A vous, amis des contes, des légendes, des êtres et des lieux étranges; amis des jardins, des champs, des bois , des rivières ; amis des bêtes à poils, à plumes ou autrement faites ; amis de toutes choses vivantes, passées, présentes ou futures, je dédie cet almanach et ses deux petits frères: auboisdesbiches et gdscendu.

Tantôt chronique, tantôt gazette, ils vous diront le saint du jour, son histoire et le temps qu’il vous offrira ; ils vous diront que faire au jardin et les légendes des arbres et des fleurs. Ils vous conteront ce qui s’est passé à la même date en d’autres temps. Ils vous donneront recettes de cuisines et d’élixirs plus ou moins magiques, sans oublier, poèmes, chansons, mots d’auteurs, histoires drôles et dictons… quelques extraits de livres aimés aussi et parfois les humeurs et indignations de la chroniqueuse.

Bref, fouillez, farfouillez, il y a une rubrique par jour de l’année. Puisse cet almanach faire de chacun de vos jours, un Bon Jour.

Et n'oubliez pas que l'Almanach a deux extensions: rvcontes.blogspot.fr où vous trouverez contes et légendes de tous temps et de tous pays et gdscendu.blogspot.fr consacré au jardinage et tout ce qui s'y rapporte.

dimanche 30 juin 2013

Le Tour de Francebureau/souvenirs/vrac récap 25

Le tour de France 30 06 13
Qui veut bon navet
Le sème en juillet.



 L’Eglise Catholique, qui pour épaissir sa soupe avait besoin de légumes frais, avait prévu peu de fêtes chômées en juillet afin que ses jardiniers gardent la tête à l’ouvrage.
Mais les hommes aiment les fêtes et si le clergé ne leur en offre pas ils savent en créer. Ainsi le Tour de France qui fait sortir de leurs jardins les plus appliqués bineurs de navets. Depuis 1903, le Tour est la grand’messe des deux roues bien gonflées et des mollets lisses et musclés.
Même les moins concernés par le sport cycliste ont en tête des noms mythiques dont on ne connaît pas forcément la signification :  le Galibier, le Tourmalet, le mont Ventoux, le Maillot Jaune, celui à pois du Meilleur Grimpeur, le Contre la Montre, le Peloton, le Sprint Final, et ces classements biscornus qui font que le premier arrivé n’est jamais le gagnant.
Aussi vénéré que celui des dieux de l’Olympe, il y a le Panthéon des Vainqueurs du Tour. Même si ces dernières années on les soupçonne de forcer un peu sur le nectar et l’ambroisie, ils n’en restent pas moins des êtres de légende : LouisonBobet, Jacques Anquetil et Raymond Poulidor les joyeux duettistes, Fausto Coppi et sa Dame Blanche (qui était une femme), Eddy Merxk au nom impossible à orthographier correctement, Bernard Hinault, Lens Armstrong ; tous ont gagné et même plusieurs fois le Tour. Sauf Poulidor, mais lui a gagné le cœur de la France.
Même si on n’y comprend rien, on n’oublie jamais quand une fois on l’a vue passer, la caravane aux allures de kermesse dominée par la crinière rousse et les dents blanches de la minuscule Yvette Horner et de son accordéon, juchés sur une camionnette bariolée d’ annonces publicitaires.
Mais qui se souvient de premier vainqueur du Tour de France ? Il se nommait Maurice Garin.  Le « Petit Ramoneur », surnom que lui avait valu son métier, a bouclé la boucle en 94 heures, 32 minutes et avec 2h. 29mn d’avance sur Pothier, le second. Parti de Villeneuve Saint Georges le 1° juillet 1903 à 15h 16, il a parcouru 2248km., perdu deux kilos et demi, et gagné 6000fr. de l’époque.
Si depuis ce temps, il arrive au Tour de France de déborder quelque peu de nos frontières, il se termine toujours à Paris sur les Champs-Elysées : la plus belle avenue du monde, pour les Dieux du Guidon.



samedi 29 juin 2013

La photo du samedi...

