vendredi 12 novembre 2010

SEMAINE 2 – Jour 4 QUELLE HISTOIRE



En Novembre s’il a tonné
L’hiver est avalé


LE 18 BRUMAIRE

Il n’a pas encore trente ans ; auréolé de la gloire de ses victoires d’Italie, nimbé de l’aventure Egyptienne, moins glorieuse mais qui néanmoins fait rêver la France et cocu autant qu’on peut l’être, le général Bonaparte, fait route de Fréjus à Paris sous les acclamations de la foule.
Dix ans déjà ! Dix ans que les privilèges ont été abolis. Les Français sont libres et républicains mais ces dix années ont été aussi un temps de désorganisations, de troubles, d’incertitudes politiques. La Terreur et ses exactions sanglantes n’ont  pas quitté les mémoires. Les Français en ont assez, ils sont fatigués et ne font plus confiance au Directoire qui les gouverne. Trop de riches trop riches côtoient trop de misère. Les guerres extérieures pèsent lourdement sur les finances nationales et en corollaire sur celles des français. Pourtant c’est le plus guerrier de tous qui enthousiasme la nation : ce général Bonaparte, dont les campagnes coûtent au peuple tant d’impôts. Fort de cette popularité, il veut aller plus loin, plus haut.
C’est par le coup d’Etat des 18 et 19 brumaire an VIII (9/10 novembre 1799)qu’il va s’emparer du pouvoir.
La situation politique le favorise ; des Néo-Jacobins votent des lois qui remettent en vigueur certaines mesures révolutionnaires prises en 1793 ;  les modérés, les  catholiques, les hommes d’affaires s’inquiètent. La Constitution de l’an III ne leur  convient plus mais selon la loi, il faudrait attendre neuf ans pour la modifier. Deux Directeurs révisionnistes, Sieyès et  Roger Ducos, sont incités à fomenter un coup d’état . Ainsi, le Directoire renversé, on pourra transformer la Constitution et établir un pouvoir fort qui éliminera les Néo-Jacobins. Mais un coup d’état ne se fait pas sans l’armée. Il faut un général pour conduire la manœuvre. Les généraux ne manquent pas, mais lequel acceptera de tirer les marrons du feu pour les futurs dirigeants ?
Bonaparte en qui l’on voit  l’homme capable de rétablir la paix hors des frontières et l’ordre dans la nation est à ce moment sollicité par tous les partis. Ce jeune chat maigre et ambitieux est  aussi habile tacticien en politique que sur un champ de bataille. Il pardonne à la coupable Joséphine qui dans son salon de la rue Chantereine à l’art de recevoir et beaucoup de relations. Ainsi c’est sous couvert de mondanités que se prépare le complot. Bonaparte écoute, observe, ne prend tout d’abord aucun parti. Puis il  finit par se lier avec Sieyès qui ne voit en lui que l’instrument dont il a besoin pour contraindre les Directeurs à démissionner.  Une fois le pouvoir vacant, c’est à lui Sieyès entouré de Roger Ducos et de Bonaparte, qu’il sera confié. La complicité d’un des Directeurs, Barras, sera achetée ; le Conseil des Cinq-cents n’est pas sûr mais  Lucien Bonaparte, le frère du général en est le président ; Talleyrand, ministre des Affaires Etrangères, et Fouché, ministre de la Police, font aussi partie du complot.  Des financiers qu’un impôt sur la richesse a  irrités financent l’opération.
Tout commence bien !
Le 18 Brumaire au matin, le Conseil des Anciens majoritairement acquis aux conjurés,  décide qu’en raison de menées anarchistes et par mesure de sécurité, le Corps Législatif ira provisoirement siéger à Saint Cloud, sous la protection de Bonaparte nommé commandant en chef des troupes de Paris. Sieyès, Roger Ducos et Barras démissionnent ; Gohier et Moulin, les deux autres directeurs sont mis sous bonne garde : il n’y a plus de pouvoir exécutif.
Le lendemain 19 Brumaire, ça se gâte !
Bonaparte, au Conseil des Cinq-Cents est accueilli aux cris de : «  Hors la loi ! A bas le dictateur ! » On tente de le frapper ; bousculé, il perd contenance, tente un discours mais ne trouve plus ses mots. C’est qu’il risque sa tête ! Lui et lui seul ! Le vote qui va le mettre hors la loi, est celui-là même qui a perdu Robespierre. Son frère Lucien heureusement, garde son sang froid ; il abandonne la présidence ce qui retarde le vote et sort haranguer les soldats de la garde du Corps Législatif. Ce sont de vieux républicains qui ne savent pas encore à qui ils doivent fidélité ; mais quand Lucien leur assure que les opposants sont des traîtres à la solde de l’Angleterre, qu’ils ont tenté de poignarder leur général, leurs doutes sont levés. Murat prend le commandement au cri de « Grenadiers, en avant ! ». Au rythme des tambours, la troupe s’avance baïonnette au canon,  envahit l’Orangerie et disperse les députés qui, toges romaines relevées, sans plus de dignité s’enfuient peu glorieusement par les fenêtres.
Le soir même, le Directoire est dissous et le pouvoir exécutif confié à trois Consuls : Sieyès, Roger Ducos et Bonaparte.
Bonaparte qui a certes tiré les marrons du feu mais compte bien les garder pour lui car,  rejetant la plupart des projets de Sieyès, il dicte lui-même la Constitution de l’an VIII qui reste, en apparence, républicaine : suffrage universel  pour des listes de notables et  partage du pouvoir entre les Consuls et les trois assemblées (Tribunat,  Corps législatif et Sénat).
Bientôt Bonaparte écarte Sieyès ; il est Premier Consul et c’est lui qui choisit les deux autres : Cambacéres, un régicide et Lebrun, royaliste, montrant par ce nouveau mode de gouvernement inspiré de la Rome Antique,  qu’il entend réconcilier la Révolution et l’Ancien Régime
Cependant, si on y regarde bien, on peut voir là,  l’émergence de la dictature du Premier Consul, à qui revient l’initiative des lois, la nomination aux postes de la République et la direction de la diplomatie.
 Au soir du 19 Brumaire, personne ne le sait encore, la Révolution Française a pris fin et la France a trouvé un maître : le Général Bonaparte . Il a 29 ans !





2 commentaires:

Enitram a dit…

Quel bel et intéressant article, merci!

Michel dit Tonton Mitch' a dit…

Histoire quand tu nous tiens ..