vendredi 3 février 2012

Quel métier!


 La Haute –Couture.

Dernière semaine de janvier, une grand’messe se termine : les défilés de Haute – Couture printemps-été. Prochaine cérémonie, fin juillet.
Car les habitants de cette étrange planète vivent les saisons à l’envers : ils drapent les épaules nues de soie et de mousseline en plein hiver et attendent la prochaine canicule pour s’envelopper de cachemire et de fourrures.
Est-il bien nécessaire en ces temps incertains d’étaler tant de luxe pour satisfaire la vanité d’une poignée de femmes fortunées dont le nombre d’ailleurs diminue chaque année ?
Si ce n’était que ça ! Mais ces robes qui défilent finiront pour la plupart dans des musées et témoigneront du savoir-faire de ces mains qu’on dit petites et qui sont grandes par l’habileté et le talent. Ne vous y trompez pas : ces temples du paraître sont aussi et principalement des conservatoires de métiers d’art. Où seraient sans la Haute-Couture les brodeurs, plumassiers, fleuristes, bottiers, gantiers, lingères, maroquiniers, modistes et que me pardonnent ceux que je viens d’oublier ?
Où seraient ces métiers pour la plupart disparus de la rue comme ont disparu les corsetiers dont Paul Poiret n’a plus voulu ? La Haute-Couture est pour eux ce que le grand violoniste est au luthier et le zoologue au  panda géant. Sans les couturiers qui les font vivre tous ces artisans d’art ne seraient plus que souvenirs.
Egalement le couturier, protecteur ou fossoyeur d’un métier selon son caprice, n’est pas sans influence sur le destin de la « femme de la rue ». Paul Poiret est venu à bout du corset responsable de tant de « vapeurs » et d’évanouissements ; la femme s’est alors aperçue qu’elle pouvait tenir droite sans soutien. Peu de temps après, Coco Chanel a détourné le jersey et le vêtement de sport masculin, pour donner aux femmes encore plus de liberté. Mais ces deux ne s’adressaient encore qu’aux femmes fortunées.
Tout près de nous, à la fin des années 60, Yves Saint-Laurent adonné aux femmes le smoking du soir et le tailleur pantalon. Souvenez-vous que dans ces années-là, dans nombre d’entreprises, le port du pantalon était interdit aux femmes. Aussi Saint-Laurent a-t-il fait plus avec ce  tailleur –pantalon et d’autres vêtements de ses collections empruntés au monde du travail et aux uniformes des armées pour la démocratisation de l’élégance : désormais, toutes les femme, même les plus modestes, ont pu (si elles en avaient le désir), se donner l’allure, le « look », des mannequins et des clientes du couturier.
Il suffisait, et il suffit encore d’acheter dans les grands magasins ou les surplus de l’armée les originaux des vêtements copiés par la Haute-Couture. Eh, oui ! Révolution ! Ce n’est plus la rue qui copie la Couture, c’est la Couture qui copie le vêtement populaire et met l’élégance à la portée de qui s’en soucie.
Mais il ne faut pas croire cependant, que l’accès aux grands noms soit réservé aux riches ; il est des personnes modestes dont le rêve est d’avoir une fois dans leur vie, oh, pas une de ces robes qui valent le prix d’une voiture, parfois d’une maison, mais au moins un accessoire qui porte ce nom. Je me souviens d’une couple de commerçants, droguistes ou quincailliers ; pour leurs cinquante ans de mariage, le mari a offert à sa femme, payée en petites coupures soigneusement pliées dans une enveloppe, une paire d’escarpins en crocodile. Elle avait toute sa vie rêvé de ces souliers en croco véritable, sans une seule couture, chacun taillé dans la peau d’un petit alligator. Elle avait attendu tout le temps que les billets soient assez nombreux pour réaliser son rêve. (Et que ceux qui veulent rompre une lance en faveur des alligators me prouvent qu’ils n’ont jamais mangé de poulet !)
Alors, me direz-vous, tout ceci est-il bien utile ? Et je vous répondrai : la beauté est-elle utile ?
Tout cet argent ne pourrait-il être mieux employé ?
Et alors ? Quand on aura fermé les ateliers du rêve, aura-t-on pour autant soulagé la misère du monde ?

3 commentaires:

laurent a dit…

J'aime bien l'expression "une petite main"
C'était dans la ville d'hiver à Arcachon, je me souviens quand le guide nous avait demandé qu'est-ce que c'est "une petite main"?
Ces villas de grande bourgeoisie, ou les enfants malades aristocrates, bourgeois venant de l’Europe (atteintes de tuberculose) se réfugiaient avec leurs domestiques dans cet écrin de verdure.

almanachronique a dit…

Laurent, une "petite main", c'est une ouvrière débutante.
En couture, un atelier s'articule ainsi:
Le Première, qui dirige l'atelier;
Sa seconde, qui la seconde;
Les ouvrières qualifiées ou premières mains;
la petite main;
et pour finir les apprenties autrement dénommées "arpètes"...
Ai-je éclairé ta lanterne???

laurent a dit…

Ah, oui très clair! (le guide nous avait posé la question mais dans le groupe, personne n'avait su répondre)
"une couturière", je m'en souviens bien.