dimanche 4 octobre 2015

Cheval et discipline

Pour être efficace, la discipline doit être librement consentie. On n'obtient rien par la coercition. Il suffit pour s'en convaincre de regarder la retransmission d'une répétition d'un spectacle de Bartabas. Les consignes données à ses cavaliers disent toujours que le cheval doit comprendre et finir par aimer ce qu'on lui demande. Bien évidemment, on peut le faire obéir à la cravache et aux éperons. Mais jamais par ces moyens on n'obtiendra la danse magique de l'homme et du cheval; jamais ne naîtra la légèreté qui confine à la féerie.
L'équitation portée à ce niveau exige une discipline qui confine à l'ascèse mais qui touche aussi au grand art, et d'ailleurs aucun art ne peut s'exprimer sans discipline. Il faut le don bien entendu, mais le don sans travail et sans règle ne mène pas bien loin.
Il faut aussi savoir comprendre le pourquoi de la désobéissance; elle réside souvent en un exigence mal placée. Je me souviens d'un cheval qui exécutait parfaitement une épaule en dedans à droite et qui la refusait à gauche. Un ami grand cavalier et parfait instructeur, a fait descendre le cavalier et placé le cheval au centre du manège; il l'a longuement observé et a fini par découvrir la raison du refus: ce cheval avait la ganache gauche plus forte que la droite. Et cette disparité lui causait , dans le mouvement, une gêne proche de la douleur. Il n'était pas fait pour le dressage, de" haut niveau" en tout cas. Plein de bonne volonté par ailleurs il ne pouvait se soumettre à cette discipline.
Une discipline que j'aimais , à laquelle il m'a fallu renoncer: le Pégason était boiteux. Il souffrait d'une ostéoarthrose des antérieurs génératrice de boiteries intermittentes. Boiteries qui pouvaient se déclencher sans prévenir à n'importe quel moment. Sans compter la malice de ce grand rouquin qui eut vite fait de comprendre que boiter signifiait un retour rapide au pré.
Bref... il m'aurait fallu pour continuer changer de cheval. Mais quel est le destin d'un cheval boiteux? Je n'avais pas les moyens d'assumer deux montures, alors j'ai renoncé au dressage et passé 18 années à faire de belles ballades dans la campagne sur ce boiteux qui, avec l'aide d'un excellent maréchal ferrant n'a en fait pratiquement plus jamais boité...

3 commentaires:

LOU a dit…

Quel joli récit.
Problème avec le captcha...

Gine Proz a dit…

Belle histoire... Pourquoi, moi qui ne connais rien aux chevaux, et qui suis assez impressionnée par leur taille, suis-je toujours touchée par ces histoires?

Enitram a dit…

Une très belle histoire ! On obtient rien par la force, cravache ou éperons ou bien on le paie un jour !!! Foi de cavalière !
Bonne soirée !