Qu'est-ce que c'est ?


D'autres images, d'autres mystères chez AMARTIA

mardi 18 juin 2013

Zarafa , la girafe de Charles X récap 25



LA GIRAFE

18 06 13
La foule qui se pressait le long des rues menant au Jardin des Plantes,  était aussi dense que celle des curieux et badauds qui s’était attroupée au long des routes de Marseille à Paris durant tout ce mois de juin 1827.
Quel étrange cortège ces populations venaient-elles admirer ?
Précédée de gendarmes relayés à chaque canton ; suivie de trois vaches laitières assurant les 20 litres de lait indispensables à ses biberons et d’une escouade de valets et palefreniers ; tenue en longe par quatre Nubiens en costume d’apparat ; tout ce monde cornaqué par le conservateur de Jardin des Plantes, Monsieur Geoffroy Saint-Hilaire et ses rhumatismes, s’avançait d’un pas digne et gracieux, Zarafa, jeune girafonne offerte au roi Charles X par Mehemet-Ali, pacha d’Egypte.
Partie d’Afrique sur un navire dans le pont duquel on avait du ménager une ouverture pour le long coup de cette inusitée passagère, elle avait débarqué à Marseille où elle avait hiverné.
Le beau temps revenu, les 800 km de l’itinéraire qu’il lui faudrait parcourir à pied, à raison de 20km par jour, avaient été préparés avec autant de soin que s’il se fut agi du Pacha en personne. Même on lui avait confectionné, en raison des facéties météorologiques de messieurs Médard et Barnabé, un manteau imperméable en toile gommée, avec capuchon.
En son château de Saint-Cloud, le roi piaffait d’impatience et trouvait regrettable  que son bon peuple de Provence, de Bourgogne ou d’Ile de France puisse avant lui admirer « sa » girafe. Il eut aimé suivre Stendhal à la rencontre de l’exotique animal. Mais l’acariâtre duchesse d’Angoulême, gardienne rigoureuse de l’étiquette, lui remontra que : « C’est à la girafe d’être conduite au roi, et non pas au souverain de se précipiter comme le vulgaire au devant du cadeau qu’on lui fait ! ».
Aussi le malheureux souverain dut-il attendre le 9 juillet pour enfin caresser le long cou de la belle voyageuse.

Zarafa fut établie au Jardin des Plantes d’où elle lança toutes sortes de modes plus ou moins saugrenues. On dit même qu’un gardien nonchalant à qui l’on demandait des comptes sur son emploi du temps, répondit qu’il « peignait la Girafe ».  (Et voici qu’on m’informe d’une autre origine de l’expression qu’il n’est pas convenable de rapporter ici !).


L’engouement pour Zarafa dura trois ans : un record pour une mode parisienne ! La popularité de la girafe déclina avec celle de Charles X. Elle survivra pourtant quinze ans au règne de l’avant-dernier roi de France.

lundi 17 juin 2013

Musicomancie posé sur 2021 bureau/souvenirs/vrac récap 25

Musicomancie 17 06 13
... 
Vous savez, cet exercice qui consiste à augurer de la journée en fonction de la première musique entendue au réveil.

