mardi 15 septembre 2015

Petit guide pour distinguer les vrais chrétiens des faux





 Le Monde (et Claude)
13 septembre 2015

L'intention, affichée par certains maires, de trier les réfugiés en fonction de leur religion, est une honte. Mieux vaut traiter par l'ironie cette charité sélective et proposer à ces élus un test d'identification du chrétien véritable
Les maires de Roanne et de Belfort ont annoncé leur intention de participer à l'accueil des réfugiés dans leur ville, à condition qu'ils soient chrétiens. On doit saluer cette initiative  : non seulement, comme l'a dit Marine  Le Pen, les réfugiés sont un fardeau, mais, allons plus loin, il ne manquerait plus que cela que parmi eux se cachent des terroristes. Il ne suffit pas, en effet, pour lutter contre le djihadisme précoce d'exclure des cantines les enfants qui ne mangent pas de porc, il faut pratiquer une sélection rigoureuse dès le début et exclure les réfugiés suspects, donc musulmans. Après l'immigration choisie, appliquons la charité sélective  : tous les hommes sont des frères, mais les chrétiens plus que tous les autres.
Et puis, nous dit le maire de Roanne, les réfugiés chrétiens sont doublement des victimes : parce qu'ils vivent dans des pays ravagés par la guerre et parce qu'ils sont persécutés dans leur pays en tant que chrétiens. Peu importe, soit dit en passant, si les chrétiens ont plutôt été protégés par les pouvoirs dictatoriaux en Irak et en Syrie, et si leur sort aujourd'hui n'est pas pire que celui des sunnites. Un élu n'est pas obligé de savoir de quoi il parle.
Résultat de recherche d'images pour "chrétien"Comment différencier les vrais chrétiens des faux chrétiens  ? Le certificat de baptême pourrait en faire foi. Mais ne soyons pas naïfs, s'il est facile d'obtenir des faux papiers, pourquoi pas de faux certificats de baptême  ? D'autre part, personne ne ressemble plus à un(e) Syrien(e) musulman(e) qu'un(e) Syrien(ne) chrétien(ne).
Pour contribuer à la réussite de cette opération, et répondre de façon anticipée à des objections qu'on ne manquera pas de leur adresser, voici quelques modestes propositions de tests pour trier les vrais chrétiens.

1. On commencera par la cérémonie "  Pinard et sauciflard  ". Pour un accueil public et festif, on ne se bornera pas à les accueillir avec des pancartes de bienvenue, on leur servira un verre de rouge et du saucisson. Le test est imparable. Ceux et celles qui refuseront de boire et de manger seront renvoyés immédiatement chez eux.

2. N'écartons pas le cas de gens qui surmonteront leur répugnance pour tromper la vigilance des gardiens de l'identité chrétienne de la France. Il faut un second test qui a l'inconvénient de ne s'appliquer qu'aux hommes  : l'inspection des prépuces. L'ennui, c'est qu'il existe des chrétiens qui sont circoncis. Les juifs le sont également. Il faut donc un troisième test.

3. Il ne suffit pas de se prétendre chrétien, il faut le prouver. Rien de tel que de soumettre le et la réfugié(e) à un questionnaire de connaissance des Evangiles et éventuellement des épîtres de Paul. Un questionnaire à choix multiple auquel tout chrétien français sait répondre depuis sa communion solennelle serait donc nécessaire.

4. Mais apprendre par cœur est insuffisant, si la conviction n'est pas là. On demandera donc de chanter des hymnes, le chant est censé exprimer les émotions. Ici, les choses risquent de se compliquer. Les chrétiens d'Orient célèbrent la messe en arabe. C'est étrange, mais c'est ainsi. Mieux, ou pire, certaines célébrations se font en araméen, la langue du Christ. Il faudra donc prévoir des traducteurs arabe français et araméen français pour s'assurer que ces postulants ne racontent ni ne chantent n'importe quoi.

5. Un problème délicat n'a pas encore été soulevé. Parmi les chrétiennes d'Orient, nombreuses sont celles qui portent un foulard qui couvre leurs cheveux. Comme l'inspection des prépuces ne les concerne pas, il faudrait leur imposer de ne porter leur foulard qu'à la messe  : un engagement écrit.

6. Si les candidats à l'accueil au titre de réfugiés ont passé avec succès ces tests, dans le souci de s'assurer que leur foi chrétienne est sincère et durable, on leur fera signer un engagement à assister aux messes et autres célébrations chrétiennes de Roanne et de Belfort.

7. Il faut, pour terminer, soulever un problème qui risque de se poser et se préparer à le résoudre. On sait que le christianisme a connu des schismes et des disputes théologiques graves. Espérons que nos nouveaux chrétiens venus d'Orient ne se proposent pas de rouvrir les querelles sur la nature du Christ ou de Marie.

Rassurons-nous, il y a peu de chance que cela intéresse quiconque chez nous.

En revanche, il est possible qu'un des chrétiens en vienne à poser des questions qui touchent au cœur de l'Evangile du Christ et demande si un chrétien ne doit pas faire siennes les paroles de l'apôtre Paul disant  : "  Il n'y a plus ni juif ni Grec, il n'y a plus ni esclave ni libre, il n'y a plus ni homme ni femme  " (Gal.  3, 28) et "  Gloire, honneur et paix pour quiconque fait le bien, pour le juif, puis pour le Grec  ! Car devant Dieu, il n'y a point d'acception de personnes  " (Rom.  2, 10), en précisant qu'on peut remplacer "  juif  " et "  Grec  ", qui renvoient au contexte de l'époque de Paul, par "  Arabes  ", "  musulmans  ", "  athées  ", ou tout ce qu'on voudra.

Que lui répondre s'il traduit les paroles de Paul ainsi  : "  Pour nous, chrétiens, il n'y a ni musulmans ni Arabes, tous ceux qui souffrent de l'oppression sont les bienvenus  " ?Je suis d'avis qu'on devrait le renvoyer chez lui pour cause de trouble à l'ordre public.

par Jean-Claude Bourdin   philosophe, spécialiste des matérialistes philosophiques

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