est gardien de la bonne santé des hardes de cervidés, des chevreuils en prélevant les moins armés pour la vie. Il régule aussi la prolifération de divers rongeurs. Les si gracieux lapins sont pour nos jardins un fléau que je ne crains pas de comparer au loup dans les parcs à moutons.
Et si le vrai coupable n’était pas le loup mais bien plutôt ces métis, ces « chiens-loup » qui ne peuvent pas quitter radicalement les facilités auxquelles l’homme les a habitués ?
Eleveurs, vous allez vous écrier : Voyons ! nous surveillons nos chiens !
Ce dont nous ne doutons pas !  Cependant les refuges de la SPA regorgent de chiens abandonnés et qui, livrés à eux-mêmes n’arrivent pas tous dans ces refuges. Nous autres qui soignons, aimons et surveillons nos chiens ne sommes jamais à l’abri d’une fugue dès lors que la nature parle trop fort. Ceux qui me connaissent savent que je veille mais je me souviens avoir couru et appelé des heures entières des épagneules King Charles. Vous me direz qu’il faudra du temps et de sérieux croisements pour qu’un King Charles puisse être pris pour un loup !
Deux border- collies vivent ici ; des chiens particulièrement obéissants et attachés à la maison. Pourtant la plus jeune des deux a fait un jour une fugue assez longue pour que je juge utile d’avertir la gendarmerie. A mon retour, la vagabonde était tranquillement couchée devant la porte. Elle était en chaleurs, et s’il y avait eu un loup dans les parages, elle aurait eu largement le temps de se faire engrosser et j’aurais été bien avancée avec des chiots « si mignons » mais potentiellement dangereux.
J’ai aussi le souvenir d’avoir été suivie en plein Paris, rue François 1°, dans le 8° arrondissement, par un griffon korthal épuisé, demi mort de faim et de soif, aux coussinets en sang. Grâce au tatouage, on a pu retrouver à Rueil Malmaison, sa famille qui le cherchait depuis 48 heures. Lui aussi aurait pu engendrer des métis… Heureusement les loups (enfin ceux dont il est question ici) sont encore loin de Paris.
Ces exemples pour montrer que la surveillance des chiens n’est pas toujours évidente.
Aussi il me semble qu’avant de statuer sur le devenir du loup dans notre pays, il faudrait peut-être se poser la question du chien retourné à l’état sauvage.
Et si c’était lui le vrai coupable ?


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