Eh bien, heureusement qu'il fait soleil aujourd'hui! ou alors l'influence d'hier qui se prolonge? Car le soleil hier, était dans la voix de l'inoubliable, inimitable, incomparable Luis Mariano; alors que ce matin on avait droit à une sinistre prise de tête infligée par un chanteur anglais mélopant des airs scandinaves... enfin, ce n'est peut-être pas ça, mais ça aurait pu!
Comment me direz-vous, peut-on préférer Luis Mariano? Certes, Francis Lopez n'est pas Verdi et la Belle de Cadix plus légère que Traviata. Mais ce qui compte, n'est-ce pas le bonheur? Le sourire épanoui des gens à l'entracte ou à la sortie du Châtelet? Le même d'ailleurs qu'on voit parfois dans  des pubs annonçant André Rieu (qui n'est pas non plus Joshua Bell). Ce qui compte, ce sont les notes qui nous font décoller du quotidien, qui nous donnent envie de danser avec le balais, de chanter en agitant le chiffon à poussière, d'aller vider la poubelle  en songeant à West Side Story.
Alors, Verdi, Mozart, Hoffenbach, Gershwin, Bernstein ou Francis Lopez deviennent égaux dans le bonheur qu'ils nous offrent; et pour les mêmes raisons, Tino Rossi ou Luis Mariano s'alignent sur Alagna (qui d'ailleurs interprète le répertoire de Mariano), ou Nathalie Dessay.
Certes, Andre Rieu ni Francis Lopez ne donnent à penser. Mais vaut-il mieux rire ou penser? Et je dois avouer que j'ai souvent préféré aller écouter Luis Mariano et ses espagnolades, que voir des acteurs sombres et profonds se rouler sur scène en proférant des phrases aussi sinistres qu'engagées et dont la signification hérmètique  (émètique?) a bien du mal à pénétrer mon cerveau populaire.

vendredi 14 juin 2013

mercredi 12 juin 2013

La Terre Sacrée


Le Lakota était empli de compassion et d'amour pour la nature. Il aimait la terre et toutes les choses de la terre, et son attachement grandissait avec l'âge. Les vieillards étaient - littéralement - épris du sol et ne s'asseyaient ni ne se reposaient à même la terre sans le sentiment de s'approcher des forces maternelles. La terre était douce sous la peau et ils aimaient à ôter leurs mocassins et à marcher pieds nus sur la terre sacrée. Leurs tipis s'élevaient sur cette terre dont leurs autels étaient faits. L'oiseau qui volait dans les airs venait s'y reposer et la terre portait, sans défaillance, tout ce qui vivait et poussait. Le sol apaisait, fortifiait, lavait et guérissait. C'est pourquoi les vieux indiens se tenaient à même le sol plutôt que de rester séparés des forces de vie. S'asseoir ou s'allonger ainsi leur permettait de penser plus profondément, de sentir plus vivement; ils contemplaient alors avec une plus grande clarté les mystères de la vie et ils se sentaient plus proches de toutes les forces vivantes qui les entouraient... Ces relations qu'ile entretenaient avec tous les êtres sur la terre, dans le ciel ou au fond des rivières étaient un des traits de leur existence. Ils avaient un sentiment de fraternité envers le monde des oiseaux et des animaux qui leur gardaient leur confiance. La familiarité était si étroite entre certains Lakotas et leurs amis à plumes ou à fourrure, que, tels des frères, ils parlaient le même langage. Le vieux Lakota était un sage. Il savait que le coeur de l'homme éloigné de la nature devient dur; il savait que l'oubli du respect dû à ce qui pousse et à ce qui vit amène également à ne plus respecter l'homme. Aussi maintenait-il les jeunes gens sous la douce influence de la nature.
Chef Luther Standing Bear


dimanche 9 juin 2013

Courrier du Coeur

De Ninon de Lenclos au Marquis de Villarceaux-

A Paris, ce 29 juillet 1650.

Que vous avez raison, mon cher Villarceaux, de croire que mon coeur est aussi déraisonnable que le vôtre! Quand on aime autrement, on n'aime point; une âme tendre suit quelquefois la raison, mais de si mauvaise grâce que l'amour n'a rien à dire; toutes les imprudences qui ne le seront que pour moi, je les ferai toujours sans hésiter; quant à celles qui pourraient vous nuire, j'espère que je pourrai m'arrêter.
Vous ne vous êtes pas trompé, cette nouvelle séparation me coûte bien plus que l'autre; c'est peut-être parce que je vous aime mille fois davantage.
Quoique mon sentiment soit bien justifié par la raison, ce n'est pas elle qui l'a dirigé; sa marche est trop lente; il a pris naissance et s'est développé avant que j'aie eu le temps de le définir et de m'en rendre compte.
Ah! je me suis bien trompée quand j'ai cru que votre absence n'était pas la seule cause de la langueur; je sens qu'elle est bien augmentée par la certitude de ce nouveau délai de quinze jours. Je ne pourrai me rétablir qu'à votre retour; votre vue peut tout pour moi, votre gaieté rappellera la mienne. Depuis longtemps le rire n'est plus sur mes lèvres, ou, s'il s'y peint, la joie est bien loin de mon coeur. On me demande ce que j'ai; peut-on le demander? Il n'est pas ici, il restera quinze jours de plus; qu'on ne m'en parle pas, c'est tout ce que je demande.

vendredi 7 juin 2013

mardi 4 juin 2013

L'âme des poètes récap 25

C'est la chanson d'un troubadour.
Qui était-il? On ne sait pas. 
Célèbre comme Bernard de Ventadour, Bertrand de Bornes ou Foulques de Marseille? Ou baladin illettré aux doigts habités de musique, au coeur débordant d'amour et de poésie? Ou bien encore un amoureux à l'érotisme délicat qui couvre de fleurs le jardin secret de sa belle dame?
Resté anonyme, sa chanson est une des rares à avoir voyagé du Moyen-Age jusqu'à nous.

L'amour de moy s'y est enclose
Dedans un joli jardinet
Ou croît la rose et le muguet
Et aussi fait la passerose.

Ce jardin est bel et plaisant
Il est garni de toutes fleurs
On y prend son ébattement
Autant la nuit comme le jour.

Hélas! il n'est si douce chose
Que ce doux rossignolet
Qui chante au soir au matinet
Quand il est las, il se repose.

L'amour de moy s'y est enclose.

ANONYME - XVI°siècle

dimanche 2 juin 2013

Le Bal des Ardents récap 25

Le bal des ardents

28 janvier 1393 …L’hôtel de la Reine Blanche, charmante résidence de campagne, située sur les bords de la Bièvre,  était ce soir-là, toute illuminée, bruissante de musique et de danse.  On y célébrait les noces de Catherine, demoiselle d’honneur de la reine Ysabeau, comme elle d’origine allemande. La jeune femme avait perdu son premier mari. Il s’agissait donc d’un remariage et l’usage voulait qu’en ce cas on fasse aux époux un « charivari »au cours duquel toutes farces et plaisanteries étaient permises.
Le roi Charles VI et cinq de ses favoris eurent l’idée pour la circonstance de se costumer en hommes sauvages et, grimés et masqués à grand renfort d’étoupe et de plumes assemblées et collées avec de la poix, ils  se mêlèrent  incognito aux danseurs.
Le duc d’Orléans, frère du roi et sa suite, porteurs de torches, arrivent au bal ;  sous prétexte de démasquer les sauvages, ils s’approchent ;  une étincelle jaillit qui enflamme un des hommes relié aux cinq autres par des chaînes.
La jeune duchesse de Berry, ne perd pas son sang-froid, enroule le roi dans son manteau et lui sauve la vie. Quatre hommes périssent dans les flammes. Seul, le Sire de Nantouillet parvient à se libérer et se jette dans une cuve d’eau destinée à la vaisselle.
Plus personne jamais n’eut envie de retourner danser dans l’hôtel de la reine Blanche ; la demeure fut abandonnée, puis détruite en 1404.
C’est une autre résidence édifiée sur le même emplacement au début du XVI° siècle, dont on voit actuellement les vestiges au 17 de la Rue des Gobelins





vendredi 31 mai 2013

Le photo de ... samedi dernier



C'était "Envie de Jardin 2013"  en résumé.


D'autres jardins, d'autres fêtes chez Amartia.

mercredi 29 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (fin)

Or donc, Saint-Bonnet était prisonnier, enchaîné, on l’avait vu les menottes aux poignets et pourtant, redouté des uns et aimé des autres, on ne trouvait personne qui voulut témoigner contre lui. Alors le bruit se répandit qu’il refuserait la liberté tant qu’il ne serait pas pleinement justifié ; puis on sut d’autre part qu’on avait payé le déplacement des quelques rares personnes qui, ayant appris son incarcération avait osé déposer contre lui. Ces rumeurs et quelques avis placardés dans les paroisses délièrent les langues ; surtout les mauvaises !
Monsieur de La Palissonnière, avait envoyé à Chartres l’intendant criminel d’Orléans qui reçut les dépositions récoltées par les curés. L’intendant fit savoir par huissier à tous les témoins qu’ils allaient devoir se présenter à la Tour de Chartres pour être confrontés devant lui à l’accusé. Ce fut un beau désordre ; sur les deux cent témoins convoqués, certains persistaient à charger le prisonnier, mais d’autres l’innocentaient ; certains avaient vu, d’autres n’avaient qu’ouï dire. Mais hélas, l’affaire était entendue d’avance. Noël approchait ; alors que le détenu s’apprêtait à entendre la messe de minuit, les archers firent irruption dans son cachot, le saisirent, le ligotèrent sur un cheval pour le conduire à Orléans où il fut mis en cellule.
Bien que prisonnier, on continuait à le redouter ; il avait des amis et on craignait un complot pour le délivrer. Son procès fut bientôt terminé. Condamné à avoir la tête tranchée et exposée à Chartres sur la porte Guillaume, le jour de l’exécution fut fixé au 25 janvier 1666, jour de la Conversion de saint Paul, comme l’annonçaient ces quatre vers :
Le jour de la Conversion de saint Paul,
Saint-Bonnet présenta son col,
Etant monté sur l’échafaud,
Livra sa tête à trois bourreaux.
Car il en fallut trois, tant Saint-Bonnet était encore redouté, tant on craignait toujours un coup de force. A plus de cinquante lieues à la ronde, on parlait du procès et de la condamnation de cet homme qui comptait encore des amis.
Le jour de l’exécution, la garnison d’Orléans était sous les armes ; les portes de la ville étaient fermées et gardées. On fit monter  sur une charrette le condamné, accompagné de deux bons pères. En passant devant l’église Sainte-Catherine, il demanda un arrêt et alla s’agenouiller sur le parvis. Enfin, parvenu à la place où était dressé l’échafaud, il y monta hardiment en saluant l’assistance ; il y avait là, dit la chronique, plus de dix mille personnes. Il refusa d’avoir les yeux bandés et se mit à genoux devant le billot. 
On avait fait venir le bourreau de Paris, celui d’Orléans et celui de Chartres. Trois bourreaux pour un seul condamné… L’un lui lia les mains et les jambes, un autre lui coupa les cheveux et fit signe au troisième qui s’approcha le coutelas à la main pour faire son devoir. Saint-Bonnet, si intrépide qu’il fût,  eut néanmoins un réflexe de frayeur qui fit dévier le coup ; l’exécuteur lui coupa la moitié du menton. Saint-Bonnet sous la douleur tenta de se relever et rompit les cordes qui lui liaient les jambes. Il s’en fallut de peu qu’il ne tombât de l’échafaud ; un des bourreaux le rattrapa par une jambe et le remit en place ; l’autre l’empoigna par les cheveux tandis que le troisième achevait de lui trancher le cou. Cette boucherie terminée, le bourreau de Chartres prit la tête, la mit dans un sac pour la rapporter dans sa ville. Au bout d’une pique, la tête du malheureux Saint-Bonnet fut plantée à la tour Guillaume où elle resta pourrir deux ans, avant de tomber dans les fossés de la ville.

Ainsi périt Monsieur de Saint-Bonnet l’aîné, le dernier de ses frères, les plus nobles, les plus estimés gentilshommes d’un pays où l’on se souvenait encore de leur grand-père, Grand Ecuyer de France, tué à la bataille de Dreux. On pouvait voir encore à cette époque son effigie dans la chapelle Saint-Crépin en l’église Saint-Pierre de Dreux.
Le corps de Monsieur de Saint-Bonnet fut inhumé en l’église Saint-Paul à Orléans en présence de toute la noblesse de la ville.
Longtemps après ces évènements on regrettait l’infortuné gentilhomme dont on continuait à louer  la vaillance et l’adresse. Sa renommée dépassait la province et on disait de lui qu’il était la meilleure épée de France. Et la légende nous est parvenue d’un homme dont aucun adversaire n’était venu à bout, bon cavalier, adroit aux armes, généreux et à qui  la grâce fut donnée de mourir en bon chrétien.


dimanche 26 mai 2013

Ces Messieurs de Saint-Bonnet (8)



Voilà donc la raison pour laquelle le vice-bailly, ayant bien trop à faire pour s’aider lui-même, n’avait été d’aucun secours pour son ami Saint Bonnet, le seul des frères, si l’on excepte ceux qui étaient religieux, à rester en vie.
Il s’était depuis, établi à la Gouffrie sur la paroisse de Saint Martin de Lezeau. Fidèle à ses habitudes, il ne pût faire autrement que se mettre en délicatesse avec le curé qui le prit en aversion et alla s’en plaindre au maréchal de La Ferté qui résidait alors à La Loupe. Il en dit tant et tant de faux plus que de vrai, que le Maréchal convoqua Saint Bonnet en ces termes : « Nous, Maréchaux de France, commandons au sieur de Saint-Bonnet de nous venir trouver en notre château de La Loupe, demain matin. » et c’était signé Maréchal de La Ferté.
Saint Bonnet obtempéra et se fit vertement tancer :
-« Par corbleu, Saint-Bonnet, vous ferez toujours le méchant ; que je vous dise en quatre paroles ce qu’il en est : premièrement, vous n’allez pas à la messe ; secondement, vous avez manqué votre curé d’un coup de carabine comme il portait le sacrement à un malade ; troisièmement vous fâchez tout le monde ; en quatrième lieux vous faites les grains de tous les particuliers à vos chevaux … Prenez garde ! je vous mettrai quatre prévôts après les fesses, qui vous attraperons bientôt ! »
L’imprudent Saint-Bonnet répondit : « Monseigneur, s’il y a une de ces choses de véritable, je ne veux pas être pendu, mais je veux être rompu vif ! Il est vrai que je ne vais point à la messe de mon curé, mais j’y vais à Maillebois ; secondement, je ne porte point de carabine et qui plus est il n’y a pas de malade dans ma paroisse ; troisièmement, il n’y a personne qui se plaigne de moi dans le pays. Mais Monseigneur, faites s’il vous plaît informer sur toutes ces choses, et vous verrez qu’il n’a pas dit une seule parole véritable ! »
Le Maréchal à demi convaincu congédia Saint-Bonnet avec cet avertissement : « Adieu Saint-Bonnet, gouvernez-vous bien et prenez garde à vous ! »
Alors qu’il s’en retournait, Saint- Bonnet rencontra un de ses amis, l’abbé de Fonteny qui était l’aumônier du Maréchal. Il lui confia ses déboires ; l’abbé le rassura en lui disant que La Ferté avait bien d’autres soucis et plus graves et qu’il se faisait fort de l’apaiser. Saint Bonnet selon lui n’avait rien à redouter. Du temps passa et n’entendant plus parler de rien, Saint-Bonnet rentré à la Gouffrie  oublia toute l’affaire.
Mais le curé de Saint-Martin, lui, n’oubliait rien et voyant le Maréchal faire si peu de cas de ses griefs, il s’en fut jusqu’à Orléans trouver l’Intendant du moment, Monsieur de la Palissonnière. Il lui raconta à sa mode la vie des Saint-Bonnet en n’omettant aucune des calomnies aucun des mensonges qui se colportaient à leur sujet, les siens tous les premiers. L’intendant lui accorda foi et ordonna au nouveau Vice-Bailly de Chartres d’arrêter le trublion. Aussi le 17 juillet 1665, le Vice-Bailly entouré d’une forte escorte vint s’embusquer dans les bois de Saint-Vincent escomptant que Saint-Bonnet ne manquerait pas de passer par là et qu’il le prendrait sans coup férir. Il avait avec lui vingt-deux archers, mais aucun, le jour où Saint-Bonnet traversa le bois n’osa l’approcher tant sa réputation de hardi cavalier, d’agilité et d’adresse aux armes les terrifiait. Pendant plusieurs jour, Saint-Bonnet battit tranquillement la campagne tant ces braves craignaient pour leur peau. Le temps passait ; finalement, le Vice-Bailly et ses archers résolurent d’attendre la nuit et d’aller se cacher dans la grange du curé de Saint-Martin. C’était un vendredi ; ils y passèrent la journée et la nuit du lendemain. Le  dimanche au matin, Monsieur de Saint-Bonnet, pour se conformer aux recommandations du Maréchal, vint entendre la messe à Saint-Martin. Mal lui en prit ; un homme du Vice-Bailly placé là en espion le vit entrer et courut à la grange pour avertir la  troupe qui fit irruption dans l’église. Saint Bonnet n’avait pour armes que son épée et un fusil. Le jeune de La Hillière, son neveu l’accompagnait. Au milieu de l’office, et à deux contre plus de vingt, ils n’avaient aucune chance. Ils durent se rendre ; on prit les cordes des cloches de l’église pour les garrotter, puis on les traîna jusqu’ à la Gouffrie. Là, on jucha Saint Bonnet sur un de ses chevaux et dans cet équipage, il fut conduit et emprisonné à Chartres où on le laissa croupir. On fit de cet épisode une chanson avec ces quatre vers pour refrain :

Le dix- neuvième de juillet
Un dimanche de grand matin
Fut pris le sieur de Saint-Bonnet
Dans l’église de Saint Martin.

vendredi 24 mai 2013

Chat de bureau



mercredi 22 mai 2013

Lire et relire bureau/souvenirs/vrac récap 25


Dan BROWN - Le Symbole perdu- 22 05 13

On a le droit de temps à autre, de lire une bonne grosse daube dans laquelle on apprend entre autres, que le Yi-King et les tarots sont des méthodes divinatoires.
En ce qui me concerne, les tarots évoquent un jeu  qui fit ma joie pendant de longues soirées d'hiver rustiques. J'aime ces longues et fortes cartes aux images plus fouillées que celles des traditionnelles 32 de la belote . Et de même qu'à la belote je jouais au mépris de toutes les règles pour le seule bonheur de pouvoir annoncer:"Belote, rebelote et dix de der!", au tarots mon but ultime était "d'emmener le Petit au bout". Ces plaisirs sémantiques firent de moi une calamité pour les partenaires auxquels j'étais attribuée. Bien évidemment, je sais qu'existent le Tarot de Marseille et le Jeu de Mlle Lhéritier; mais s'il en est de la divination par les tarots comme pour le Yi-King, alors là, tel  le soleil à l'horizon des champs voisins, le doute s'élève, flamboyant et majestueux, salué par les aboiements respectueux de mes chiennes.
Le Yi-King ne prédit pas l'avenir; il vous informe simplement de ce qui risque d'arriver dans telle ou telle conjoncture, si on fait fi de ses avis. Et là, croyez-en mon expérience, ça rigole pas! 
Tout ça pour dire que, si dans le Symbole Perdu, les "révélations" concernant les Francs-Maçons sont de la même exactitude, ne vous en servez pas pour briller dans les dîners en ville. Il pourrait s'y trouver un "frère" pour vous rabattre le caquet.
A part ça, si vous pouvez dépasser le mépris pour la grammaire , la syntaxe et le "beau français" du traducteur, si clichés et lieux communs ne vous dérangent pas... il reste une promenade autour des monuments de Washington, une intrigue assez bien ficelée, un certain suspens, au moins jusqu'aux deux tiers du bouquin. A partir de là, on peut se demander si l'auteur comme autrefois Eugène Sue ou Alexandre Dumas, ne serait pas ,par hasard, payé à la page.

dimanche 19 mai 2013

Ces Messieurs de Saint Bonnet (7)


C’était compter sans la comète ! Une comète d’une grosseur prodigieuse, dont la longue queue balaya le ciel de 1664 pendant quinze jours. Tout le monde était épouvanté et l’on ne pouvait que prévoir de funestes événements.
Pourtant la Fronde s'éloignait, Mazarin était mort depuis trois ans, Fouquet emprisonné. Louis XIV s’affirmant comme monarque absolu, commençait la transformation de Versailles et allait faire  du modeste rendez-vous de chasse de son père, un des plus beaux palais d’Europe. Colbert devenait ministre d’état et surintendant des Bâtiments Royaux, tandis que Louvois était nommé secrétaire d’Etat à la Guerre et Dieu sait qu’il allait avoir à faire. Une révolte contre la gabelle éclatait dans les Landes tandis que chez nous, on apprenait pourquoi monsieur de Majenville, vice-bailly de Chartres n’avait pu porter secours à son ami Saint-Bonnet. Homme d’esprit, fort intelligent, adroit aux armes , bon et intrépide cavalier, apprécié de la Cour, bref, ce parfait homme de qualité était accusé de vol et pire de fabriquer de la fausse monnaie.
Voici comment on découvrit l’affaire.
Monsieur de Majenville avait une servante qui allait à confesse. Le prêtre, dénommé Lair à qui elle confia savoir que son maître trafiquait les monnaies refusa de lui donner l’absolution. Furieuse, elle ne put s’empêcher de s’en plaindre de telle sorte que Majenville apprit que le prêtre était au courant de ses manigances.
Le Vice-Bailly, prenant prétexte que Lair tirait sur ses pigeons et détenait des armes sans autorisation, le fit emprisonner. Et comme un prisonnier peut encore parler, Majenville paya le geôlier pour qu’il assassine en douceur le malheureux prêtre. Mais le pauvre homme avait des amis ; on commença à beaucoup parler, du sort du curé et des raisons pour lesquelles il en était là. Majenville allait employer les grands moyens ; un nuit, alors que toute la ville dormait, il fit enfumer le cachot et Lair mourut asphyxié. Mais avant de trépasser, il eut le temps de dénoncer le vice-bailly et de clamer qu’il mourait pour avoir dit la vérité. Il fut entendu de prisonniers des cellules voisines et d’autres témoins. Le lendemain matin, on le trouva mort, à genoux et serrant son bréviaire. Il eut droit à d’honorables funérailles et quelqu’un sur sa tombe fit mémoire d’une prophétie de Nostradamus qui disait :
En l’an 1664,
Lair sera étouffé en prison de Chartres
Le geôlier assassin fut arrêté, mis aux fers et soumis à la torture il avoua toute l’affaire , après quoi, il fut condamné à être rompu.
Majenville donc, fut découvert et obligé de fuir au plus vite ; sa fausse monnaie circulait un peu partout et l’affaire portée devant le Roi, le monarque le fit poursuivre par le Prévôt fortement escorté. Des barrages furent établis avec ordre de vérifier les identités de tous les voyageurs ; on placarda des affiches avec outre le nom de Majenville, celui de son beau-frère, le Sieur de Sainte-Agnès et d’encore un autre beau-frère. Tous furent pendus en effigie. Peine perdue, on ne revit jamais aucun des trois compères. Ce qui se montra souvent en revanche, ce sont leurs faux louis de trente sols chacun qu’on appela des « Vice-Bailly ».
Si ce vice-bailly avait disparu, on entendit encore parler de lui et pour apprendre d’autres de ses exploits.
Son successeur, un nommé La Louvery arrêta un de ses anciens valets nommé Courville . Torturé et condamné à être rompu vif en place publique à Chartres confessa cette histoire.
Majenville et ses complices avaient attaqué un chariot convoyant de l’argent royal dans a région de Lyon. Le coup fait, le vice-bailly galopa à bride abattue et réussit à arriver à Paris avant le messager de la mauvaise nouvelle. Il était donc à la cour pour entendre le récit de l’échauffourée et c’est à lui, le chef des voleurs, que fut donné l’ordre d’enquêter et de poursuivre les brigands.